Vous avez traversé une pluie de braises pour vous mettre en sécurité. Vous avez trouvé un terrain surélevé alors que les eaux de crue se précipitaient vers vous.
Vous avez échappé au danger immédiat qui menaçait votre vie et votre intégrité physique, mais c’est alors que la réalité financière vous rattrape.
Pour ceux qui ont été contraints de quitter leur domicile à cause d’un incendie ou d’une inondation — souvent avec pour seuls biens les vêtements qu’ils portent —, il n’y a rien de plus décourageant que de devoir ensuite faire face à des dépenses imprévues, à des demandes d’indemnisation et à des factures qui restent à payer.
«Les répercussions de ces catastrophes naturelles vont bien au-delà des simples dégâts matériels. Elles peuvent perturber pratiquement tous les aspects de la vie financière d’une personne», explique Ali Harris-Saunders, de la Société de conseil en crédit, un organisme de bienfaisance sans but lucratif.
Elle distingue les conséquences financières à court et à long terme. À court terme, on trouve les frais d’hébergement, de nourriture et d’autres produits de première nécessité pendant une évacuation, ainsi que la perte de revenus et les réparations des biens endommagés. À plus long terme, il faut compter avec la baisse de la valeur des biens immobiliers, la hausse des primes d’assurance et les dettes, qui s’accumulent souvent une fois les fonds d’urgence épuisés.
«Je constate que pour de nombreux ménages, le plus grand défi n’est pas la catastrophe en elle-même, mais les difficultés financières qui s’ensuivent», ajoute Mme Harris-Saunders.
À faire dès l’évacuation
Les prêteurs hypothécaires, les compagnies de téléphone et les fournisseurs de services publics peuvent souvent proposer des mesures d’allègement temporaire en cas de difficultés. Mais cela ne se fait pas automatiquement; Mme Harris-Saunders recommande donc aux personnes évacuées de contacter ces prestataires dès que possible. Elles devraient également s’efforcer de continuer à effectuer leurs paiements réguliers pendant la mise en place de ces dispositions, afin de ne pas accumuler de retard.
Rob de Pruis, du Bureau d’assurance du Canada, vient de rentrer de Penticton, en Colombie-Britannique, où des représentants des entreprises d’assurance étaient sur place pour répondre aux questions des évacués après que des feux de forêt ont ravagé la région.
«J’ai discuté avec quelques résidents (…) qui sont littéralement partis avec pour seuls biens les vêtements qu’ils portaient, pensant qu’ils rentreraient dès le lendemain matin, rapporte M. de Pruis. Finalement, ils se sont absentés pendant près d’une semaine. Ils n’ont plus de vêtements.»
Les polices d’assurance couvrent généralement les frais de subsistance de toute personne faisant l’objet d’un ordre d’évacuation, y compris l’hébergement, la nourriture et d’autres produits de première nécessité. M. de Pruis indique que les représentants des compagnies d’assurance ont pu effectuer sur place des virements électroniques au profit des personnes évacuées. Certains assureurs ont pris l’initiative d’appeler les clients dont ils savaient qu’ils habitaient dans la région pour leur indiquer la marche à suivre.
«Dès que vous êtes évacué, que votre logement ait subi des dégâts ou non, votre police d’assurance entre en vigueur», rappelle M. de Pruis.
L’assurance est sollicitée en premier lieu pour couvrir les frais immédiats, tandis que les aides d’urgence proposées par les pouvoirs publics sont destinées à répondre aux «besoins non satisfaits» des personnes sous-assurées ou non assurées, ajoute-t-il.
Après l’évaluation des dégâts
D’autres difficultés apparaissent lorsque les autorités donnent le feu vert aux propriétaires pour qu’ils retournent chez eux et évaluent les dégâts.
Il est courant que les polices d’assurance habitation couvrent les dégâts causés par un incendie, mais la question des dégâts dus aux inondations est plus délicate à gérer. Une couverture contre les inondations terrestres et les refoulements d’égouts peut être souscrite en complément d’une police de base, et les montants de couverture peuvent varier en fonction des différents niveaux de primes.
Outre les dommages causés à la résidence elle-même, les polices peuvent couvrir la détérioration des denrées alimentaires — un problème majeur lorsque l’électricité est coupée pendant plusieurs jours d’affilée. La détérioration peut avoir été si importante qu’il faille remplacer le réfrigérateur ou le congélateur, un coût supplémentaire que l’assurance pourrait prendre en charge.
Une propriété peut encore tenir debout, mais nécessiter l’intervention de professionnels avant de pouvoir être réhabitée, explique Jim Mandeville, vice-président principal de construction et d’intervention d’urgence First Onsite.
«La première étape consiste à effectuer une inspection très minutieuse de la maison à votre retour, en commençant par l’extérieur. Faites le tour de la maison et observez attentivement: regardez vers le haut, vers le bas, examinez le toit (…) et voyez si quelque chose semble différent», détaille-t-il.
La vérification des traces
En cas d’incendie, les constructions récentes sont moins susceptibles d’être envahies par la suie à l’intérieur, car elles sont mieux isolées.
«Si, en faisant le tour de la maison, vous passez le doigt sur quelque chose et que celui-ci se retrouve noirci, vous devrez contacter votre entreprise d’assurance et vous devrez probablement envisager de faire appel à un service de nettoyage professionnel, dont l’ampleur peut varier de très mineure à très, très importante.»
M. Mandeville déconseille de rentrer dans un logement inondé s’il y a encore de l’eau stagnante à l’extérieur de la maison, et recommande plutôt de contacter votre entreprise d’assurance, qui dispose probablement d’une liste d’entreprises de remise en état après inondation avec lesquelles elle travaille en priorité.
Si de l’eau s’est accumulée dans un sous-sol aménagé jusqu’aux chevilles ou plus haut et qu’elle stagne depuis plus de quelques jours, «vous allez avoir un problème de moisissure», ajoute-t-il.
«Les coûts s’élèveront à des dizaines de milliers de dollars, voire à plusieurs dizaines de milliers de dollars, pour remédier à ce problème, indique M. Mandeville. Vous devrez probablement aussi envisager l’achat d’une nouvelle chaudière et d’un nouveau chauffe-eau, sans compter d’éventuels dégâts électriques. Cela peut coûter très, très cher.»
L’élimination des moisissures ne doit pas être effectuée sans l’expertise d’un professionnel. Une intervention incorrecte pourrait mettre en danger la santé des occupants.
La couverture d’assurance pour les dégâts des eaux est souvent bien insuffisante pour permettre un nettoyage en bonne et due forme, précise M. Mandeville.
«C’est un sujet qui devrait vraiment faire l’objet d’une discussion entre vous et votre courtier lors du prochain renouvellement de votre assurance, surtout si vous vivez dans une région qui a déjà connu des inondations ou qui est susceptible d’en subir.»

