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Chaleur: des parents forcés d'aller chercher leurs enfants à l'école

Le Centre de ressources Dominique-Racine de Chicoutimi n'apparaît pas adapté aux besoins de leurs enfants.

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«Plus vivable»: des parents obligés de retirer leurs enfants de l’école en raison de la chaleur «Plus vivable»: des parents obligés de retirer leurs enfants de l’école en raison de la chaleur

Des parents d'enfants en situation d’handicap qui fréquentent le Centre de ressources Dominique-Racine à Chicoutimi s’inquiètent du bien-être de leurs enfants. lls jugent que leur classe n’est pas adaptée aux grandes chaleurs.

Karolane Potvin est la mère d’Eliott, 8 ans. Le jeune garçon est atteint d’une maladie génétique rare appelée épilepsie dépendante à la vitamine B6. Eliott vit également avec le trouble du spectre de l’autisme (TSA) et une déficiente intellectuelle.

«Il a une condition médicale très instable et plusieurs problèmes médicaux», a fait savoir Mme Potvin à Noovo Info, soulignant que la chaleur est très pénible pour lui. «L’an passé, à partir du mois de mai 2024 jusqu’en septembre, octobre, la fréquentation scolaire pour Eliott a été très difficile. Eliott réagit fortement à la chaleur, cela augmente ses crises d’épilepsie et ça peut en déclencher.»

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La fille de Marie-Ève Thibeault a 7 ans et fréquente la même classe qu’Eliott au Centre de ressources Dominique-Racine.

La fillette souffre d’une maladie orpheline qui lui occasionne plusieurs problèmes de santé: non-verbale, autiste, épileptique, système immunitaire et respiratoire déficient, etc. «L’an passé j’ai dû la retirer de l’école à plusieurs reprises, car elle vomissait et sa chaleur corporelle montait trop haut», dit-elle.

«Les risques de convulsions étaient élevés et sa vie était en danger. La seule façon d’aider ma fille a été de me la renvoyer à la maison.»
- Marie-Ève Thibeault, mère d'une élève de 7 ans

Mme Potvin et Mme Thibeault affirment avoir dû interrompre leur journée de travail à plusieurs reprises l’an dernier pour récupérer leurs enfants, car «ce n’était plus vivable dans la classe».

«On a nos enfants, mais on a une vie aussi», confie Mme Thibeault. «La réalité au travail, le fait de s’absenter tout le temps, un moment donné ça fait que nos employeurs ils ne nous trouvent pas drôles.»

Les mères expliquent que la socialisation de leurs enfants aussi est importante et qu’elle est souvent remise en jeu à cause de la problématique de la chaleur.

«On s’entend que pour nos enfants, le seul moyen de sociabiliser c’est d’aller à l’école», explique Mme Thibeault. «Ils ont aussi des intervenants pour leur stimulation et tout ça. On se retrouve à pénaliser nos enfants parce qu’il fait trop chaud. […] On fait ce qu’on peut comme maman, mais nous ne sommes pas des professionnels au niveau de l’ergothérapie ou niveau des multisensoriels, etc.»

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«La solution pourrait être si simple»

Devant ce stress – et ne voulant pas que l’expérience se répète cette année –, Mme Potvin et Mme Thibeault ont approché la direction du Centre de ressources Dominique-Racine et le Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay afin qu’un système d'air climatisé soit installé dans la classe.

Le duo proposait même de s’occuper du volet financier lié à l’achat d’un climatiseur portable.

Les mères ont essuyé un refus.

«Je ne peux pas croire qu’en tant que parents, je vais encore devoir retirer mon garçon de l’école de nombreuses fois cette année – et ce, dès maintenant –, et qu’il va avoir des répercussions sur sa santé en raison de cette chaleur. La solution pourrait être si simple», déplore Mme Potvin.

Mme Potvin et Mme Thibeault ont l’appui du médecin traitant de leur enfant qui atteste qu’un air climatisé dans leur milieu de vie est souhaitable pour leur santé.

«Je suis consciente que la chaleur s’est difficile pour tout le monde, tous les élèves, même les ados. Toutefois, nos enfants ne parlent pas et ils ne peuvent donc pas dire qu’ils ont soif. Souvent les jeunes sont en fauteuil roulant, avec une couche, leurs vêtements par-dessus, etc. C’est quand même différent», affirme Mme Potvin.

