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«AI slop» dans les écoles? De la grogne contre les agendas scolaires créés par l’IA

«C’est tellement honteux!»

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Voici deux exemples où l'agenda scolaire 2026-2027 d'écoles du Québec pourrait avoir été créé avec l'utilisation de l'intelligence artificielle.
IA et agendas scolaires 2026-2027 Voici deux exemples où l'agenda scolaire 2026-2027 d'écoles du Québec pourrait avoir été créé avec l'utilisation de l'intelligence artificielle. (Facebook | Reddit)

Le mouvement de résistance à l’«AI slop», qui dénonce l’abondance de «contenu poubelle» généré par intelligence artificielle (IA), gagne les écoles du Québec. Des parents s’insurgent contre le design d’agendas scolaires créé par IA.

Il suffit d’une tournée sur différentes pages et différents groupes sur les réseaux sociaux, dont Spotted: Dénonce ton système d’éducation sur Facebook ou encore sur Reddit, pour y trouver des commentaires négatifs en lien avec l’utilisation de l’intelligence artificielle pour illustrer la page de couverture des agendas de plusieurs écoles de la province.

La plupart des commentateurs, ce qui inclut des parents, estiment qu’il s’agit là d’une mauvaise décision parce que dans certains milieux scolaires québécois, historiquement, le dessins de couverture sont parfois conçus par des élèves dans le cadre de concours d’art visuel, par exemple. C’est d’ailleurs encore le cas pour plusieurs écoles.

«C’est tellement honteux!» s’est indigné un usager dans un message publié sur Facebook. «Il y aura toujours des élèves talentueux pour dessiner des couvertures d’agenda.»

Des gens, dont plusieurs parents, sont mécontents de l'utilisation de l'IA pour la création de la page de couverture de certains agendas scolaires pour la rentrée 2026-2027. Des commentaires ont été récoltés sur la page Facebook « Spotted: Dénonce ton système d'éducation » le jeudi 3 septembre 2026.
Dossier IA vs agendas scolaires Des gens, dont plusieurs parents, sont mécontents de l'utilisation de l'IA pour la création de la page de couverture de certains agendas scolaires pour la rentrée 2026-2027. Des commentaires ont été récoltés sur la page Facebook «Spotted: Dénonce ton système d'éducation» le jeudi 3 septembre 2026. (Facebook | Montage Noovo Info)

Bien que moins nombreux, des parents ont aussi émis des commentaires positifs. Une mère souligne que l’agenda scolaire de sa fille a été créé par l’IA, qu’il est «hyper beau» et que sa fille «l’adore». Elle ajoute que «l’IA fera pleinement partie du futur de ces élèves; mieux vaut les préparer à ça».

D’autres parents estiment que le système d’éducation est confronté à de plus grands enjeux et qu’il vaudrait mieux s’en occuper au lieu de s’offusquer de la couverture des agendas.

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Une situation «exceptionnelle», selon le CSSDM

L’agenda scolaire 2026-2027 de l’école secondaire Robert-Gravel, située à Montréal, fait partie de ceux qui ont suscité la grogne en raison de l’utilisation de l’IA.

L'agenda 2026-2027 de l'école secondaire Robert-Gravel a été généré par l'IA.
Agenda 2026-2027 École Robert-Gravel L'agenda 2026-2027 de l'école secondaire Robert-Gravel a été généré par l'IA. (Facebook | Spotted: Dénonce ton système d'éducation)

Interrogé par Noovo Info, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a fait savoir à Noovo Info jeudi que le recours à l’intelligence artificielle dans ce cas «a été exceptionnel».

Alain Perron, responsable des relations de presse au CSSDM, a expliqué par courriel que si la page de couverture de l’agenda était traditionnellement réalisée par des élèves grâce à un concours, «aucune proposition n’a été soumise» au cours des deux dernières années.

«Cette année, la direction souhaite explorer une autre formule afin de favoriser la participation des élèves», a dit M. Perron. «Les modalités seront déterminées en collaboration avec l’équipe-école.»

Reste que l’utilisation de l’intelligence artificielle pour illustrer l’agenda de l’école Robert-Gravel n’a pas plu à certains étudiants. Le CSSDM a entendu leur appel.

