Accrocher nos jeunes garçons à l’école, ça passe par le sport, entre autres par les programmes de sport-études. Or, ces programmes sont coûteux et élitistes: des parents découragés dénoncent la rareté des places et l’iniquité du système.
Mère de deux garçons de 11 et 14 ans, Pascale Lavoie a consolé son cadet, refusé dans un programme de sport-études en soccer, à l’école secondaire de Mortagne de Boucherville.
«C’est là qu’il voulait aller, explique Mme Lavoie. Il a travaillé fort, les soirs et les fins de semaine. Comme plein de petits garçons, il s’est fait dire qu’il n’avait pas le niveau requis. C’est froid et brutal!»
La mère de famille, qui est enseignante, précise que sur 200 candidats, seulement 46 sont sélectionnés. Elle se questionne sur le message envoyé aux jeunes.
«Ce qu’on leur dit, c’est que c’est juste l’élite, juste les extraordinaires, ceux qui visent les Olympiques, qui ont leur place… Que fait-on du rêve des autres?»
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Elle montre du doigt le système scolaire à trois vitesses, qui fait des ravages et creuse le fossé chez les jeunes: le privé pour ceux dont les parents peuvent payer, les programmes particuliers comme le sport-études pour les doués et le «régulier».
Dans le cas de son garçon, Pascale Lavoie voit déjà les répercussions de ce refus, perçu comme un rejet par son fils. «Cela a un impact sur son estime, dit-elle. C’est sûr qu’au-delà de la déception et de la peine, il va apprendre des choses, comme la résilience. Mais je questionne le message envoyé par les choix qu’on fait, comme société.»
Décrochage scolaire
Non seulement le sport-études coûte cher (40 % des programmes coûtent plus de 5000 $ par année, selon une récente étude de l’Université Laval), mais il n’est pas offert partout. Les disparités sont grandes d’une région à l’autre, d’un quartier à l’autre.
Pourtant, le sport, ça motive les troupes — particulièrement les garçons. A-t-on besoin de rappeler les chiffres effarants quant au décrochage chez les gars?
Dans son récent documentaire sur la question de la sous-scolarisation des garçons, la députée libérale Marwah Rizqy rappelle que 22 % des garçons quittent l’école sans diplôme (comparativement à 14,1 % des filles) et que chaque année, plus de femmes obtiennent leur diplôme postsecondaire (près de 20 000 femmes de plus que d’hommes).
Le sport, dans cette optique, est un sacré levier de motivation et de persévérance.
Système défaillant
L’enjeu est tout là, pour Pascale Lavoie. C’est injuste et crève-cœur, note-t-elle.
«Ils veulent juste jouer et pratiquer leur sport. Mais que voulons-nous? Un système qui choisit l’élite pour faire rayonner les écoles avec des médailles ou un système qui inclut plus de monde pour assurer la réussite de tous?»
La question est bonne et mérite qu’on s’y attarde — surtout quand on tient compte des coûts du décrochage scolaire au Québec, soit environ 14 milliards annuellement.
Alors on fait quoi? On vise l’inclusion, mentionne Mme Lavoie.
Des solutions
Elle a raison. Des solutions existent: plus d’infrastructures, de plateaux sportifs, d’installations municipales et plus de coachs et d’enseignants, pour permettre l’ouverture de davantage de places.
Il me semble qu’investir dans le sport-études, ce n’est pas seulement former des athlètes: c’est garder nos jeunes motivés, engagés, enthousiastes et qui sait, prêts à pousser leurs études.
Est-ce utopique de penser que chaque enfant, au Québec, peu importe son code postal ou le revenu familial, peut avoir accès à un programme sportif?
Les priorités doivent changer: le sport doit être un droit, pas un privilège.
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