Un bâtiment «trop désuet»

«Le Centre de ressources [Dominique-Racine] est situé dans une très vieille bâtisse et la capacité électrique de la bâtisse fait en sorte qu’on ne peut pas accueillir de système de climatisation», partage Léanne Châteauneuf, conseillère aux communications du Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay, pour expliquer le refus.

Mme Châteauneuf ajoute qu’il existe d’autres contraintes, dont le fait de devoir faire affaire avec des fournisseurs autorisés et celles liées à l’entretien des appareils.

«Parfois on peut penser que c’est plus simple d’avoir un système qui vient de l’extérieur [comme un appareil fourni par les parents], mais de notre côté ça peut nous amener plus de complications», explique Léanne Châteauneuf.

«On est conscient de la situation des élèves au Centre de ressources [Dominique-Racine] et qu’il s’agit d’une clientèle avec des besoins particuliers. On est en cours d’analyses pour trouver des solutions et des mesures d’atténuation», affirme la porte-parole du CSSRDS.

Si des solutions d’atténuations existent, Mme Potvin et Mme Thibeault estiment qu’elles ne sont pas adéquates pour leurs enfants.

«On a parlé de ventilateurs. Un ventilateur, ça pousse de l’air chaud, pas de l’air froid. On a parlé de friandises glacées. Moi, pour ma fille, un popsicle ce n’est pas possible. On a parlé de changer de classe. S’il fait chaud dans une classe, il fera chaud dans l’autre», fait remarquer Mme Thibeault.

Les mères de famille s’entendent toutefois pour dire qu’elles ne partent pas en guerre contre le Centre de ressource ou le CSS affirmant que leurs enfants évoluent «dans un beau milieu» et que «les enseignantes et les éducatrices sont géniales», mais qu’elles veulent s’assurer du bien-être et de la sécurité de leurs enfants lorsqu’ils sont à l’école en période de chaleur.

Noovo Info a tenté d'obtenir les réactions d'un porte-parole du ministère de l'Éducation, mais n'avait pas obtenu de réponse au moment d'écrire ces lignes.

Recherche de solutions

Quelques jours après la diffusion de ce reportage, Mme Potvin a contacté Noovo Info pour lui faire savoir que la directrice générale du CSS des Rives-du-Saguenay était entrée en contact avec elle et Mme Thibeault pour leur dit «qu’elle allait s’occuper de régler la situation».

Joint par Noovo Info, le CSSSRS confirme qu'un petit climatiseur «qui ne nécessite pas de jouer dans les fils électriques du bâtiment» serait installé dès cette semaine. «Cette solution est temporaire, en attendant que nous trouvions une solution à long terme mieux adaptée», a-t-on expliqué.

La chaleur, une grande ennemie

En janvier dernier, une étude de l'Institut national de santé publique du Québec et de Santé Canada prévenait les Québécois et les Québécoises qu’une facture salée attendait le réseau de la santé au cours des prochaines décennies si rien n'est fait pour atténuer l'impact de la chaleur extrême.

Selon l'étude, le fardeau associé à la chaleur au Québec se chiffre annuellement à 15 millions $ en termes de soins de santé (coûts directs); à 5 millions $ en termes d’absentéisme (coûts indirects); et à 3,6 milliards $ en pertes de vies humaines et de bien-être, c’est-à-dire la diminution des activités lors des périodes de fortes canicules (coûts intangibles).

Ces coûts sont une moyenne annuelle pour la période historique de 1990 à 2019.

Mais attention, préviennent les chercheurs: si aucune mesure d'adaptation n'est prise, ces coûts sont appelés à exploser au cours des cinquante prochaines années, en contexte de changements climatiques et de croissance démographique.

Dans un esprit plus large, un récent rapport du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) indiquait qu’au moins 242 millions d'enfants dans 85 pays ont vu leur scolarité interrompue l'année dernière en raison de vagues de chaleur, de cyclones, d'inondations et d'autres phénomènes météorologiques extrêmes.

Selon l'UNICEF, cela signifie qu'un enfant scolarisé sur sept dans le monde n'a pas pu aller en classe à un moment ou à un autre en 2024 à cause des risques climatiques.

L'UNICEF a prévenu que les écoles et les systèmes éducatifs du monde entier «sont largement mal équipés» pour faire face aux effets des conditions météorologiques extrêmes.

Avec des informations de la Presse canadienne et Associated Press. 

Note de la rédaction: Le titre initial de cet article pouvait laisser entendre que les enfants étaient retirés en permanence de leur classe, qui n'est pas le cas. Pour plus d'information, consultez les normes éditoriales de Noovo Info.