La mère qui a abandonné sa fille de 3 ans sur le bord de l'autoroute en Ontario en juin dernier se voit contrainte de séjourner à l'Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel à Montréal, a tranché mardi au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield le juge Bertrand Saint-Arnaud.
La femme de 34 ans ne peut pas communiquer avec sa fille ou avec le père de celle-ci. On lui a également interdit l'accès à internet, mais des sorties préapprouvées par un comité lui sont autorisées, sous réserve de son état de santé et de sa collaboration. Le comité de sorties sera formé de psychiatres du centre hospitalier où elle demeurera détenue.
Sur analyse de l’évaluation psychiatrique, le juge trouve que le risque de laisser la mère en liberté est trop grand, malgré des améliorations importantes de son état de santé mentale dans les derniers mois, notamment parce qu'elle demeure fragile et que «de l'éducation sur la maladie mentale reste à faire».
L'avocate de la poursuite, Lili Prévost-Gravel, a noté que le témoignage de la médecin spécialiste en psychiatrie Marie-Michèle Boulanger a fortement pesé dans la balance dans la décision du juge.
La procureure a soutenu que, bien que la mère n'ait pas été reconnue criminellement responsable, la décision du juge «est claire: c'est une détention».
Alors que le juge a prévu certaines modalités à cette détention, comme certaines sorties, ces dernières seront étroitement surveillées et devront être approuvées par un comité, a expliqué Me Prévost-Gravel.
Celle-ci est valide pour 90 jours, après quoi la Commission d'examen des troubles mentaux du Québec devra réévaluer le dossier.
Une vie «normale» un jour?
Compte tenu des événements, la mère est «en avance» dans sa réhabilitation et on croit même qu’elle pourrait reprendre une vie «normale ou quasi normale», pour reprendre les termes du juge Saint-Arnaud, mais «le gros du travail» et des ajustements est encore à faire.
Le suivi psychiatrique montre que «d’énormes» stresseurs, comme la médiatisation importante de l’affaire et le processus de réintégration à la société représentent d’importants risques de réapparition de symptômes psychotiques, d’où la décision du juge.
Le juge Saint-Arnaud rappelle que la mère a failli entraîner la mort de l’enfant, ce qui n’est pas à négliger en cas de rechute.
Elle souhaitait la remise en liberté
La mère a été déclarée lundi non criminellement responsable de ses actes pour cause de troubles mentaux, c'est-à-dire que si le tribunal reconnaît qu’elle a commis un crime, il considère que la mère a besoin de soins plutôt que d’une peine de prison.
L’accusée souhaitait être remise en liberté – ses parents proposaient de l’accueillir chez l’un ou l’autre –, la psychiatre qui a procédé à son évaluation psychiatrique pendant 60 jours - concluant à un trouble schizophrénique affectif - s'est opposée à sa remise en liberté.
La mère aurait évoqué à plusieurs reprises la présence d'entités. Elle disait alors croire que sa fille était comme «possédée», ou encore «contrôlée», «reprogrammée par ordinateur».
Devant le tribunal lundi, la Dre Marie-Michèle Boulanger a fait savoir que, selon elle, la mère était toujours un risque pour la société.
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La mère a été accusée d'abandon illégal d'un enfant et de négligence criminelle causant des lésions corporelles.
La femme a été arrêtée le 16 juin, un jour après être entrée dans un magasin de Coteau-du-Lac, en Montérégie, où elle avait affirmé aux employés qu’elle ne se souvenait pas où se trouvait sa fille depuis plusieurs heures.
La petite fille avait été portée disparue pendant plus de trois jours avant d’être retrouvée vivante, mais seule, sur le bord de l’autoroute 417 près de Saint-Albert, en Ontario. La fillette a été retrouvée par un drone de la police le 18 juin, à l’issue d’une opération de recherche massive menée par plus de 150 policiers du Québec et de l’Ontario.
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Le nom de la femme ne peut être publié afin de respecter la vie privée de l’enfant, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication.
Avec la collaboration de Julien Denis et de l'information d'Émile Bérubé-Lupien pour Noovo Info.


