Chaque automne, on essaie de me vendre le bonheur de retourner m’encabaner. Comme s’il suffisait d’une couverture et d’un latte à la citrouille pour que je trouve merveilleux le retour du froid. Comme si je devais m’en réjouir. Ça ne fonctionne pas.
Je vais le dire tout de suite: le pumpkin spice m’agace. Son retour annonce qu’on va encore essayer de me convaincre qu’une soirée sur mon divan vaut mieux qu’une soirée sur une terrasse.
J’aimais mieux être dehors.
J’aimais mieux partir de chez moi avec naïveté, sans trop réfléchir à ce que je devais me mettre sur le dos.
L’automne arrive et j’ai l’impression que tout se complique. On ne sait plus quoi mettre tellement la météo joue au yoyo. On a froid en partant et trop chaud au retour. Un foulard? Un parapluie? On ne sait plus.
Oui, l’automne est exigeant.
Les belles couleurs
Je vous entends me dire que j’exagère. Je vous entends me dire : regarde, les arbres sont magnifiques.
Ben oui. Je les trouve beaux, je prends même des photos. Mais vous savez ce qui vient après le festival des couleurs ? Le brun mouillé qui colle aux semelles. Puis le gris qui s’installe pour une durée indéterminée.
J’ai du mal à profiter du spectacle sans penser à la suite : novembre.
Et la pluie… Cette pluie froide fouettée par le vent, celle qui réussit à se faufiler sous le parapluie et qui mouille le bas des jeans et les manches.
Qu’est-ce qu’il y a de réconfortant là-dedans?
Après le festival des couleurs, c’est le festival des annulations de sorties pour cause de virus. Quelqu’un tousse à côté de nous et on calcule mentalement le nombre de jours avant notre prochain engagement important.
Et il faudrait que je trouve ça charmant, l’automne.
Rentrez donc!
Heureusement, tout un univers commercial est là pour m’expliquer comment apprécier ça.
Je dois apparemment acheter la bonne chandelle. Remplacer les coussins du salon. Utiliser une grosse tasse avec un message philosophique positif. Et là, peut-être que je vais oublier qu’il fait noir quand je finis de travailler ou que je dois partir le chauffage chez moi.
La noirceur me pèse. Sortir demande un effort supplémentaire. Je regarde dehors et mon élan tombe. Rester à la maison devient plus simple.
C’est là qu’arrive l’ultime promesse de bonheur domestique : le cocooning.
Le mot lui-même m’énerve. Il arrive, flanqué de chuchotements et de bas de laine devant un feu et de mains autour d’une boisson fumante.
Moi, j’ai juste envie d’allumer toutes les lumières. Et de me magasiner un voyage dans le Sud.
Bien chez soi
Et pourtant, pourtant, j’aime mon chez-moi. J’aime y recevoir mon monde et passer une soirée tranquille.
Mais on dirait que le plaisir de rentrer chez moi dépend aussi de la possibilité de rester à l’extérieur. En été, on a le droit de changer d’idée. À l’automne, une fois les bottes enlevées et le manteau accroché, bonne chance pour me faire ressortir.
Cette liberté me manque déjà.
À l’automne, même le soleil finit par me faire la morale. Il se pointe le bout du nez et je me sens obligée d’aller prendre l’air. Vite, il faut en profiter ! Après tout, demain, il pleut.
Et pendant ce temps, les images de bonheur automnal défilent. Tout le monde semble avoir trouvé son compte dans une maison qui sent la vanille ou la cannelle.
Est-ce qu’un matin, on se réveille en ayant envie de décorer son entrée avec des courges et des couronnes de feuilles en plastique?
Est-ce que moi, je peux trouver ça plate sans qu’on me prescrive un bain chaud?
Vive les flocons
Et détrompez-vous : je ne vais pas trouver l’hiver long. Parce que j’aime l’hiver.
J’aime quand tout devient blanc, immaculé, quand la neige nous retourne cette lumière si particulière. J’aime le ski, Noël et les tempêtes. Elles font ressortir notre petit côté viking, sortir devient une aventure.
C’est l’entre-deux qui me pèse. Cette attente (voire cette agonie) dans le brun.
En plus, avec les changements climatiques, la perspective d’un couvert de neige moins durable et de davantage de pluie en hiver ne me réjouit pas. Je crains que mon automne s’étire dans le calendrier.
Vous pouvez garder le latte à la citrouille.
Moi, j’attends les flocons.
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