Le budget vacances des Québécois qui voyageront par avion cet hiver devra être revu à la hausse. «Les Québécois vont payer plus cher leur billet d’avion par rapport à l’an dernier», prévient John Gradek, spécialiste en aviation à l’Université McGill.
Selon des données de Statistique Canada publiées lundi, les prix des billets d’avion ont bondi de 19,4% en septembre dernier. Cette donnée fait du transport aérien l’un des principaux responsables de l’accélération de l’inflation au Canada depuis un an.
Sur son site Web, le comparateur de vols Kayak affiche aussi des données démontrant que les tarifs pour les vols internationaux et intérieurs sont en hausse entre 2025 et 2026. Par exemple, un billet d’avion pour Cancún au Mexique s’affiche à 590$ en date du 12 octobre 2025 et il grimpe à 716$ au même moment cette année, une hausse de plus de 20%.
La hausse du prix des billets d’avion se ressent aussi sur le terrain. «C’est clair que cette année, c’est vraiment plus cher. Il y a moins de deals et certains deals sont moins bons», a fait savoir à Noovo Info Andrew D’Amours, cofondateur de Flytrippers, un média en ligne qui a pour mission d’aider les Canadiens à voyager plus, pour moins.
M. D’Amours apporte tout de même une nuance concernant les voyages d’hiver.
«Le temps des Fêtes est littéralement le pire moment de l’année pour les prix. Entre Noël et le jour de l’An, ça a toujours été la semaine la plus chère, ça ne changera pas.»
— Andrew D’Amours, cofondateur de Flytrippers
Questionnée par Noovo Info, une porte-parole d’Air Transat a fait savoir qu’il était difficile de prévoir ce que sera l’évolution des tarifs au cours des prochains mois, en précisant que la demande actuelle pour les voyages pendant la période des Fêtes «demeure soutenue».
«Cette période achalandée est reflétée dans les prix, qui fluctuent selon plusieurs facteurs : l’offre et la demande sur chaque liaison, la date de départ, les places disponibles au moment de la réservation, la concurrence et les coûts d’exploitation, dont le carburant», a expliqué Stéphanie Dussault, conseillère principale, communication et affaires publiques, chez Air Transat. «Nous remarquons toutefois que les voyageurs réservent cette année plus près de leur date d’envol, ce qui peut contribuer à une augmentation des tarifs», a-t-elle précisé.
Le coupable? La crise du kérosène
Le principal facteur qui influence le prix des billets d’avion en ce moment est la crise du kérosène, provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Le conflit a quasiment fait tripler le prix du kérosène en un an.
«On payait environ 65 $ US le baril de kérosène au mois de janvier 2026 et là nous sommes à près de 190 $ US pour le même produit. C’est ça l’impact majeur sur les coûts des compagnies aériennes», a expliqué à Noovo Info John Gradek, précisant que les transporteurs reportent cette hausse de coût sur leurs tarifs.
L’expert en aviation craint d’ailleurs que même si les compagnies aériennes ont eu un peu d’air grâce à une aide financière du gouvernement du Canada, le problème des prix des billets à la hausse risque de demeurer puisque le prix du kérosène, lui, augmentera encore.
«Je prévois que d’ici la fin du mois d’octobre, donc d’ici la fin de la semaine prochaine, on va être dans les alentours de 200 $ US pour le baril, et d’ici la fin de l’année, on va être autour de 225 $ US le baril», a souligné M. Gradek.
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Par courriel, Air Transat a confirmé à Noovo Info que la volatilité des prix du carburant, et les incertitudes géopolitiques continuent effectivement d’exercer une pression sur l’industrie aérienne.
Du côté d’Air Canada, la flambée du prix du kérosène a représenté une hausse de 770M$ au cours du deuxième trimestre de 2026. «L’augmentation ne s’est retrouvée qu’en partie dans les prix, et surtout dans les cabines supérieures, l’impact en classe économie ayant été plus limité», a précisé à Noovo Info Christophe Hennebelle, vice-président des communications d’Air Canada.
M. Hennebelle précise que comme toute entreprise privée, Air Canada doit facturer ses services à leur coût réel. «L’aviation est un secteur d’activité où les marges sont particulièrement faibles - le profit total d’Air Canada en 2025 représente environ 14 $ par passager payant transporté», a-t-il ajouté.
La fin des voyages à prix modique?
John Gradek croit par ailleurs que la fermeture du marché de Cuba par les compagnies aériennes canadiennes a aussi un rôle à jouer dans l’augmentation du prix des billets d’avion et des forfaits de voyage tout inclus.

«La disparition de Cuba a vraiment nécessité une restructuration des offres des compagnies aériennes et des grossistes sur le voyage du Sud», a-t-il mis en lumière en précisant que les Québécois, dont Cuba était une destination de choix, ont perdu «le prix modique».
«L’an dernier, quelqu’un pouvait dénicher un voyage d’une semaine, tout compris, à environ 700$ ou 800$. Cette année, ce même voyage est rendu entre 1500$ et 2000$ pour le prix modique», a-t-il expliqué.
Changer des habitudes de voyages
John Gradek ne croit pas que les Québécois et les Québécoises cesseront de voyager, même avec la hausse du prix des billets d’avion, mais estime qu’un certain point de rupture est possible.