«Des élèves ont proposé à la direction de l’école de réaliser un dessin qui pourrait être collé sur la page de couverture de l’agenda actuel», a souligné M. Perron. «C’est ce qui se mettra en branle ces prochains jours. Les élèves qui souhaiteront ajouter le dessin à la couverture de leur agenda pourront le faire librement.»

IA ou pas ?

L’image de la page de couverture de l’agenda scolaire 2026-2027 de l’école secondaire Anjou a aussi suscité plusieurs réactions : on la croyait générée artificiellement.

La page de couverture de l'agenda scolaire de l'école secondaire Anjou a subi des critiques sur le Web, alors que plusieurs croient que l'IA a été utilisée.
Agenda scolaire de l'école secondaire Anjou 2026-2027 La page de couverture de l'agenda scolaire de l'école secondaire Anjou a subi des critiques sur le Web, alors que plusieurs croient que l'IA a été utilisée. (Facebook |Spotted: Dénonce ton système d'éducation)

Pourtant, ce n’est pas le cas, du moins selon ce qu’affirme Valérie Biron.

La directrice du Service du secrétariat général et des communications du Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI) a déclaré à Noovo Info que le choix de l’image est le fruit d’un concours organisé à l’école avec le soutien des enseignants en arts.

«L’illustration retenue a été réalisée à la main, au crayon, par un élève», a affirmé Mme Biron, en précisant qu’afin de permettre son impression sur la couverture de l’agenda, «un traitement graphique a par la suite été appliqué par l’élève, conformément aux recommandations techniques de l’imprimeur pour la version finale destinée à l’impression».

Voici le dessin qui a remporté le concours pour illustrer l'agenda 2026-2027 de l'école secondaire Anjou. L'illustration a été réalisée à la main, au crayon, et un traitement graphique a ensuite été appliqué par l’élève, conformément aux recommandations techniques de l’imprimeur.
École secondaire Anjour - agenda 2026-2027 Voici le dessin qui a remporté le concours pour illustrer l'agenda 2026-2027 de l'école secondaire Anjou. L'illustration a été réalisée à la main, au crayon, et un traitement graphique a ensuite été appliqué par l’élève, conformément aux recommandations techniques de l’imprimeur. (Centre de services scolaire de la Pointe-de-l'île)

«Ainsi, la page de couverture résulte d’une démarche de valorisation de la créativité étudiante et d’une participation active des élèves, tant dans la création de l’œuvre que dans le processus de sélection», a conclu Mme Biron.

Force est donc de constater que la prudence est de mise lorsqu’il est question de détecter l’utilisation de l’IA. Laurence Grondin-Robillard, doctorante et professeure associée à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), émet d’ailleurs la mise en garde suivante.

«Il est possible que l’image ait été produite par un fournisseur externe et simplement choisie dans un catalogue», a écrit Mme Grondin-Robillard dans un courriel envoyé à Noovo Info. «Il faut donc éviter d’attribuer automatiquement la décision au CSS ou à l’école.»

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Rapidité et faible coût

Il n’existe pas de données permettant de connaître les motivations des établissements scolaires qui ont recours à l’IA — pour la couverture de l’agenda ou autre chose —, selon Laurence Grondin-Robillard.

La doctorante estime toutefois qu’il est raisonnable de croire que ces motivations se rapprochent de toute organisation ordinaire. «L’IA permet de produire rapidement plusieurs propositions, sans compétence avancée en illustration et à très faible coût apparent», rappelle Mme Grondin-Robillard.

Parmi les entreprises qui utilisaient ou prévoyaient utiliser l’IA générative au début de 2024, 68,5% invoquaient l’accélération de la création de contenu et 35,1 %, les économies, selon des données de Statistique Canada.

«Pour des organisations qui disposent de peu de temps, de personnel ou de budget pour leurs communications, cela peut paraître très avantageux», commente Mme Grondin-Robillard, quoique cette économie est parfois seulement en surface, selon elle.

«Une image générée doit être vérifiée, corrigée et adaptée», dit l’experte de l’École des médias de l’UQAM. «Elle peut contenir des erreurs, des éléments incohérents ou des représentations stéréotypées. Pire, elle peut ressembler à plusieurs autres. Dans le cas qui nous intéresse, elle peut aussi susciter une réaction négative et nuire à l’image de l’organisation.»

