OTTAWA — Il existe des solutions à la crise qui touche le Groenland, a déclaré mardi le premier ministre Mark Carney alors qu'il s'exprimait devant les dirigeants mondiaux réunis au Forum économique mondial en Suisse.
Lors de son discours au forum dans la station de ski de Davos, M. Carney a affirmé que le Canada défendait le principe que la souveraineté et l'intégrité territoriale du Groenland doivent être respectées.
«Je crois fermement qu'un meilleur résultat peut ressortir des discussions qui ont été catalysées d'une manière inhabituelle, il faut l'admettre», a déclaré M. Carney, interrogé à savoir s'il pensait qu'il existe une issue diplomatique face au désir du président américain Donald Trump concernant le Groenland.
Tôt mardi matin, M. Trump a publié une série de messages consacrés au Groenland sur son réseau social, Truth Social.
Ses publications comprenaient une photo générée par intelligence artificielle le montrant en réunion dans le Bureau ovale avec des dirigeants européens, ainsi qu'une carte de l'hémisphère occidental sur laquelle des drapeaux américains flottaient au-dessus du Groenland, du Canada, de Cuba et du Venezuela.
Se faisant demander mardi à la Maison-Blanche jusqu'où il était prêt à aller pour acquérir le Groenland, M. Trump a répondu aux journalistes : «Vous verrez bien». Quant au fait que les Groenlandais ne souhaitent pas rejoindre les États-Unis, il a répondu: «Quand je leur parlerai, je suis sûr qu'ils seront enthousiastes».
Cette déclaration fait suite à la menace proférée samedi dernier par le président américain d'imposer de nouveaux droits de douane à huit pays européens pour avoir refusé de soutenir son projet d'acquisition du Groenland.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a affirmé mardi que cette menace est «une erreur» et soulève des questions quant à la fiabilité du président, après ses promesses de l'année dernière de ne pas imposer de nouveaux droits de douane aux pays de l'Union européenne (UE).
Le premier ministre Mark Carney a mentionné dimanche être «préoccupé» par l'escalade des tensions entre les États-Unis et le Groenland et a indiqué qu'il ferait part de son inquiétude à M. Trump s'il le rencontrait à Davos.
Le président américain doit donner un discours au Forum économique mondial mercredi, mais les deux dirigeants n'ont pas de rencontre prévue.
M. Carney a déclaré que la réponse à la question du Groenland «commence par la sécurité».
«La sécurité, oui, du Groenland, mais plus largement de l'Arctique, a-t-il soutenu. Le Canada y contribue pleinement. Nous sommes au début d'une escalade majeure, nous y contribuerons donc de manière importante. L'OTAN doit tenir ses engagements à cet égard. Nous travaillons d'arrache-pied pour y parvenir.»
M. Trump a utilisé à plusieurs reprises la menace perçue de la Russie et de la Chine pour justifier la prise de contrôle du Groenland par les États-Unis.
M. Carney a confirmé que la Russie représentait une menace évidente dans l'Arctique. Citant les dépenses militaires canadiennes dans la région pour des équipements tels que des sous-marins, des avions de combat et des radars transhorizon, M. Carney a avancé que la meilleure défense contre la Russie était un investissement conjoint de l'OTAN.
«À ce stade, la menace est plus prospective que réelle en termes d'activité effective dans l'Arctique, et nous avons l'intention de faire en sorte que cela reste ainsi.»
Défense canadienne
Interrogée sur la participation des troupes canadiennes aux exercices militaires danois au Groenland, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand a déclaré mardi à Davos que le Canada participait régulièrement aux exercices de l'OTAN.
Elle a ajouté que ce sont le ministre de la Défense et le chef d'état-major de la Défense qui détermineraient toute participation à de nouveaux exercices militaires.
Mme Anand n'a pas donné d'exemple lorsque les journalistes lui ont demandé de citer la principale menace à laquelle le Canada est confronté. Elle a simplement déclaré que le monde avait «considérablement» changé depuis la fin de son mandat de ministre de la Défense en 2023.
«En tant que Canadiens, nous continuerons à défendre le Grand Nord fort et libre, tout en attendant de nos alliés, de nos partenaires et de tous les autres pays qu'ils respectent cette souveraineté», a affirmé Mme Anand.
Le premier ministre Mark Carney n'a pas hésité à désigner la Chine comme la plus grande menace pour la sécurité du Canada lors du débat des chefs des élections fédérales de l'année dernière.
M. Carney a passé la semaine dernière à Pékin, où il a conclu des accords commerciaux avec le président Xi Jinping afin d'alléger certains droits de douane sur les produits agricoles et de rouvrir le marché canadien à certains véhicules électriques chinois, sous certaines conditions.
Mme Anand a affirmé mardi, devant un panel à Davos, que le Canada avait une politique étrangère pour l'Arctique et qu'il était temps que l'OTAN élabore sa propre stratégie pour contenir «la menace russe dans l'Arctique», en collaboration avec le Canada et les pays nordiques.
«L'OTAN a besoin de cette stratégie», a-t-elle soutenu.
Elle a également déclaré aux journalistes que la recherche de partenaires commerciaux par le Canada à Pékin et dans le golfe d'Arabie montre qu'Ottawa ne se contente pas de réagir aux changements de politique des États-Unis.
«Ce qui différencie le Canada des autres pays avec lesquels nous discutons, par exemple, c'est que nous avons une stratégie et que nous la mettons en œuvre.»
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré mardi lors du Forum économique mondial que le désir du président d'avoir le Groenland relevait d'un enjeu de sécurité nationale.
«En tant que membre de l'OTAN, je pense que le président craint que si le Groenland était envahi, les États-Unis soient appelés à défendre le Groenland.»
Rencontre avec les alliés
La défense du Groenland et de l'Arctique ont été des thèmes centraux des conversations de M. Carney avec le premier ministre britannique Keir Starmer lundi et avec le président français Emmanuel Macron mardi, selon les communiqués du bureau de M. Carney.
Le président français Emmanuel Macron a affirmé mardi lors de son discours au Forum économique mondial que les États-Unis utilisaient les accords commerciaux pour affaiblir et subordonner l'Europe.
M. Macron a soutenu qu'il était inacceptable que des pays utilisent le commerce comme une arme pour obtenir des concessions territoriales, faisant ainsi allusion aux menaces de M. Trump d'imposer des droits de douane à la France et à d'autres nations.
Le président Macron a déclaré qu'«accepter une nouvelle approche coloniale n'a aucun sens».
L'Assemblée législative du Nunavut devait hisser mardi le drapeau du Groenland en signe de solidarité. Au cours de la fin de semaine, des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien à Iqaluit pour protester contre les menaces américaines.
— Avec des informations de Dylan Robertson, de Kelly Geraldine Malone et de l'Associated Press
David Baxter, La Presse Canadienne