«Avec les hausses tarifaires, nous aurons la question de l’élasticité dans le monde du transport aérien : la rupture d’élasticité va survenir alors que l’inflation sera bien là et que le revenu disponible pour acheter des billets d’avion n’y sera plus», a-t-il expliqué.
M. Gradek est d’avis qu’une fois le point de rupture atteint — ce qui est déjà le cas pour plusieurs voyageurs —, ce sont les habitudes de voyage qui changeront de façon plus importante. «Plutôt que de prendre des vacances de deux semaines, les gens vont partir une semaine seulement ou encore trois ou quatre jours. Les gens vont aussi magasiner davantage, et souvent, changer leur destination.»
Andrew D’Amours, de Flytrippers, affirme également qu’il existe toujours de bons «deals» pour les voyages et qu’il y a encore des façons de voyager pour moins cher. «Peu importe notre revenu, alors que tout coûte plus cher, si on aime les voyages, il faut prendre du temps pour apprendre les astuces pour trouver, par exemple, de meilleures destinations, ainsi que des billets d’avion et des hôtels moins chers.»
Pour Andrew D’Amours, «[juste] le fait de sortir des complexes hyper touristiques et de louer un Airbnb, ou d’aller dans des destinations moins touristiques, où il fait aussi beau et où il y a une culture locale à découvrir, ça va souvent faire baisser les prix drastiquement».

John Gradek est par ailleurs d’avis que les voyageurs ne devraient pas trop compter sur les ventes spéciales de billets d’avion ou de tout inclus qui ont normalement lieu entre les périodes de pointe, comme en novembre ou en février. «Cette année, ces ventes ne sont pas là. Je pense que les compagnies aériennes, plutôt que d’essayer de remplir les avions avec des ventes spéciales, vont annuler les vols. Ça leur coûte trop cher pour opérer un vol, même avec des prix à rabais», a-t-il affirmé.
M. Gradek insiste d’ailleurs sur un point : le temps d’acheter, c’est maintenant. «N’attendez pas. Si vous attendez, ça se peut fortement que les destinations que vous voyez maintenant ne soient plus offertes.»
Andrew D’Amours, de Flytrippers, croit aussi que les achats de dernière minute ne sont pas à prioriser, sauf si vous êtes un voyageur «très flexible» sur la destination. «Ce n’est habituellement pas tellement le cas pour la plupart des gens, mais si on est ouvert, qu’on veut juste voyager et ne pas être dans l’hiver québécois, ça a plus de chances de fonctionner», a-t-il exprimé.
Les difficultés d’Air Transat
Alors que les autres compagnies aériennes canadiennes réussissent à garder la tête hors de l’eau malgré la crise du kérosène, notamment avec une aide financière d’Ottawa, Air Transat, elle, traverse toujours une période de difficultés financières et opérationnelles.
La société mère d’Air Transat a enregistré une perte de 106,6 M$ au cours du trimestre clos le 31 juillet et a annoncé en septembre dernier avoir obtenu une seconde aide financière d’urgence du gouvernement du Canada.
Est-ce qu’Air Transat pourrait disparaître du paysage canadien ou être acquise par un concurrent? John Gradek ne le croit pas. «Le gouvernement fédéral veut qu’Air Transat reste. Je pense qu’ils [les décideurs, NDLR] sont vraiment conscients du fait qu’en éliminant Transat de la scène, on réduit la concurrence de beaucoup. Je crois que ce n’est pas une situation que le gouvernement canadien souhaite», a-t-il expliqué.
L’expert en aviation est aussi d’avis que l’hypothèse de perdre un joueur dans le transport aérien n’est pas bénéfique pour les consommateurs. « C’est vraiment nécessaire qu’on garde la situation compétitive au Canada.»
John Gradek note par ailleurs que Porter Airlines travaille très fort à augmenter ses parts de marché en faisant concurrence à Air Transat, Air Canada, WestJet et SunWing, ce qui est bon pour les voyageurs. «Ils tentent vraiment d’avoir des parts de marché plutôt que d’avoir des profits. Plutôt que de mettre des appareils dans un parc pour l’hiver, ils ont décidé d’opérer. Un transporteur vers qui se tourner pour de bons tarifs, c’est Porter», a-t-il dit.
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Destination : Colombie ou Asie
Envie de changement et d’opter pour des destinations moins dispendieuses? Andrew D’Amours propose deux destinations de choix : la Colombie et l’Asie.
Le cofondateur de Flytrippers est d’avis que pour un voyage plus court, comme pour une semaine de vacances, la Colombie est un excellent choix pour ceux et celles qui cherchent le soleil et la chaleur. «Il y a une côte sur la mer des Caraïbes, il y a aussi plein d’endroits super intéressants. Ce pays est beaucoup moins cher que d’autres sur le plan du coût de la vie.»
Si votre calendrier de vacances peut atteindre deux semaines et plus, M. D’Amours propose l’Asie. «Le billet d’avion coûte plus cher, mais le prix de tout sur place est tellement moins cher, et moins cher à un point que les gens ne le réalisent pas ! On parle notamment d’hôtels cinq étoiles à la moitié, voire au tiers du prix d’ailleurs.»
