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Les souvenirs d’été ne se planifient pas

L’été devient une liste. Nous cherchons l’efficacité.

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Chronique Maude Goyer | «Les souvenirs d’été ne se planifient pas» Chronique Maude Goyer | «Les souvenirs d’été ne se planifient pas» (Montage Noovo Info et Envato)

L’été nous fait croire que le bonheur se trouve dans les grandes vacances. Je pense le contraire. Les moments qui restent ne sont pas toujours ceux qu’on a planifiés. Ce sont souvent les plus simples. Et c’est peut-être là que le bonheur se cache.

Quand je ferme les yeux, ce ne sont pas des destinations ni des itinéraires qui me reviennent.

Ce sont des odeurs, des sons, des sensations.

Les fenêtres ouvertes.

Les pieds nus dans le gazon.

Les premières lucioles.

Les fraises qui arrivent au marché.

Une baignade improvisée.

Une soirée où personne ne regardait son téléphone.

Des moments minuscules qui, sans que je ne sache pourquoi, ont fini par prendre beaucoup de place dans mes souvenirs.

Pourquoi est-ce qu’on se souvient davantage d’un bain de minuit que de l’hôtel où l’on a dormi ? Je pense qu’on sous-estime complètement ce qui compte vraiment.

Nous sommes devenus très bons pour organiser notre bonheur.

Nous réservons les hôtels. Nous comparons les prix des billets. Nous préparons des listes. Nous cherchons les meilleurs restaurants, les plus belles plages et les activités incontournables.

Nous voulons profiter de l’été. Il est si court après tout !

Mais cherche-t-on trop à le rentabiliser ? Il faut voir les amis, aller au chalet, assister à un festival, faire une escapade, organiser un BBQ, visiter une nouvelle région, passer du temps en famille et surtout, créer des souvenirs.

L’été devient une liste. Nous cherchons l’efficacité.

Petits moments

On croit souvent que le bonheur arrivera lorsque certaines conditions seront réunies.

Quand on aura trouvé la bonne personne. Quand on aura changé d’emploi. Quand on aura plus d’argent. Quand les enfants seront plus autonomes. Quand on sera enfin en vacances.

Mais le problème avec le bonheur que l’on remet toujours, c’est qu’il recule avec nous. Lorsqu’un objectif est atteint, il y en a rapidement un autre. Puis un autre.

Est-ce que les vacances estivales peuvent nuire à l’apprentissage des enfants? Les élèves pendant l’été peuvent perdre jusqu’à 30% des acquis qu’ils ont faits durant l’année scolaire. Voyez le reportage de Marika Simard.

Évidemment, avoir des projets fait du bien. Partir en voyage aussi. Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut passer les vacances à regarder pousser les tomates sur le balcon.

Je pense simplement que nous sous-estimons les petits moments qui sont déjà là.

Une chanson qu’on aime dans la voiture. Une crème glacée qui fond trop vite. Un bain de minuit. Une pluie d’été. Le premier blé d’Inde. Un fou rire qui donne mal au ventre.

Ces moments ne coûtent presque rien. Et pourtant, ce sont souvent eux qui traversent les années avec nous.

Ce n’est peut-être pas seulement une impression.

Relations et glimmers

Depuis près de 90 ans, les chercheurs de la célèbre étude sur le bonheur de Harvard tentent de répondre à une question toute simple : qu’est-ce qui nous rend heureux ?

Leur conclusion est étonnamment simple. Ce n’est pas le succès, ni la richesse, ni la célébrité qui prédisent le mieux une vie heureuse.

Ce sont principalement les relations humaines.

Les personnes qui entretiennent des liens chaleureux avec leur famille, leurs amis ou leur communauté vivent généralement plus heureuses… et elles vivent plus longtemps !

D’autres chercheurs s’intéressent à notre capacité à remarquer ces petits moments qui font du bien. Ils les appellent des glimmers, de brèves expériences positives qui nous procurent un sentiment de calme, de joie ou de sécurité.

L’odeur du café.

Rouler les fenêtres baissées.

Un chien tout heureux de nous revoir.

Le sourire d’un inconnu.

Ces moments sont partout. Encore faut-il ralentir pour les remarquer.

Le premier jour

Nous passons une bonne partie de nos journées à penser à ce qui vient ensuite. Au déjeuner, nous pensons au travail. Au travail, nous pensons au souper. Au souper, nous regardons notre téléphone. Et pendant les vacances, il nous arrive même de penser au retour.

Je trouve que l’été nous redonne quelque chose que nous perdons souvent le reste de l’année : le temps de remarquer ces petits moments.

Pendant quelques semaines, nous devenons un peu moins pressés. Et un peu plus disponibles.

L’écrivaine américaine Suleika Jaouad, qui vit avec la leucémie depuis plusieurs années, raconte qu’on lui répète souvent de vivre chaque journée comme si c’était la dernière. Cette idée, dit-elle, lui semble épuisante.

Comment faire de chaque repas un moment inoubliable ? Comment profiter parfaitement de chaque seconde ?

Elle préfère une autre façon de voir les choses : vivre chaque journée comme si c’était la première. Avec curiosité. Avec émerveillement. Avec un peu plus de jeu, de légèreté.

N’est-ce pas une belle façon d’aborder l’été ?

On n’a pas à chercher à en faire toujours plus, mais plutôt à être simplement un peu plus présents à ce qui est déjà là.

Parce qu’au fond, les plus beaux souvenirs ne sont peut-être pas ceux qu’on avait planifiés. Ce sont souvent ceux qu’on n’avait jamais pensé devoir retenir.

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