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Il fait (trop) chaud!

Les vagues de chaleur ne changent pas seulement la météo. Elles sont en train de changer notre rapport à l’été.

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Chronique Maude Goyer | «Il fait (trop) chaud!» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) Chronique Maude Goyer | «Il fait (trop) chaud!» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) (La Presse canadienne)

Avez-vous survécu à la dernière? Êtes-vous prêts pour la prochaine? Je parle des vagues de chaleur. J’ai l’impression qu’elles nous ont volé quelque chose de précieux: cette douce insouciance qui faisait le charme de l’été. L’été n’est plus la saison que j’attendais; c’est celle que j’endure.

Je me suis rendu compte d’une chose ces dernières semaines : je ne regarde plus les prévisions météo comme avant.

Je n’ai plus cet enthousiasme de fille qui pense aux festivals, aux couchers du soleil ou aux BBQ.

Je me sens plutôt envahie par de nouvelles inquiétudes. Je ne me demande plus si le soleil sera au rendez-vous ; je me demande jusqu’où le mercure va monter. Je me demande si on va réussir à dormir, si les personnes les plus vulnérables vont souffrir.

Et combien de jours faudra-t-il tenir?

Suis-je la seule?

Il n’y a pas si longtemps, l’été était la saison qu’on attendait toute l’année. Elle était synonyme de terrasses, de vacances, de fenêtres ouvertes, de journées passées dehors.

Météo: d’où vient toute cette humidité qui accompagne la chaleur intense? Chaleur et humidité: Alex Verville nous explique pourquoi on parle davantage de l’humidex que de la température du thermomètre.

Aujourd’hui, j’ai surtout l’impression qu’on attend que ça passe. On ne dit plus seulement «ouf il fait chaud!» en souriant et en haussant les épaules. La chaleur est devenue une contrainte.

Elle nous affecte… pas dans le bon sens. On dort moins bien. On pense moins clairement. On devient plus irritables. Plus fatigués. On annule des activités. On déplace nos sorties. On cherche l’ombre ou la climatisation. On ferme les rideaux. On guette les avertissements de chaleur extrême.

Avant, on adaptait notre journée à la pluie. Aujourd’hui, on l’adapte à la chaleur.

Nouvelle normalité

Et non, ce n’est pas seulement une impression. Selon Ouranos, le Québec s’est déjà réchauffé d’environ 2 °C depuis l’ère préindustrielle. Il y a une dizaine d’années, on enregistrait en moyenne environ trois journées de plus de 32 °C par année.

D’ici 2040, on pourrait en compter plus de 20. Et vers la fin du siècle, près de 50.

Autrement dit, ce que nous vivons en ce moment risque de devenir notre nouvelle normalité. Et même de s’accentuer. Nous goûtons déjà aux étés de demain.

Ce qui me frappe aussi, c’est qu’on ne parle plus de la chaleur comme d’un simple inconfort: la canicule devient un enjeu de santé physique et psychologique. Oui, notre thermomètre corporel monte, mais notre système nerveux s’active aussi.

Mais ce qui me frappe le plus, ce n’est pas que les étés changent. C’est qu’ils ne changent pas de la même façon pour tout le monde.

«Les écarts de fraîcheur suivent les écarts de revenus.» C’est ce qu’a déclaré récemment le Dr David Kaiser, de la Direction régionale de santé publique de Montréal.

Cette phrase résume tout. Les plus privilégiés ont accès à la climatisation, à une piscine, à une cour ombragée ou à un chalet où fuir les îlots de chaleur. Les autres vivent dans des logements qui surchauffent, dans des quartiers où le béton remplace les arbres, travaillent à l’extérieur ou n’ont tout simplement aucun endroit où se rafraîchir.

On parlait de pauvreté énergétique en hiver ; il va falloir commencer à en parler l’été aussi.

Chaleur accablante: comment les camps de jour protègent-ils nos enfants? Les grandes chaleurs d’été peuvent parfois demander une bonne logistique pour les camps de jour. Dans la région, le camp du Lac Pouce est bien outillé pour traverser les fortes températures.

Et la suite?

Au fond, ce qui est en train de changer, ce n’est peut-être pas seulement le climat, c’est tout notre rapport à l’été.

Quand j’étais plus jeune, l’été évoquait la liberté. Aujourd’hui, l’été évoque les nuits tropicales et les avertissements de chaleur.

On attend la brise, la pluie, la soirée plus fraîche et l’orage qui cassera la canicule.

De quoi auront l’air nos étés dans 20 ou 30 ans? Est-ce que la climatisation deviendra un bien essentiel, comme le chauffage l’est aujourd’hui? Est-ce que certaines villes deviendront plus attrayantes simplement parce qu’on y respire mieux? Est-ce qu’on choisira un quartier en fonction de ses arbres plutôt que de sa proximité avec le métro?

Les changements climatiques ne sont plus seulement une affaire de glaciers qui fondent ou de rapports scientifiques. Ils sont entrés dans nos maisons, dans nos vies.

Ils influencent notre sommeil, notre humeur, notre productivité, notre santé. Et tranquillement, notre façon d’imaginer l’été.

Je crois que nous sommes nombreux à être en train de faire le deuil de l’été tel que nous l’avons connu. Et je trouve cette idée infiniment plus bouleversante que le mercure qui grimpe.

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