Les rendements obligataires grimpent en flèche partout dans le monde, et les coûts d’emprunt de certains gouvernements atteignent des niveaux qu’on n’avait pas vus depuis des années.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Cette hausse exerce une pression à la hausse sur les taux fixes des prêts hypothécaires et des prêts automobiles — et pourrait avoir des répercussions sur d’autres coûts d’emprunt à long terme.
Alors, c’est quoi exactement les rendements obligataires — et qu’est-ce que ça pourrait signifier pour les Canadiens?
C’est quoi les rendements obligataires?
Une obligation, c’est en gros une reconnaissance de dette émise par les gouvernements à l’intention des investisseurs.
Les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux émettent des obligations pour emprunter de l’argent.
Les investisseurs achètent ensuite ces obligations, prêtant ainsi de l’argent aux gouvernements pour une période déterminée. En échange, le gouvernement s’engage à verser des intérêts et à rembourser le montant initial à l’échéance de l’obligation.
«Nos gouvernements, à tous les niveaux, empruntent de l’argent parce que leurs dépenses dépassent leurs recettes fiscales; ils le font donc en émettant des obligations», a expliqué Ron Butler, de Butler Mortgage Inc., à CTV News lors d’une entrevue sur Zoom samedi.
Le rendement d’une obligation, c’est le rendement auquel un investisseur peut s’attendre en fonction du prix actuel de l’obligation sur le marché et des paiements promis.
C’est un peu différent du coupon de l’obligation, qui correspond au paiement d’intérêt fixe.
Les obligations d’État servent aussi de référence pour d’autres taux d’intérêt. La Banque du Canada affirme que le rendement des obligations à cinq ans du gouvernement du Canada est un facteur important pour déterminer les taux hypothécaires fixes à cinq ans.
«Le rendement obligataire, c’est comme ça qu’on détermine les taux hypothécaires au Canada et partout dans le monde; les grandes banques s’en servent comme référence», a indiqué M. Butler.
«C’est sur la base du rendement obligataire qu’elles fixent le prix de leurs prêts hypothécaires. Quand ces rendements augmentent, la banque doit augmenter ses taux hypothécaires fixes. C’est aussi simple que ça.»
— Ron Butler, Butler Mortgage Inc
Les taux hypothécaires ne suivent pas exactement l’évolution des rendements obligataires, a ajouté M. Butler. Les prêteurs tiennent aussi compte de leurs propres coûts de financement, risques, dépenses et marges bénéficiaires.
Pourquoi les rendements obligataires montent-ils en flèche?
Les investisseurs peuvent exiger des rendements plus élevés lorsqu’ils craignent que l’inflation ou les taux d’intérêt restent élevés, ou que les gouvernements émettent d’importants montants de dette.
La vague de ventes mondiale actuelle est alimentée par la hausse des prix de l’énergie, les craintes d’inflation, les anticipations d’une hausse des taux d’intérêt et l’augmentation de la dette publique. L’incertitude entourant les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis ainsi que l’instabilité géopolitique générale affectent aussi le moral des investisseurs.
«Je sais qu’il y a ce conflit au Moyen-Orient, mais ça touche les États-Unis, parce que toute leur économie en dépend», a indiqué samedi à CTV News Sean Cooper, courtier en prêts hypothécaires de Toronto, à propos du prix du pétrole. «Ça ne concerne pas juste le plein de nos autos, ça sert aussi à transporter les marchandises jusqu’au supermarché, et la nourriture jusqu’au supermarché», a-t-il ajouté.
Quand les investisseurs vendent des obligations existantes ou sont moins enclins à en acheter, les prix des obligations baissent.
Comme les paiements promis par l’obligation ne changent pas, payer un prix plus bas pour ces mêmes paiements donne un rendement plus élevé.
Les nouvelles obligations d’État doivent également offrir des rendements compétitifs par rapport à ceux disponibles sur le marché.
