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Lutnick qualifie le discours de Carney de «brouhaha politique»

Il a également critiqué l’accord récemment conclu entre le Canada et la Chine.

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Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 21 janvier 2026. Photo AP/Markus Schreiber Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 21 janvier 2026. Photo AP/Markus Schreiber (Markus Schreiber)

Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a affirmé jeudi que le discours du premier ministre Mark Carney au Forum économique mondial n’était que du «brouhaha politique » et a critiqué l’accord récemment conclu entre le Canada et la Chine.

«C’est une blague, a déclaré M. Lutnick sur les ondes de Bloomberg TV. Ils ont conclu le deuxième meilleur accord au monde et tout ce que j’ai à faire, c’est d’écouter ce type se plaindre et râler.»

Dans son discours à Davos, en Suisse, M. Carney a fait valoir que l’ancien ordre mondial était révolu et a exhorté les puissances moyennes à s’unir alors que les grandes puissances tentent de faire pression sur elles par des mesures de coercition économique.

Le Canada a été protégé des pires effets des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump grâce à l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, connus sous le nom de ACÉUM.

M. Trump a augmenté les droits de douane sur le Canada à 35 % en août dernier, mais ces taxes ne s’appliquent pas aux marchandises qui sont protégées par l’accord commercial trilatéral. Le Canada est frappé par des droits de douane sectoriels distincts sur des industries telles que l’acier, l’aluminium, l’automobile, le bois d’œuvre et les armoires.

M. Lutnick a prévenu Ottawa que l’accord récemment conclu par M. Carney en Chine pourrait bouleverser les négociations sur l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui doit être révisé cette année.

L’accord avec Pékin prévoit que la Chine réduise ses droits de douane sur les produits agricoles en échange de l’ouverture du marché canadien aux véhicules électriques chinois.

M. Lutnick a déclaré que le Canada «jouait sur un ensemble de règles qu’il n’a pas vraiment réfléchi». Le secrétaire au Commerce a ensuite vanté la manière dont les États-Unis concluent des accords avec la Chine.

Interrogé par des journalistes à Québec au sujet des commentaires de M. Lutnick, le ministre des Finances François-Philippe Champagne a déclaré que chaque pays du G7 avait déterminé une voie stratégique à suivre avec Pékin et que le Canada ne faisait pas exception.

«Je dirais que le premier ministre a exprimé tout haut ce que beaucoup de gens pensent, et qu’il avait le courage de le dire», a ajouté M. Champagne.

Les dirigeants européens, qui ont ovationné le discours du premier ministre, ont continué à la citer tout au long du forum de Davos et ont répété l’avertissement de M. Carney concernant la rupture fondamentale dans les relations commerciales et de défense.

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, qui prépare le terrain pour une éventuelle candidature démocrate à la présidence, a déclaré lors du Forum que plusieurs dirigeants américains lui avaient envoyé la transcription du discours de M. Carney.

Le chancelier allemand Friedrich Merz, faisant écho au discours de M. Carney, a déclaré jeudi que les moyennes puissances n’étaient pas «à la merci de ce nouvel ordre mondial.»

«Nous avons le choix, a continué M. Merz. Nous pouvons façonner l’avenir.»

Malgré les demandes répétées des Américains pour acquérir le Groenland, territoire autonome appartenant au Danemark, et les menaces répétées de droits de douane, M. Lutnick a maintenu que les États-Unis entretenaient toujours de bonnes relations avec le Canada et l’Europe.

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, ne s’est pas montré préoccupé par les déclarations de M. Carney et des dirigeants européens au forum de Davos. Il a déclaré à Fox News qu’un «nouvel ordre mondial» était en train d’émerger et que les responsables européens commençaient à le reconnaître.

«Nous entrons dans une période où certaines des règles économiques du passé ne sont plus efficaces, où certains accords de sécurité devront peut-être être réorganisés, a-t-il remarqué. Il y a donc une prise de conscience à ce sujet.»

Les actions de Washington à l’encontre de ses alliés traditionnels inquiètent les membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord.

Dernièrement, le président Trump a déclaré qu’il n’était pas certain que les membres de l’OTAN viendraient en aide aux États-Unis en cas de besoin.

Jeudi, il est allé encore plus loin en remarquant, dans une entrevue accordée à Fox Business: «Nous ne leur avons jamais vraiment rien demandé».

«Ils diront qu’ils ont envoyé des troupes en Afghanistan, où autre chose, et ils l’ont fait — mais ils sont restés un peu derrière, un peu à l’écart des lignes de front», a continué le président.

L’article 5 de l’OTAN, sa cause de défense collective, n’a été invoqué qu’une fois — par les États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

Les membres de l’OTAN ont combattu aux côtés des Américains en Afghanistan. Plus de 40 000 membres des forces armées canadiennes y ont servi et 158 soldats canadiens y ont perdu la vie.

Avec des informations de David Baxter

Kelly Geraldine Malone

Kelly Geraldine Malone

Journaliste