IA: Ottawa vient en aide à des organisations québécoises Développement économique Canada pour les régions du Québec (DEC) verse près de 14 millions de dollars à 63 organisations québécoises qui réalisent des projets liés à l'intelligence artificielle. Voyez le reportage de Nickolas Bergeron.

Agendas scolaires: pourquoi l’IA dérange-t-elle autant?

Lorsqu’on sait que le secteur de l’éducation est confronté à de nombreux enjeux, comme le manque de personnel, des établissements désuets, des budgets insuffisants et un manque d’aide aux élèves, il peut être tentant de croire que l’utilisation de l’intelligence artificielle pour illustrer les pages de couverture des agendas est banale.

Laurence Grondin-Robillard croit pourtant qu’une couverture d’agenda «n’est pas seulement une image décorative»: «elle accompagne les élèves pendant toute l’année et représente publiquement leur établissement».

«[Lorsqu’une image] est conçue par une personne étudiante, elle devient une manifestation concrète de la communauté scolaire : elle raconte une histoire et crée un sentiment d’appartenance.»

—  Laurence Grondin-Robillard, doctorante et professeure associée à l’École des médias de l’UQAM

La professeure associée à l’École des médias de l’UQAM croit donc que la réaction négative des gens vis-à-vis de l’IA et des agendas scolaires ne porte pas uniquement sur la qualité de l’image générée, mais qu’elle vient surtout de l’impression qu’une possibilité offerte aux jeunes a été remplacée par une solution automatisée.

«La plupart des exemples trouvés de couvertures d’agendas faites par l’IA sont très similaires… Dans une province qui développe des stratégies pour la “découvrabilité” de sa culture, disons qu’il y a du chemin à faire», commente Mme Grondin-Robillard au passage.

Pour les écoles qui auraient volontairement opté pour l’utilisation de l’IA, Mme Grondin-Robillard trouve que la décision révèle une contradiction avec la mission de l’école.

«On demande aux élèves de développer leur créativité, de produire des travaux originaux, d’expliquer leur démarche, de développer leur esprit critique et de ne pas déléguer leur travail à l’IA», dit l’experte. «Lorsqu’une institution utilise elle-même l’IA pour remplacer une création humaine sans en expliquer les raisons, cela devient problématique.»

Voici deux exemples où l'agenda scolaire 2026-2027 d'écoles du Québec pourrait avoir été créé avec l'utilisation de l'intelligence artificielle.
IA et agendas scolaires 2026-2027 Voici deux exemples où l'agenda scolaire 2026-2027 d'écoles du Québec pourrait avoir été créé avec l'utilisation de l'intelligence artificielle. (Facebook | Reddit)

Selon le rapport NETendances 2025, plus de la moitié (52%) des internautes du Québec a déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle générative (IAG) tel que ChatGPT, Gemini ou Copilot, comparativement au tiers (33%) en 2024.

Laurence Grondin-Robillard précise que les données du rapport montrent que l’acceptabilité de l’IA varie considérablement selon la fonction qu’on lui confie. «Lorsqu’une entreprise utilise l’IA pour produire du contenu de communication, 49% des personnes sondées considèrent cet usage acceptable, alors que 42 % le jugent inacceptable», met-elle en lumière.

En revanche, lorsqu’il s’agit d’une activité associée à une expression personnelle ou créative, la résistance augmente, constate-t-elle: «60% [des répondants] jugent inacceptable qu’un humoriste utilise l’IA pour écrire son spectacle et [une proportion de]61% pense la même chose d’une personnalité politique qui l’utiliserait pour rédiger son discours.»

Combattre l’IA ou non?

Si l’IA demeurait parmi nous pour de bon, Laurence Grondin-Robillard croit que cela ne signifie qu’il faudra l’utiliser dans tout.

«La bonne question n’est pas: “Peut-on générer une couverture avec l’IA ?”, mais “Qu’est-ce qu’on perd en le faisant?”», corrige la doctorante.

«Il ne faut pas nous fermer à la technologie, mais choisir collectivement les tâches que nous acceptons de lui déléguer et nous rappeler qu’elle est loin d’être neutre.»