«Quand personne ne veut vraiment acheter ces obligations, les vendeurs doivent les proposer à un prix plus attrayant, et une partie de ce prix se reflète dans le rendement», a souligné M. Butler. «En d’autres termes, c’est la somme d’argent qu’on te promet de recevoir grâce à cette obligation.»
Qu’est-ce que la hausse des rendements obligataires signifie pour les Canadiens?
Pour beaucoup de Canadiens, l’effet le plus direct se fait sentir sur les taux hypothécaires fixes.
Si les rendements des obligations du gouvernement du Canada restent élevés, les prêteurs pourraient augmenter les taux qu’ils proposent sur les prêts hypothécaires à taux fixe, qu’ils soient nouveaux ou renouvelés. Certains prêteurs ont déjà haussé leurs taux fixes.
Les propriétaires dont le prêt hypothécaire à taux fixe est en cours ne verront pas leur taux ou leurs versements changer tout de suite. L’effet se ferait généralement sentir au moment d’acheter une maison, de refinancer ou de renouveler un prêt hypothécaire.
Les taux hypothécaires variables fonctionnent différemment. Ils suivent surtout le taux préférentiel du prêteur, qui est fortement influencé par le taux directeur de la Banque du Canada, plutôt que de suivre directement les rendements obligataires.
Des rendements obligataires plus élevés peuvent aussi influer sur certains prêts aux entreprises et d’autres coûts d’emprunt à long terme. Le lien avec les prêts automobiles est moins direct, car ces taux dépendent de plusieurs facteurs supplémentaires, notamment le prêteur, la cote de crédit de l’emprunteur et les incitatifs de financement offerts par les constructeurs.
Ça peut être une bonne nouvelle pour les épargnants et les investisseurs. Les obligations nouvellement acquises et certains certificats de placement garanti pourraient offrir des rendements plus élevés. Par contre, la hausse des rendements fait généralement baisser la valeur marchande des obligations et des fonds obligataires que les investisseurs détiennent déjà.
Des rendements plus élevés font aussi grimper les coûts d’emprunt des gouvernements, car la dette existante arrive à échéance et doit être refinancée. À long terme, ça peut exercer une pression supplémentaire sur les budgets gouvernementaux.
Que devraient faire les emprunteurs?
Les emprunteurs ne devraient pas partir du principe qu’un prêt hypothécaire à taux fixe ou variable est automatiquement la meilleure option.
«Ce que j’ai entendu de la part de plusieurs courtiers hypothécaires avec qui on travaille, c’est que les gens optent de plus en plus pour les prêts à taux variable ces derniers temps, parce que la différence de mensualité en ce moment, entre ce qu’on peut obtenir avec un taux variable et ce qu’on peut obtenir avec un taux fixe, s’accroît; l’écart se creuse», a exprimé samedi à CTV News Tom Storey, un agent immobilier de Toronto.
Ron Butler a indiqué que certains de ses clients optent d’abord pour un taux variable en attendant de voir si les taux fixes baissent.
«Si les rendements obligataires baissent et que les taux hypothécaires fixes diminuent dans les prochains mois, ils auront la possibilité de bloquer un taux fixe à un niveau plus raisonnable, au lieu d’être pratiquement obligés d’accepter les taux fixes disponibles aujourd’hui en raison des rendements obligataires élevés qu’on observe en ce moment», a-t-il expliqué.
Cette stratégie comporte toutefois des risques. Un taux variable peut augmenter si la Banque du Canada relève son taux directeur, et un emprunteur qui opterait pour un taux fixe plus tard se verrait appliquer le taux fixe offert par son prêteur à ce moment-là.
L’Agence de la consommation en matière financière du Canada recommande aux propriétaires de commencer à magasiner plusieurs mois avant la fin de la durée de leur prêt hypothécaire, de comparer les offres de différents prêteurs et courtiers, et de négocier plutôt que d’accepter automatiquement l’offre de renouvellement de leur prêteur.
