Société

Retour à la maison pour un Canadien qui était détenu au centre Alligator Alcatraz

«Je ne pensais pas que les États-Unis traiteraient les gens de manière inhumaine.»

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Un grand-père canadien détenu à «Alligator Alcatraz» rentre chez lui après avoir été expulsé. Un grand-père canadien détenu à «Alligator Alcatraz» rentre chez lui après avoir été expulsé.

À sa descente du vol American Airlines en provenance de Miami, Douglas Dixon portait les mêmes vêtements qu’en février, le jour où il avait été arrêté par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE).

Dans sa main droite, ce grand-père canadien de 61 ans portait un sac de sport noir contenant ses articles de toilette et des vêtements de rechange. Dans sa main gauche, il tenait une enveloppe jaune contenant son passeport et un ordre d’expulsion signé par un juge de Floride. Selon les données des douanes et de la protection des frontières américaines, 32 Canadiens ont été expulsés depuis octobre.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Alors que Douglas Dixon franchissait les portes d’arrivée de l’aéroport international Pearson de Toronto mercredi après-midi, un sourire de soulagement illuminait son visage.

«C’est bon d’être de retour au Canada», a-t-il dit, soulagé que son cauchemar de détention en tant qu’immigrant soit derrière lui. Mais son opinion sur les États-Unis, où il avait vécu pendant plus de deux décennies, avait changé.

«Je ne pensais pas que les États-Unis traiteraient les gens de manière inhumaine. Ils se moquent du sort des gens dans ces centres de détention.»

—  Douglas Dixon

«Crime grave»

Le couple a obtenu sa carte verte et est devenu résident permanent aux États-Unis en 2019.

En 2022, M. Dixon a été contraint de fermer son Tropical Smoothie Café pendant la pandémie de COVID-19 et a pris du retard dans ses déclarations fiscales. Il devait plus de 30 000 dollars américains, incluant les intérêts.

N’ayant pas les moyens de payer un avocat, il a fait appel à un avocat commis d’office qui lui a conseillé de ne pas contester l’accusation de fraude fiscale. Il avait mis en place un plan de remboursement mensuel et avait déjà remboursé les deux tiers de la somme due lorsqu’il a été arrêté par l’ICE.

Il ignorait qu’en vertu de la loi fédérale américaine, le fait de frauder le gouvernement d’un montant de 10 000$ ou plus était considéré comme un «crime grave».

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Dans un courriel adressé à CTV News, Michael Burke, l’un des amis proches de Douglas Dixon, l’a décrit comme une personne discrète. Il ignorait que son coéquipier de hockey avait des difficultés financières jusqu’à ce qu’il soit arrêté par l’ICE.

«Si nous l’avions su, ses coéquipiers et ses amis seraient intervenus sans hésiter pour l’aider à couvrir le solde restant et le garder ici», a-t-il confié.

M. Burke et d’autres sont «profondément attristés» et se demandent si la politique d’immigration américaine «manque de discernement et d’humanité».

«Il semble que des mécanismes d’application de la loi comme l’ICE, que beaucoup pensent être axés ailleurs, aient également un impact sur des personnes comme Doug – des gens qui se sont construit une vie, des relations et une communauté», a-t-il écrit.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n’avait pas demandé de l’aide à ses amis, M. Dixon a déclaré à CTV News qu’il était «trop fier».

Douglas Dixon et sa femme ont quitté Montréal pour s’installer sur la côte du golfe de Floride en 2005. Ils ont élevé deux filles et un fils à Naples. Au départ, il travaillait comme responsable logistique pour une entreprise de transport routier transfrontalier basée au Canada. Puis il a racheté une franchise Tropical Smoothie en 2013.

Selon lui, tout allait bien depuis des années jusqu’à ce que la pandémie frappe.

«Je ne voulais pas que les gens sachent que j’avais échoué», a-t-il dit.

Des cages en acier et de l’eau insalubre

Le jour même où Douglas Dixon a été expulsé, l’avocate Katherine Blankenship, qui représente d’autres détenus à Alligator Alcatraz, a affirmé que des gardiens de l’établissement avaient frappé et aspergé de gaz poivré ses clients au début du mois d’avril.

M. Dixon n’a pas été témoin de violences, mais affirme avoir vu du «désespoir».

«J’avais peur au début parce que je ne savais pas qui se trouverait là-dedans», a-t-il avoué.

«On entend dire qu’il y a des membres de gangs, des meurtriers et des violeurs, mais toutes ces personnes qu’ils expulsent sont juste des gens normaux, ordinaires, qui ont un travail et une famille.»

—  Douglas Dixon

Selon lui, dans sa «cage» de 32 personnes, seules trois parlaient anglais. Il a appris que la plupart des personnes de son groupe étaient cubaines.

Il a ajouté que l’eau à l’intérieur du centre était «sale».

M. Dixon pense avoir contracté une infection urinaire à Alligator Alcatraz. Il a déclaré que la douleur était devenue si intense que le personnel médical a dû lui poser un cathéter pour l’aider à uriner.

Il ne comprenait pas pourquoi les gardiens lui mettaient des menottes et des fers avant de l’emmener pour un examen médical.

Au bout de neuf jours, il a été transféré au centre de détention du comté de Glades. Bien que ce fût un établissement plus petit et moins exigu, il a raconté que les détenus avaient été bouleversés lorsqu’un migrant mexicain de 19 ans a été retrouvé pendu dans la douche.

Une nouvelle vie d’autrefois

Au cours des 65 jours de sa détention, Douglas Dixon a parlé à sa femme et à ses enfants de manière sporadique, mais ne les a pas vus.

Lors d’un entretien sur Zoom, sa femme Jo Ann Collison et sa fille cadette Amy Bazley ont exprimé leur inquiétude quant au fait qu’il puisse avoir une crise de panique pendant le vol de Miami à Toronto.

Le message émouvant d'une famille pour soutenir le tout premier vol de retour de leur proche expulsé Le message émouvant d'une famille pour soutenir le tout premier vol de retour de leur proche expulsé

En 61 ans, il n’avait jamais pris l’avion. Jo Ann Collison et Amy Bazley ont demandé à CTV News de lui transmettre un message vidéo.

«Je suis fière de toi. Tu vas accomplir quelque chose qui t’a terrifié toute ta vie : monter dans cet avion malgré ton anxiété. Et je l’aime tellement, tellement fort. Et il me manque tellement, tellement fort», a souligné Mme Collison dans la vidéo.

Sa fille a salué sa persévérance. «Cela fait deux mois que tu es parti. Je suis fière qu’il ait continué à se réveiller chaque matin», a-t-elle dit.

En regardant la vidéo, M. Dixon s’est mis à pleurer. Il ne sait pas quand il reverra ses enfants ou ses petits-enfants, mais il sait qu’il a plus de chance que beaucoup d’autres. Il a été expulsé, mais il bénéficie d’un soutien.

Il va emménager chez sa sœur et sa famille à Montréal.

En raison de son «crime grave», il sera interdit d’entrée aux États-Unis pour le reste de sa vie. Du jour au lendemain, la ville qu’il a quittée il y a 21 ans redeviendra son foyer.