Le tissu économique du Canada est actuellement fragilisé, notamment en raison de pressions économiques, structurelles et réglementaires. Cette vulnérabilité transparaît chez nos entreprises: selon un sondage de TD Assurance, plus de la moitié des PME – 55 % – ne pourraient pas faire face à une dépense imprévue de plus de 10 000 $ sans assurance pour la couvrir en entier.
Dans une étude réalisée par Léger Opinion en juillet dernier auprès de 401 propriétaires de petites et moyennes entreprises (PME) au Canada, une proportion de 90 % d’entre eux ont indiqué avoir connu au moins un défi, une pression financière ou un revers inattendu au cours de la dernière année.
Les trois quarts des entrepreneurs répondants estiment avoir pris les bonnes mesures pour renforcer ou protéger leur entreprise face à ces imprévus dans la dernière année, mais plusieurs d’entre eux vivent au jour le jour et, parfois, sur la corde raide.
Selon les données du sondage, 50 % des répondants ont connu des difficultés financières directes et 38 % ont subi de plein fouet les effets de la conjoncture économique.
Des hausses et pressions financières partout
La fragilité de la situation financière de plusieurs PME canadiennes — dont bon nombre sont au Québec — n’est pas une surprise pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).
«Depuis plusieurs années, les PME québécoises font face à une accumulation de pressions financières: hausse des coûts d’exploitation - dont le carburant-, augmentation des salaires, coûts de financement plus élevés, charges fiscales et réglementaires croissantes, sans oublier la forte hausse des primes d’assurance», a expliqué Alchad Alegbeh, analyste principal de recherche à la FCEI, dans un entretien avec Noovo Info.
Les PME du Canada doivent aussi jongler avec les tensions commerciales et l’incertitude entourant la relation commerciale avec les États-Unis.
«Ces tensions sont venues ajouter une couche supplémentaire de risques et d’instabilité pour plusieurs entreprises», a ajouté M. Alegbeh, précisant que dans ce contexte, «les marges de manœuvre financières de nombreuses PME se sont considérablement réduites».
Des données de la FCEI montrent d’ailleurs que près d’une PME sur quatre (22 %) se décrit comme étant dans une situation financière faible ou critique. Ces mêmes données dévoilent que seulement une PME sur cinq (18 %) recommanderait à une autre personne de se lancer en affaires.
«Ces résultats sont surtout le reflet d’un environnement économique qui laisse peu de place à l’erreur», a commenté Alchad Alegbeh.
«Beaucoup d’entrepreneurs continuent d’investir pour maintenir leurs activités, mais disposent de moins de liquidités pour absorber des chocs imprévus.»
— Alchad Alegbeh, analyste principal de recherche à la FCEI
D’ailleurs, si une dépense imprévue de 10 000 $ peut sembler une somme relativement modeste pour une grande entreprise, il en est autrement pour les petites entreprises de quelques employés.
«Pour une PME, il s’agit souvent de plusieurs semaines de liquidités», a souligné M. Alegbeh.
«Lorsqu’une entreprise doit simultanément absorber des hausses de loyer, de salaires, de coûts de financement, d’énergie et d’assurance, sa capacité à constituer un coussin financier s’érode rapidement. C’est ce qui explique pourquoi autant de PME disposent aujourd’hui de moins de marge de manœuvre pour faire face à un imprévu», a-t-il ajouté.
L’assurance ne peut pas tout régler
Les résultats du sondage de TD Assurance soulèvent un questionnement important: si la moitié des PME dépendent entièrement de leurs assurances pour survivre à un imprévu de 10 000 $, ne court-on pas à la catastrophe quand on sait que plusieurs imprévus opérationnels ne sont pas couverts ?
Pour l’analyste de la FCEI, la situation est «certainement préoccupante», alors qu’il est d’avis qu’une assurance demeure un outil essentiel de gestion du risque, mais qu’elle ne remplace pas une réserve de liquidités ni une bonne planification financière.
«Nous observons que plusieurs entrepreneurs trouvent difficile de naviguer dans le marché de l’assurance, a-t-il affirmé. «Notre rapport de 2024 révèle qu’environ la moitié des PME sont insatisfaites des choix offerts et que beaucoup disposent d’options limitées lorsqu’elles souhaitent magasiner leur couverture.»
Pour la FCEI, l’enjeu est donc double: il faut que les PME puissent avoir accès à une protection adéquate, mais aussi qu’elles disposent d’une situation financière suffisamment solide pour affronter les événements qui ne sont pas couverts.
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Réduire le fardeau fiscal, une solution?
M. Alegbeh a par ailleurs souligné que la mesure la plus rapide à mettre en place à l’heure actuelle pour soutenir les PME canadiennes serait de réduire le fardeau fiscal et réglementaire qui pèse sur elles.
«Dans le dossier de l’assurance, la FCEI recommande notamment l’élimination des taxes sur les primes d’assurance, qui viennent augmenter artificiellement le coût de couverture des entreprises.»
Au Québec, les taxes et impôts appliqués aux primes représentent plus de 12 % du coût payé par les entreprises, selon la FCEI.
Alchad Alegbeh a rappelé que lorsque les marges de manœuvre diminuent, les entreprises deviennent plus vulnérables aux chocs.
«Si les pressions financières persistent, nous risquons de voir davantage d’entreprises reporter leurs investissements, ralentir leur croissance ou revoir certaines activités», a-t-il souligné. «Ce n’est pas seulement un enjeu pour les entrepreneurs: c’est aussi une question de productivité, d’innovation et de vitalité économique dans l’ensemble des régions du Québec.»

