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On sait ce qui rend heureux… mais on ne le fait pas

Pourquoi ?

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Chronique Maude Goyer |«On sait ce qui rend heureux… mais on ne le fait pas» (Crédit: image tirée de la banque d'images Envato et montage Noovo Info) Chronique Maude Goyer |«On sait ce qui rend heureux… mais on ne le fait pas» (Crédit: image tirée de la banque d'images Envato et montage Noovo Info) (Banque d'images Envato)

On passe une bonne partie de sa vie à courir après le bonheur. Et même si on sait très bien ce qui rend les êtres humains heureux, on choisit souvent de faire le contraire. Pourquoi ?

Le bonheur n’est pas dans l’argent, ni dans une promotion, une maison plus grande ni même dans un projet réussi ou un objectif atteint.

Le bonheur est ailleurs.

Depuis près de 90 ans, des chercheurs d’Harvard tentent d’élucider LA question de notre vie sur Terre : qu’est-ce qui rend heureux ? Quels sont les ingrédients d’une vie heureuse ?

Les deux professeurs Robert Waldinger et Marc Schulz sont aujourd’hui à la tête de cette vaste étude, amorcée en 1938. Il s’agit de la plus longue étude scientifique sur le bonheur. L’équipe suit des milliers de personnes afin de documenter leur santé, leur travail, leur vie amoureuse, leurs relations, leurs épreuves. Tout est passé au peigne fin.

Le livre The Good Life (en français : Qu’est-ce qu’une vie heureuse ? aux éditions de l’Homme) résume ces découvertes et en arrive à une conclusion, étonnamment simple.

Ce qui rend les gens heureux, ce n’est ni la richesse, ni la réussite, ni le prestige.

Ce sont les relations humaines.

Performance et réussite

Les personnes qui entretiennent des liens solides, que ce soit en amitié, en amour, avec la famille, avec les collègues de travail ou au sein d’une communauté, vivent plus longtemps, sont en meilleure santé. Et elles se disent plus satisfaites de leur vie.

Qui plus est : la qualité des relations à 50 ans prédit la santé physique et psychologique à 80 ans, mieux que plusieurs indicateurs médicaux.

Je vous entends : éviter la solitude et l’isolement, ça rend plus heureux. Rien de bien surprenant.

Mais il y a un paradoxe. Alors que la science nous dit clairement ce qui rend heureux, nous semblons constamment l’oublier.

Qu’est-ce qui nous pousse ailleurs, notre époque, notre culture, notre individualisme ? On dirait qu’on est tous atteints du même virus, celui qui nous attire vers le visible : la performance, la réussite, les accomplissements, le statut, les revenus.

En 2026, on mesure encore le succès à la taille de l’agenda, des maisons, des heures travaillées. Mais personne ne reçoit d’éloges ni de trophées pour avoir pris un café avec un ami.

Faire du bien

Les relations humaines ont un problème d’image : elles ne sont pas spectaculaires. Elles sont discrètes. Elles se publicisent difficilement. Elles ne produisent pas de statistiques impressionnantes.

Et pourtant… le vrai bien-être se trouve au cœur des connexions.

Vous pensez que j’exagère ? Pas du tout. Une multitude d’études scientifiques le démontre.

Par exemple, dans certaines études, les chercheurs demandent à des gens d’engager la conversation avec des inconnus dans le train ou dans un café. Les participants anticipent avec plus ou moins d’enthousiasme ces interactions « forcées ». Ils s’imaginent que cela sera inutile, malaisant, voire désagréable.

Mais surprise : ils rapportent souvent l’inverse. Ils se sentent mieux après l’interaction.

Notre intuition nous trompe. Le bonheur se cache dans de petits moments, pas dans les grandes choses. Une conversation, un repas partagé, une marche avec quelqu’un, un appel de quelques minutes.

Un détour

Le problème n’est donc pas que la recette du bonheur soit mystérieuse ; le problème, c’est que nous sommes excellents pour nous distraire (ou nous convaincre) de ce qui nous rend heureux.

Les écrans nous volent du temps précieux. Plusieurs chercheurs parlent d’une véritable épidémie de solitude, et ce à tout âge. Les conséquences de la solitude et de l’isolement sont graves, elles seraient même comparables à certains comportements à risque comme le tabagisme. Imaginez.

Les relations avec les autres ne sont pas juste agréables — elles sont vitales.

La bonne nouvelle ? Elles demandent peu de choses. Du temps. De l’attention. Probablement les deux ressources les plus précieuses dont nous disposons, soit dit en passant.

Et autre bonne nouvelle : il n’est jamais trop tard pour investir dans ses relations. Ce n’est pas parce qu’on a négligé ses relations dans le passé qu’on ne peut pas améliorer les choses.

Autrement dit, la trajectoire n’est pas figée. Comme l’écrivent les auteurs de The Good Life : la vie n’est pas écrite dans la pierre ; elle est écrite dans le sable.

Le vrai défi, au fond, ce n’est pas de trouver le bonheur. C’est d’arrêter de l’éviter.

*Le 20 mars est la Journée internationale du bonheur

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