Chroniques

Je suis informée, soit – mais je suis épuisée

Dans un monde en alerte permanente, savoir quand décrocher est devenu une compétence de survie.

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Chronique Maude Goyer Noovo Info 20260122 (Montage Noovo Info et The Associated Press)

J’avance plus lentement. Je réfléchis avec un petit délai. J’entre dans une pièce et j’oublie ce que je suis venue y faire. Non, ce n’est pas l’Alzheimer ni la préménopause. Je suis atteinte d’info anxiété, cette angoisse grimpante liée à l’actualité.

Je suis journaliste, alors je m’informe. Beaucoup. Non seulement ça fait partie de mon travail — mais j’en mange. J’aime ça.

Sauf que…

Sauf que je l’avoue, depuis la prise du Venezuela, depuis les menaces envers le Groenland (et le Danemark, par la bande) et envers le Canada (que se passera-t-il au nord de notre frontière ?), la coupe est pleine.

J’ai dû réduire et ralentir.

Les propos d’un Trump en délire s’ajoutent à la situation géopolitique actuelle (Ukraine, Gaza), la guerre des tarifs, l’inflation, le coût de la vie, la crise du logement, les changements climatiques… et il fait -1000 dehors !

Cette semaine, la publication par Trump de photos générées par l’IA, l’article assez anxiogène merci publié dans le Globe and Mail sur la préparation militaire canadienne en plus du discours courageux de Mark Carney à Davos (qui rappelle que l’ordre mondial bascule) ont été la goutte qui a fait déborder le vase : j’ai été paralysée dans mon travail, en quelque sorte.

«Les puissances moyennes comme le Canada ne sont pas impuissantes»: discours de Carney à Davos Dans son discours au Forum économique mondial, à Davos, Mark Carney a notamment tracé une nouvelle voie pour le Canada, dans laquelle l’ancien ordre mondial ne reviendra pas.

J’ai eu besoin de plus de repos, de plus de pauses, de plus d’espace. De respiration. Procrastiner est devenu bon pour ma santé mentale !

Menaces et perturbations

Suis-je la seule ?

À lire les commentaires recueillis sur les réseaux sociaux lorsque j’ai posé la question en début de semaine, nous sommes une gang à faire de l’info anxiété.

« Qu’est-ce qu’il a encore fait ? », m’a glissé une amie récemment en me parlant des notifications qu’elle prend frénétiquement sur son téléphone, tout au long de ses journées, en faisant référence à Trump.

C’est vrai que les sautes d’humeur du président américain sont à elles seules une raison d’être vraiment dérangé, perturbé.

Je ne sais pas combien de menaces et de mauvaises nouvelles, le cerveau humain peut absorber, surtout en continu.

On fait quoi alors ? On tire la plogue des nouvelles, des réseaux sociaux ? Mais se priver d’information, c’est tout aussi anxiogène, me semble-t-il. La connaissance ne nous donne-t-elle pas du contrôle, ou du moins une impression de contrôle ?

Des trucs pour décrocher

J’ai sondé des experts, des journalistes et certaines personnes qui avaient répondu à mon appel à tous sur l’info anxiété. Certains de leurs conseils et pistes de réflexion se rejoignent pour réussir à « garder sa tête hors de l’eau », pour réussir à sortir de cet état d’hypervigilance (qu’on a tous connu à divers degrés lors de la pandémie) et pour penser à autre chose — et passer à autre chose.

Sur le plan personnel, plusieurs me signalent que ce n’est pas l’information qui est le problème, mais la surabondance d’infos — et leur répétition. À quel moment consomme-t-on l’info, et combien de fois par jour ?

Désactiver les notifications sur son téléphone, éteindre la radio, limiter son temps de « scrolling » sur les réseaux sociaux, toutes ces actions demeurent des solutions simples et efficaces. Après tout, s’informer, ce n’est pas être connecté en permanence. Il faut trier et doser.

Paresse et partage

Pour la santé mentale, on essaie de bouger, marcher, méditer, pourquoi pas. Pour moi, ça passe par aller jouer dehors. Prendre du soleil, même par temps glacial, ça fait du bien. Et parfois, prendre soin de soi, c’est rester sous les couvertures, ne rien faire, assumer la paresse, étirer le temps.

C’est une forme de self care que de célébrer la passivité ! Sans culpabilité.

Au travail, avec les amis, les membres de la famille (incluant les enfants), plusieurs personnes avec qui je me suis entretenue m’ont dit : « ça fait du bien de se sentir écouté et validé dans ce qu’on vit et ressent ». C’est un rappel que non, on n’est pas seul à vivre avec cette anxiété liée à l’actualité. C’est normal.

Bon, c’est sûr qu’il faut éviter de tomber dans la rumination de groupe (ressasser sans cesse les mauvaises nouvelles) ou dans le stress vicariant. C’est un concept que je ne connaissais pas : il s’agit en fait du stress qu’on attrape à force d’être exposé au stress des autres, sorte de contagion émotionnelle.

Des bonnes nouvelles

Ça ne veut pas dire qu’il faille se couper des autres — mais prendre un pas de recul, remettre les événements en contexte sans les amplifier, tenter de rester objectif, ça apaise cette forme de stress.

La grande spécialiste du stress humain, Sonia Lupien, conseille aussi de diversifier les sujets de conversation autour de la machine à café, de se « forcer » et de se « discipliner » pour parler de choses positives, de choses qui font du bien. Revenir au moment présent quoi !

Je demeure convaincue que s’informer est essentiel — et bien sûr, je continuerai de le faire. Mais dans un monde en alerte permanente, savoir quand décrocher est devenu une compétence de survie.