Les Québécois agissent «comme s’ils étaient en récession» en raison de l’explosion des coûts liés au logement, croit un planificateur financier. Le constat d’un sondage Léger: plus de sept Québécois sur dix qualifient le logement de «fardeau financier important».
Préparé pour Multi-Prêts, le sondage révèle également que 37% des personnes sondées se disent inquiètes de leur capacité à assumer leurs coûts de logement, si bien que 40% des Québécois ont dû réduire plusieurs dépenses afin d’y arriver. Ce sont notamment les loisirs, les voyages, l’épargne et les rénovations qui ont été sacrifiés par des Québécois qui peinent à payer leur loyer ou leur hypothèque.
«Parmi eux, 67% ont réduit leurs loisirs, 55% leurs voyages et près de la moitié leur capacité d’épargne. En d’autres mots, le logement gruge désormais les plaisirs, les projets et la sécurité financière», indique l’étude.

Les premiers acheteurs seraient davantage impactés par le phénomène.
Environ 83% des premiers acheteurs voient le logement comme «un fardeau financier important», tandis que 56% d’entre eux sont inquiets vis à vis leur capacité à payer, selon les données du sondage. Il s’agit de chiffres plus élevés que chez les propriétaires avec hypothèque et les vendeurs potentiels.
On indique que 84% des Québécois croient que les jeunes générations sont désavantagées face à l’accès à la propriété et 83% croient qu’elles doivent faire davantage de sacrifices que les générations précédentes.
Ces chiffres ne semblent pas avoir fait sursauter le planificateur et présentateur financier Fabien Major. En 2026, «c’est très difficile d’accéder à la propriété», lance-t-il d’emblée. «Il faut se loger, il faut donc faire des choix financiers et couper dans d’autres choses pour parvenir à payer son logement», a-t-il expliqué.
Nous ne sommes pas en récession, mais certains Québécois agissent comme si c’était le cas, souligne M. Major. À ses yeux, il s’agit d’une année «très difficile hors récession depuis des années».
Mylène Grenier y va de propos semblables. Courtière hypothécaire chez Multi-Prêts depuis 21 ans, elle déplore que la hausse du coût de la vie est «préoccupante» pour les Québécois. «C’est une grosse partie de notre budget qui part pour se loger», a-t-elle déclaré.
Bien qu’elle n’ait pas de chiffres exacts, elle affirme que «la situation sur le terrain a empiré». «C’est ce qu’on remarque dans nos bureaux.»
«Pendant la pandémie, ça a été la même chose. Ce qu’on remarque, c’est l’insécurité des gens», a-t-elle raconté.

40 mois de paiements pour acheter une propriété?
En entrevue avec Noovo Info, M. Major dit que l’épargne nécessaire pour accéder à la propriété est désormais considérable.
«À Montréal, on parle de 40 mois nécessaires pour une mise de fonds minimum. Dans le grand marché de Québec, on parle de 30 mois.»
— Fabien Major, planificateur financier
«C’est quand même un choc contrairement aux crises hypothécaires ou aux récessions dans les années 1990, ajoute-t-il. Il y a les taux d’intérêt qui sont plus élevés et il y a les prix inaccessibles. (Avec) l’immobilier qui a augmenté, ça fait une situation inédite.»
Le planificateur financier souligne que le sondage montre que 30% des premiers acheteurs dépendent désormais de l’aide financière de leur famille. «Avant, ce n’était pas aussi élevé», a-t-il affirmé.
Des astuces pour économiser malgré tout?
Payer son logement, accéder à la propriété et économiser en 2026 relève du possible, soutiennent Mme Grenier et M. Major.
Mme Grenier avance qu’un courtier hypothécaire accompagnera les Québécois afin «qu’ils prennent les meilleures décisions possibles».
«Chaque situation est une situation personnelle et différente. Il n’y a pas de scénario parfait. Il ne faut pas tarder à consulter avec un courtier pour bien prévoir ce projet de vie. Il ne faut pas que ça devienne un fardeau financier», estime-t-elle.
Fabien Major rappelle qu’il existe plusieurs outils comme le CELIAPP, qui permet aux premiers acheteurs d’accumuler une mise de fonds.
«Il faut de la planification et de l’épargne.»
M. Major recommande aux Québécois qui doivent couper dans leurs dépenses pour payer leur logement de «couper intelligemment et de ne pas couper par instinct».
Le collaborateur de Noovo Info mentionne qu’il faut un portefeuille sain, mais également un niveau de vie sain.
«Si on sacrifie les loisirs en premier, ça peut mener au burn-out et à des tensions familiales, des séparations et il y a un appauvrissement généralisé pour la famille.»
«Le beau rêve d’accéder à la propriété, il sert à quoi si on vit dans une maison vide car on ne peut pas acheter des meubles?»
— Fabien Major, planificateur financier
Avant de toucher à la qualité de vie, il ajoute qu’on peut faire plusieurs choses pour économiser.
«On peut renégocier les taux, consolider les dettes et faire le tour de ses abonnements inutiles et après on touche la qualité de vie. Il faut faire tout en son possible pour ne pas toucher à sa qualité de vie avant tout.»
L’abolition de la taxe de bienvenue, une fausse bonne idée?
La première ministre Christine Fréchette a par ailleurs annoncé que le gouvernement remboursera la taxe de bienvenue des premiers acheteurs, jusqu’à un montant maximal de 5875 $.
«Avec cette annonce, je suis convaincue que plus de jeunes vont pouvoir devenir propriétaires et améliorer leur sort», avait déclaré Mme Fréchette.
Cette mesure a été accueillie de manière favorable par les Québécois sondés par Léger.
70% des personnes estiment que cette mesure offrira un soulagement financier concret, mais 58% considèrent néanmoins qu’elle aura peu d’impact réel sur l’accès à la propriété.
«75% des Québécois jugent que le gouvernement devrait aller plus loin pour améliorer l’accessibilité au marché immobilier.»
Fabien Major partage cet avis et croit que l’abolition de la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs ne va pas avoir de réel impact.
«Le marché va l’anticiper, donc les prix (des propriétés) vont augmenter de 6000$ et il n’y aura pas d’effet», a-t-il conclu.
