Le bourdonnement constant des machines emplit la vaste salle de production caverneuse de l’usine Ultra-Form Manufacturing à Toronto, où les employés transforment, à l’aide de ces machines, l’acier et l’aluminium bruts qui viennent d’arriver des États-Unis en pièces d’automobile, avant de les réexpédier aux États-Unis.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Tout cet aluminium-là vient des États-Unis», explique Gurdeep Matharu à CTV News en désignant des piles de longues barres d’aluminium, avant de se diriger vers des tours de boîtes empilées. «Ensuite, celles-ci sont expédiées de retour en Ohio, et celles-là sont destinées au Michigan.»
Pour M. Matharu, qui occupe le poste de directeur du développement des affaires au sein de l’entreprise, les enjeux étaient considérables lors des récentes négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada, où l’on espérait que les droits de douane sur l’aluminium et l’acier pourraient être réduits de 50 % à 25 %. Mais au lieu de cela, les négociations ayant échoué et le premier ministre Mark Carney ayant promis en septembre des contre-tarifs équivalents, la situation pour son employeur pourrait désormais s’aggraver davantage qu’auparavant.
«La nouvelle a été assez difficile à digérer, car depuis deux ans, les industries canadiennes souffrent déjà énormément — et quand, en plus de cela, on entend des nouvelles comme celles-là, l’incertitude devient insupportable.»
— Gurdeep Matharu, Ultra-Form Manufacturing
«Les contre-tarifs vont nous frapper de plein fouet; nous devons maintenant y faire face — ce qui accroît l’incertitude sur le marché», a-t-il ajouté. «Non seulement ils touchent les matières premières que l’on importe, mais ils nous touchent aussi lorsque l’on vend les pièces.»
Jusqu’à présent, l’entreprise affirme s’être abstenue de répercuter les coûts liés aux droits de douane supplémentaires sur ses clients, mais M. Matharu ne sait pas combien de temps cette situation pourra durer dans le contexte actuel.
«Juste pour garder nos clients, on leur dit: “Bon, c’est un droit d’importation, mais on s’en occupe”, on assume ces droits de notre côté pour pouvoir maintenir l’activité», a expliqué l’homme. «Mais on ne peut pas faire ça indéfiniment.»
La propriétaire de l’entreprise, Kacee Vasudeva, affirme que l’aide gouvernementale a été d’un grand secours jusqu’à présent, allégeant quelque peu le fardeau des droits de douane payés tant sur leurs importations que sur leurs exportations, et elle attend maintenant avec impatience la prochaine annonce de mesures d’aide. Samedi, M. Carney a promis une annonce visant à aider les entreprises « au début de la semaine prochaine ».
«Les gens veulent faire des affaires, mais ils ne savent pas trop quoi penser de ces droits de douane, car ils changent tous les deux mois — et ils ont du mal à s’en sortir», a affirmé M. Vasudeva à propos de ses conversations avec ses partenaires d’affaires américains. «Pour l’instant, je dis à mes clients: “Je m’occuperai des droits de douane, quoi qu’il arrive.”»
Répercuter les coûts sur le consommateur
Le président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante affirme que les entreprises canadiennes ont jusqu’à présent absorbé les coûts supplémentaires liés aux droits de douane, mais qu’elles n’auront désormais d’autre choix que de répercuter ces dépenses supplémentaires sur le consommateur.
«Les deux principales répercussions pour les Canadiens moyens concerneront leur emploi et les prix», a précisé Dan Kelly lors d’une entrevue accordée samedi à CTV News. «Malheureusement, je pense que l’impact sur les prix sera assez important — et malheureusement, il sera assez immédiat, car les entreprises n’ont plus la marge de manœuvre dont elles disposaient auparavant pour absorber ces coûts pendant une période prolongée.»
M. Kelly a ajouté que la nouvelle promesse de contre-tarifs tout aussi sévères risque d’avoir un effet autodestructeur.
«Si tel est le cas, cela concerne l’alimentation, les produits d’épicerie de base et toutes sortes d’autres produits de consommation, et pas seulement les fournitures industrielles de grande envergure», a soutenu le président de la FCEI.
«L’impact sera donc assez rapide, car de nombreux importateurs canadiens devront répercuter ces coûts sur leurs consommateurs.»
— Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante
Mais selon Jean Simard, président de l’Association de l’aluminium du Canada, l’économie canadienne pourrait bien plier, mais il y a de fortes chances qu’elle ne cède pas, compte tenu de la résilience dont elle a fait preuve au cours de la dernière année et demie — en s’appuyant également sur la création de nouvelles relations commerciales avec d’autres pays.
«Nous avons constaté, et j’ai moi-même constaté au fil du temps, que les marchés possèdent une grande résilience intrinsèque», a dit M. Simard à CTV News via Zoom samedi. «C’est ce qui s’est déroulé sous nos yeux au cours de la dernière année, mais cela a tout de même maintenu les prix à un niveau très élevé, ce qui signifie que les autos, les lave-vaisselle et les biens que nous achetons habituellement subissent les effets de l’inflation», a-t-il ajouté.
«Les produits coûtent plus cher et continueront de coûter plus cher à l’avenir.»
Pour Keith Currie, président de la Fédération canadienne de l’agriculture, l’ampleur de la hausse des dépenses liée aux droits de douane dépendra fortement du montant de l’aide qu’Ottawa annoncera aux entreprises la semaine prochaine.
«Nous ne savons pas quel sera l’effet à long terme de cette situation», a exprimé M. Currie à CTV News Channel samedi. «Je pense qu’avant de céder à la panique, nous devons garder à l’esprit les meilleurs intérêts [du Canada], mais nous sommes préoccupés par les retombées à long terme sur l’économie de l’industrie agroalimentaire dans son ensemble. Nous voulons nous assurer que ces éleveurs disposent de solutions auxquelles se tourner.»
Quant au secteur canadien du bois, il devra probablement prendre des décisions difficiles concernant des mises à pied ou l’augmentation des prix de ses produits.
Les entreprises doivent prendre des décisions dès maintenant, surtout avec cette nouvelle taxe de 50 %, pour savoir si elles vont poursuivre leurs activités ou si elles vont conserver leurs employés, a indiqué samedi Brian Menzies, de l’Association des transformateurs de bois indépendants, lors d’une entrevue avec CTV News Channel.
«Elles prendront ces décisions sous peu, et cela rendra de plus en plus difficile la poursuite des activités de ces entreprises», a-t-il ajouté.

