Le couperet tombe une nouvelle fois chez Groupe TVA, qui a annoncé mercredi le licenciement de 87 personnes dans son secteur de la télédiffusion.
Il s’agit d’emplois majoritairement syndiqués situés à Montréal, Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay et Rimouski. Les postes, permanents ou temporaires, concernent des caméramans-monteurs, opérateurs, techniciens, maquilleurs et coiffeurs, selon une note interne du président et chef de la direction par intérim de Groupe TVA, Pierre Karl Péladeau, qui circule sur les réseaux sociaux.
«Ces décisions sont difficiles à prendre, mais elles sont rendues nécessaires pour protéger le rôle essentiel que nous avons comme média, d’informer et de divertir», écrit le haut dirigeant.
«Les mesures de restructuration mises en place au cours des dernières années ont permis de contrebalancer en partie la baisse de nos revenus publicitaires, mais cette tendance lourde que subit notre industrie continue de s’accélérer», poursuit M. Péladeau.
L’entreprise indique dans un communiqué qu’elle «continue de voir sa situation financière se détériorer, enregistrant des pertes nettes cumulées de plus de 93 millions $ depuis janvier 2022».
On précise que l’indemnité de départ pour les employés licenciés sera bonifiée au delà des dispositions prévues dans les conventions collectives, en raison de l’ancienneté de certains au sein du groupe.
Depuis deux ans, Groupe TVA a procédé à des restructurations qui ont entraîné la perte de plusieurs centaines d’emplois. Selon le Syndicat des employés de TVA, près de 800 postes ont été abolis sur environ 1100 effectifs que comptaient initialement le groupe.
«On pensait que ça ne se pouvait pas de couper plus que ça. Mais malheureusement, on a trouvé une façon d’en faire encore plus», a commenté le président provincial du syndicat, Carl Beaudoin, en entrevue avec La Presse Canadienne.
À compter du 12 janvier prochain, un seul caméraman restera en poste dans chaque station régionale du groupe TVA, mentionne M. Beaudoin, qui craint que cette nouvelle réalité mette davantage de pression sur les journalistes.
«On est totalement sous le choc. Ce n’est pas une nouvelle qu’on attendait, évidemment. (...) C’est une perte inquiétante encore une fois pour la couverture journalistique en régions», a-t-il dit.
Les gouvernements interpellés
M. Péladeau demande de nouveau aux instances gouvernementales de mettre «rapidement» en oeuvre des «mesures concrètes» pour soutenir l’industrie de la télévision privée.
Dans le communiqué de l’entreprise, il déplore l’absence de crédit d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique au secteur de la télévision, entre autres choses, qui affecte les finances du télédiffuseur.
M. Beaudoin estime avoir l’impression que les employés de TVA font les frais de la «lenteur des différents paliers de gouvernement qui n’ont pas l’air de prendre la crise des médias au sérieux».
Réagissant à l’abolition des 87 postes, le Bloc québécois accuse d’ailleurs le gouvernement fédéral de préférer «l’inaction» et de ne consacrer «même pas une cenne de son budget à l’aide aux médias privés».
«Pourtant, la solution est à portée de main: restaurer la taxe sur les services numériques, abolie plus tôt cette année, serait une première étape qui pourrait amener de nouveaux revenus de 7,2 milliards $ sur cinq ans», a déclaré le député bloquiste Martin Champoux, dans un communiqué.
À l’Assemblée nationale, le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a soutenu que son gouvernement travaille à trouver des solutions avec le dépôt récent du rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec.
«Une partie des solutions appartient à Québec. Mais on en fait déjà beaucoup pour les médias en général. Maintenant, pour les médias électroniques, radio et télé, je pense qu’il faut repenser la façon dont on les aide», a dit aux journalistes M. Lacombe, ajoutant qu’une bonne partie de la responsabilité relève aussi d’Ottawa.
Son collègue, le ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises, Samuel Poulin, a tenu à réitérer que l’engagement du gouvernement pour soutenir les médias québécois passe par l’achat publicitaire.
«Il est encore extrêmement important que nos sociétés d’État, nos ministères et organismes, notamment, encouragent les médias québécois, achètent de la publicité dans nos médias québécois et dans nos médias régionaux pour assurer de maintenir des salles de nouvelles qui sont importantes aussi dans les régions du Québec.
«On a tous notre rôle à jouer», a-t-il affirmé, offrant ses «premières pensées» aux travailleurs touchés et à leurs familles.

