La malheureuse histoire de l’infection respiratoire sévissant sur le navire MS Hondius a ramené dans l’actualité un virus dont on parle rarement : l’hantavirus, ou plutôt les hantavirus, puisque la famille comporte plus de 50 variétés.
Selon les informations disponibles, plusieurs personnes sont malades à bord, certaines gravement, et des décès sont rapportés. Tous les cas ne sont cependant pas confirmés, et la souche précise du virus ne semble toujours pas rendue publique.
Ce genre de situation inquiète à bon droit, et encore les gens sur place, évidemment. Un navire est en effet un milieu fermé, les passagers sont loin de chez eux, les informations arrivent parfois par fragments, et les familles des personnes touchées vivent une attente extrêmement difficile.
Il faut d’abord remettre ce virus dans son contexte, parce que l’hantavirus n’est pas nouveau, il est connu depuis longtemps, et il ne se transmet habituellement pas comme la grippe ou la COVID.
Transmis par les rongeurs
Les infections à hantavirus sont environnementales et surtout liées à la présence de rongeurs. Le virus se retrouve dans leur urine, leurs selles ou leur salive et l’humain s’infecte en respirant de fines particules contaminées, par exemple lors du nettoyage d’un endroit clos où il y a eu des souris ou des rats.
Les situations à risque sont bien connues, soit les cabanes, greniers, bâtiments agricoles, chalets ou espaces fermés, bref, partout où des excréments de rongeurs ont séché et peuvent être remis en suspension dans l’air.
Il existe deux grands types d’infection à hantavirus, ceux touchant surtout les reins, notamment en Europe et en Asie, alors que dans les Amériques, la forme la plus fréquente est le syndrome pulmonaire, qui sévit actuellement sur le navire.
Quand les poumons sont atteints
Après une longue incubation, la maladie commence rapidement, comme une grippe en fait, avec fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, maux de tête, nausées, vomissements ou douleurs abdominales.
Sauf que chez certaines personnes, la maladie évolue toutefois vers une atteinte des poumons. C’est alors qu’on voit apparaître de la toux, un essoufflement important, une baisse de l’oxygène, menant souvent jusqu’à un état de choc.
Le mécanisme n’est pas celui d’une pneumonie classique avec du pus dans les poumons, plutôt une fuite de liquide provenant des petits vaisseaux sanguins, qui passe ensuite dans les poumons, ce qui provoque alors un œdème (enflure) grave et une impossibilité d’oxygéner suffisamment les tissus.
Il n’existe pas de traitement spécifique pour la forme pulmonaire sévère, sinon le soutien respiratoire, qui doit être débuté rapidement en milieu hospitalier. Les patients doivent alors être traités aux soins intensifs avec oxygène ou même une ventilation mécanique.
Certains médicaments permettent de maintenir la pression artérielle et, parfois, des technologies avancées, comme l’ECMO (appareil d’oxygénation et de circulation extra-corporelle du sang) sont indiquées, quand plus rien ne fonctionne.
Peu contagieux
Heureusement, l’hantavirus n’est pas un virus contagieux comme la COVID, l’influenza ou la rougeole. La grande majorité des infections surviennent plutôt par contact direct avec un environnement contaminé par des rongeurs.
Sur un navire, le risque augmente surtout parce qu’il peut y avoir une source commune d’exposition, comme un secteur vicié, des denrées ou des espaces où des rongeurs auraient circulé. Le confinement des passagers ne signifie donc pas que le virus ne se propage de personne à personne.
Il existe tout de même une exception, soit l’Hantavirus Andes, retrouvé surtout en Amérique du Sud et associé à une certaine transmission entre humains, surtout lors de contacts rapprochés.
Se protéger
La prévention repose sur des gestes simples, comme d’éviter les contacts avec les rongeurs, de garder les aliments bien protégés, de colmater les ouvertures dans les bâtiments, et de nettoyer prudemment les endroits où il peut y avoir des excréments de souris.
Il faut s’abstenir de balayer à sec ou de passer l’aspirateur dans un lieu potentiellement contaminé ; mieux vaut ventiler, humidifier avec un désinfectant, porter des gants et, dans les situations à risque, un masque N95.
Sans rien banaliser, parce que l’infection peut être grave, ce virus n’est donc pas nouveau, les cas demeurent rares, et il est peu ou pas contagieux entre humains. Le risque pour la population générale est minime.
Mais je compatis évidemment avec les 149 passagers en quarantaine à bord du navire, de même qu’avec les personnes malades et les familles éprouvées, en espérant que le tout se termine bientôt et sans nouveau décès.

