La mère montréalaise accusée d’avoir abandonné sa fille de 3 ans sur le bord d’une autoroute en juin dernier en Ontario a été déclarée lundi non criminellement responsable en raison de troubles mentaux.
Le juge Bertrand Saint-Arnaud a dévoilé son verdict au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield. Il s’agissait aussi de la suggestion commune de la Couronne et de la défense.
En vertu de la loi, l’accusée n’est donc ni condamnée ni acquittée. Si le tribunal reconnaît qu’elle a commis un crime, il considère que la mère a besoin de soins plutôt que d’une peine de prison.
Poursuivie par une entité
L'accusée a été soumise dans les dernières semaines à une évaluation psychiatrique de 60 jours réalisée à l'Institut Philippe-Pinel à Montréal. Les conclusions de cette évaluation ont été remises au tribunal la semaine dernière.
Selon le diagnostic de la Dre Marie-Michèle Boulanger, la mère souffrirait de trouble schizophrénique affectif.
Trouble schizoaffectif : la personne présentant un trouble schizoaffectif souffre à la fois des symptômes de la schizophrénie et de ceux associés aux troubles de l’humeur (dépression et troubles bipolaires).
Source : Gouvernement du Québec | Santé | Santé mentale
L’évaluation psychiatrique a ainsi révélé que la femme de 34 ans n’était pas en mesure de distinguer le bien du mal au moment des évènements ayant mené à l’abandon de son enfant.
Selon les informations soumises au tribunal, la femme aurait quitté sa résidence en panique le matin du 15 juin dernier, sans mettre de chaussures à sa petite et en laissant son cellulaire derrière elle parce qu’elle croyait être poursuivie par une entité.
La femme serait revenue à son appartement pour prendre son chien estimant que ce dernier pourrait les protéger.
Quelques heures plus tard, la femme déclarait la disparition de sa fillette dans un commerce de Coteau-du-Lac.
Vers un séjour à l’hôpital?
Si l’accusée souhaite être remise en liberté – ses parents proposent de l’accueillir chez l’un ou l’autre – ce n’est pas l’avis de la Dre Boulanger, qui s’oppose fermement à la remise en liberté. La psychiatre propose plutôt qu’elle soit intégrée à une unité de réadaptation à l’Institut Pinel avec un droit de sortie non accompagnée.
Devant le tribunal lundi, la Dre Marie-Michèle Boulanger a fait savoir que, selon elle, la mère était toujours un risque pour la société.
Dre Boulanger estime que l’accusée est à risque de faire d’autres épisodes de trouble schizoaffectif qui peuvent être déclenchés par de multiples éléments stressants.
«Elle est à risque pour la vie de faire d’autres risques de faire des psychoses ou des manies», a-t-elle mentionné au juge Bertrand Saint-Arnaud lundi en ajoutant que «quand quelqu’un est en psychose, il peut prendre des décisions complètement erratiques».
La Dre Boulanger craint par ailleurs que la grande médiatisation du dossier puisse affecter la femme puisqu’elle sera reconnue.
«1 million de personnes ont vu vos vidéos TikTok. Tout le Québec sait qui elle est. Elle ne comprend pas ce qui l’attend», a plaidé la psychiatre.
La Dre Boulanger croit également qu’un séjour à l’hôpital est plus pertinent qu’un retour à la maison puisque, entre autres, la femme peut cacher ses symptômes, qu’elle ne possède pas d’amis(es) et qu’elle est distante avec ses proches, dont son père et sa mère.
Sa petite fille retrouvée en Ontario
La femme de 34 ans avait été arrêtée le 16 juin, un jour après être entrée dans un magasin de Coteau-du-Lac, en Montérégie, où elle avait affirmé aux employés qu’elle ne se souvenait pas où se trouvait sa fille depuis plusieurs heures.
La petite fille avait été portée disparue pendant plus de trois jours avant d’être retrouvée vivante, mais seule, sur le bord de l’autoroute 417 près de Saint-Albert, en Ontario, par un drone de la police le 18 juin, à l’issue d’une opération de recherche massive menée par plus de 150 policiers du Québec et de l’Ontario.
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À la suite de son arrestation, la mère avait été accusée d’abandon illégal d’un enfant. Après avoir comparu devant le tribunal le 3 juillet, elle a été accusée d’une deuxième infraction: négligence criminelle causant des lésions corporelles, passible d’une peine maximale de 10 ans de prison.
Le nom de la femme ne peut être publié afin de respecter la vie privée de l’enfant, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication. Il existe également une interdiction de publication systématique interdisant la divulgation de toute information relative aux preuves présentées lors de l’audience de mise en liberté sous caution.
Avec des informations d'Audrey Bonaque et Marika Simard, Noovo Info.

