Les répercussions de l’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis se font sentir des deux côtés de la frontière, alors que le président américain Donald Trump durcit le ton tout en faisant face à une opposition croissante à l’idée d’une guerre commerciale généralisée au sein même de son pays.
Trump s’est exprimé pour la première fois au cours de la nuit au sujet de l’échec des négociations avec le Canada, se tournant vers les médias sociaux pour critiquer le gouvernement canadien.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Le Canada veut profiter des avantages d’être un État, sans en être un!!!», a écrit le président. «Ils imposent également depuis de nombreuses années des droits de douane colossaux à nos formidables agriculteurs. C’est fini!!! Le président DJT»
Ces commentaires ont été formulés alors que le conflit commercial faisait l’objet d’une couverture médiatique importante sur les chaînes de télévision américaines dimanche; ABC News a présenté le conflit comme un «Canada contre les États-Unis», tandis que l’émission Meet the Press de NBC s’est interrogée sur ce que les Américains pourraient encore se permettre de supporter alors que les négociations commerciales s’effondrent.
Le secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, a également adopté une position intransigeante envers le Canada.
«Penser qu’ils vont entrer en guerre contre Donald Trump et réellement gagner cette guerre contre les États-Unis… Je pense que c’est une folie de leur part», a-t-il dit dimanche à Fox News.
Mais le président fait face à une opposition de la part de certains Américains, dont l’ancien vice-président Mike Pence.
«Je pense que la dernière chose dont nous avons besoin en ce moment, alors que notre économie se redresse, c’est d’une guerre commerciale avec le Canada», a soutenu M. Pence dimanche dans l’émission State of the Union de CNN.
Des groupes d’affaires américains ont également fait part de leurs inquiétudes quant à une nouvelle escalade, avertissant que les droits de douane pourraient faire grimper les coûts pour les consommateurs et exhortant les deux pays à revenir à la table des négociations.
Eric Ham, commentateur politique de CTV News U.S. a déclaré que le soutien dont bénéficie Trump au sein du milieu des affaires pourrait être mis à l’épreuve par l’escalade du différend.
«Donald Trump se soucie de la classe des affaires. Il se soucie de ces milliardaires», a-t-il déploré. «Ils ne veulent pas de ça et ils le font savoir.»
Au Canada, le premier ministre Mark Carney a promis des mesures de rétorsion, notamment des droits de douane équivalents à ceux imposés aux produits américains.
Ces mesures doivent entrer en vigueur le 8 septembre, ce qui pourrait créer une fenêtre d’opportunité pour la reprise des négociations.
L’ancien député libéral Ralph Goodale, qui siège au conseil consultatif du premier ministre sur les relations économiques canado-américaines, a déclaré que cette pause pourrait donner à la partie américaine l’occasion de reconsidérer son approche.
«Cette pause pourrait offrir à la partie américaine l’occasion de se ressaisir et de faire preuve d’un peu plus de cohérence», a-t-il dit.
Des sondages réalisés avant la dernière rupture des pourparlers suggéraient que M. Carney disposait d’une marge de manœuvre politique suffisante pour continuer à tenir tête à l’administration Trump.
Scott Reid, commentateur politique à CTV News, a estimé que ce différend pourrait s’avérer de longue haleine.
«Je pense que ça va durer un certain temps», a-t-il prévenu, ajoutant qu’un accord significatif pourrait nécessiter un changement dans les calculs politiques au sud de la frontière.
«Je pense qu’il faudra observer un véritable changement du côté américain : un affaiblissement de la position politique, une volonté et un désir de conclure une entente dans leur propre intérêt avant que nous puissions revenir à la table des négociations de manière significative», a-t-il précisé.
M. Carney n’a pas encore rendu publique la liste complète des produits canadiens qui seraient visés par des droits de douane de rétorsion.
Divulguez les détails de l’offre commerciale américaine
Entre-temps, les conservateurs fédéraux réclament davantage de transparence de la part du gouvernement.
Dans une lettre adressée au ministre du Commerce, Dominic LeBlanc, la ministre fantôme conservatrice chargée des relations Canada-États-Unis, Shuvaloy Majumdar, demande au gouvernement de divulguer tous les détails de l’offre commerciale américaine que le Canada a rejetée.
«S’il existait un projet de texte d’accord que les deux gouvernements ont consulté, veuillez le rendre public. L’administration américaine l’a vu. Votre gouvernement l’a vu. Les Canadiens méritent de le voir», a-t-il écrit.
Dans une entrevue accordée dimanche à CTV News, M. Majumdar a affirmé que son parti appuyait la décision du premier ministre de se retirer de l’entente. «Rendez l’entente publique, laissez-nous voir les faits tels qu’ils sont», a-t-il ajouté.
«Les Canadiens en ont ras-le-bol d’être utilisés comme punching-ball par le président Trump et veulent avoir la certitude d’un bon accord pour ce pays — un accord sans droits de douane pour ce pays —, et nous voulons appuyer le gouvernement pour qu’il y parvienne», a-t-il mentionné.
Avec les informations de La Presse canadienne

