Lorsque le Vatican a annoncé ce mois-ci que le pape Léon XIII offrait un «don» de 62 artefacts autochtones aux évêques canadiens, destinés à être restitués à leurs communautés d'origine, certains chefs autochtones ont salué cette initiative comme une étape supplémentaire sur le chemin de la réconciliation.
Si Amy Parent, chercheuse nisga'a, se dit heureuse pour les communautés concernées, de nombreuses questions restent sans réponse, la principale étant: «Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps ?»
«Je suis vraiment heureuse pour elles, mais c'est aussi, encore une fois, un sentiment doux-amer de constater que l'une des Églises les plus riches du monde a mis autant de temps à faire ce qui est juste», souligne la coprésidente de l'UNESCO pour la transformation de la gouvernance de la recherche sur les savoirs autochtones et la restitution de ces artefacts.
Le Vatican a déclaré avoir reçu ces objets – notamment un kayak inuit, des massues de guerre, une coiffe, des masques et des ceintures de wampum – en tant que «patrimoine» de l'Exposition missionnaire du Vatican de 1925, «pour témoigner de la foi et de la richesse culturelle des peuples».
La Pre Parent réfute aussi l'idée que ces objets aient été des «cadeaux au Vatican», affirmant qu'aucun don fait à un colonisateur ou à une institution religieuse en période de génocide ne pouvait être considéré comme un cadeau.
L'annonce du retour des artefacts, le 15 novembre, les a également présentés comme un «cadeau» à la Conférence des évêques catholiques du Canada. Ils seront restitués à leurs communautés d'origine après leur arrivée au Canada le mois prochain.
Cody Groat, professeur adjoint au département d'histoire et au programme d'études autochtones de l'Université Western, raconte que les nations autochtones avaient une longue tradition de dons d'objets aux sociétés de colons ou aux institutions ecclésiastiques afin de tisser des liens diplomatiques.
Cependant, lorsque les artefacts de la collection du Vatican ont été retirés dans les années 1920, précise le Pr Groat, c'était une période de coercition marquée par une loi sur les Indiens particulièrement assimilatrice, des pratiques culturelles activement interdites et un système de pensionnats pour enfants autochtones en plein essor.
«Alors, quand le Vatican emploie ce langage de dons, nous devons être très prudents», dit le membre de la Première Nation des Six Nations de la rivière Grand, en Ontario.
Il ajoute qu'il suivait l'histoire de ces artefacts depuis de nombreuses années et que leur restitution était «attendue depuis longtemps».
La fin d'un long processus
Le Vatican a précisé que cette restitution avait été initiée par le pape François lors de sa visite papale au Canada en 2022.
«Le processus a donc été très long et complexe. Notre système actuel présente encore quelques lacunes, mais je pense que ce sera le début d'un tournant positif», commente Le Pr Groat.
Hugh Braker, membre du comité exécutif politique du Sommet des Premières Nations en Colombie-Britannique, dit avoir été «extrêmement heureux» d'apprendre la nouvelle.
M. Braker explique que les artefacts avaient été confisqués lors de l'interdiction du potlatch, instaurée dans les années 1880 pour assimiler les peuples autochtones en ciblant leurs pratiques culturelles, sociales et économiques. L'interdiction a été levée en 1951.
«Le plus regrettable, c'est lorsque les prêtres, les agents des affaires indiennes et la police menaient des raids contre certains lieux de potlatch, ils s'emparaient des insignes rituels. Parfois, ils en conservaient une partie.»
M. Braker fait valoir que de nombreux membres des communautés autochtones savaient que leurs biens et leurs insignes avaient été saisis et qu'ils se rendaient dans les musées et l'Église catholique pour les retrouver.
Il signale n'avoir reçu aucun avis concernant la restitution des objets. Il précise toutefois que le processus soulève des questions, notamment quant au transport des objets vers leurs communautés d'origine.
«Cela va poser un problème majeur, car beaucoup de ces objets sont désormais fragiles», mentionne M. Braker.
Le Vatican a annoncé que les objets seraient restitués au Canada le 6 décembre et entreposés au Musée canadien de l'histoire à Ottawa, avant d'être rendus à leurs communautés d'origine.
La Pre Parent qualifie la démarche du Vatican d'«approche coloniale d'État à État» pour la restitution des artefacts. Le Pr Groat rappelle que les objets étaient liés à une exposition du Vatican de 1925 portant sur les succès missionnaires de l'Église.
La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a affirmé dans un communiqué que de plus amples renseignements sur les artefacts seraient disponibles début décembre.
«La CECC demeure déterminée à ce que toutes les communications concernant le retour de ces objets s'inscrivent dans un processus mené par les Autochtones», précise le communiqué.
Le Pr Groat avance que le Musée canadien de l'histoire évaluera les objets et leur état avant de les transférer à des organisations autochtones nationales, comme l'Assemblée des Premières Nations, puis aux Premières Nations concernées.
M. Braker dit que leur retour sera une source de joie pour les communautés autochtones. «Le gouvernement a tout fait pour éradiquer notre culture, notre mode de vie, notre religion et notre système de gouvernance, mais cela me remplit de joie de voir aujourd'hui de jeunes enfants autochtones chanter et danser dans leur langue», reconnaît-il. Cela contribuera à restaurer une partie de la culture des Premières Nations, leur permettra d'utiliser les artefacts de leurs ancêtres et les encouragera à préserver leurs langues et leur culture.»

