Douglas Dixon est un Canadien titulaire d’une carte verte qui vit aux États-Unis depuis plus de 20 ans.
Cet homme de 61 ans a quitté Montréal en 2005 pour élever sa famille sur la côte du golfe de Floride. Il est aujourd’hui grand-père.
Ce texte est la traduction d’un article de CTV News.
Pendant la pandémie de COVID-19, il a été contraint de fermer son magasin de smoothies à Port Charlotte, en Floride. Au cours de cette période, M. Dixon affirme avoir accumulé plus de 30 000 dollars américains d’arriérés d’impôts. En 2022, il a plaidé «no contest» (ni ne conteste ni n’admet) pour évasion fiscale et a accepté un plan de remboursement mensuel.
Au cours des trois dernières années, Dixon affirme avoir remboursé les deux tiers de la somme, mais il doit encore environ 12 000 dollars au gouvernement américain.
Avant son arrestation, il livrait des repas pour DoorDash.
Arrestation au bureau de probation
Lors d’une entrevue réalisée depuis un centre de détention de Clewiston, en Floride, le deuxième établissement où il a été incarcéré, Dixon a déclaré à CTV News qu’il avait été arrêté par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) alors qu’il se présentait à son agent de probation le 10 février.
Dixon explique que son agent de probation lui avait demandé de se présenter une demi-heure avant l’ouverture du bureau. C’est là qu’il a été confronté à une demi-douzaine d’agents de l’ICE qui l’ont plaqué contre un mur, puis lui ont passé les menottes.
«J’étais abasourdi», a-t-il confié. «Je pensais que j’allais simplement à un rendez-vous de routine.»
Dixon et 17 autres personnes ont été rassemblés au bureau de probation. Avant d’être emmené vers le centre situé dans les Everglades, en Floride, surnommé «Alligator Alcatraz», Dixon a pu appeler sa fille, qui était au travail.
«La ligne était parasitée, mais j’ai entendu : “C’est papa, j’ai été arrêté par l’ICE”», a raconté Amy Bazley depuis son domicile à Naples, en Floride. «C’est difficile d’entendre ces mots, parce qu’on ne s’imagine pas que cela puisse arriver à quelqu’un qu’on aime.»
Mme Bazley a ajouté qu’elle s’était efforcée de garder son sang-froid et avait noté le numéro d’»étranger», ou numéro d’immigration, de son père afin de pouvoir le suivre tout au long de la procédure de détention.
Enfermés dans une cage
Des organisations de défense des droits de l’homme et des législateurs démocrates américains ont qualifié «de camp de concentration» le centre Alligator Alcatraz, conçu pour accueillir plus de 3000 personnes. Des migrants ont engagé des poursuites contre le département américain de la Sécurité intérieure et l’ICE pour abus, tandis que des associations environnementales ont saisi la cour fédérale américaine pour demander la fermeture du centre.
Dixon est l’un des deux Canadiens dont CTV News a confirmé la détention à Alligator Alcatraz.
«Ils traitent les gens comme des animaux. Alligator Alcatraz, c’est comme l’Allemagne (nazie) de 1939, mise au goût du jour avec les règles de 2026», a commenté Dixon lors d’un des six appels téléphoniques qu’il a passés à CTV News.

À son arrivée à Alligator Alcatraz, Dixon raconte que lui et les autres détenus ont été fouillés alors qu’ils étaient menottés et enchaînés, puis qu’on leur a ordonné de se déshabiller. On leur a remis un ensemble de sous-vêtements, une paire de tongs et une combinaison orange.
Les empreintes digitales des détenus ont été relevées et on leur a attribué des bracelets identifiés par des couleurs. Son bracelet était jaune, ce qui signifiait qu’il aurait droit à une audience et qu’il avait une chance de ne pas être expulsé.
Il a ensuite été enfermé dans une cellule commune derrière des grillages métalliques, équipée de 16 lits superposés pour 32 hommes. Ce que Dixon appelle une «cage» comportait deux urinoirs au bord de la cellule et des toilettes au centre. Il raconte que l’odeur d’urine imprégnait tout l’espace et que les gardes pouvaient voir à l’intérieur des toilettes.
«Pas une seule personne dangereuse»
Dixon affirme que la majorité des personnes qu’il a vues à l’intérieur d’Alligator Alcatraz étaient d’origine latino-américaine, principalement de Cuba et du Venezuela.
Avant son ouverture l’été dernier, le président américain Donald Trump avait affirmé que le centre accueillerait «certains des migrants les plus menaçants, certaines des personnes les plus vicieuses de la planète». Mais ce n’est pas ce que Dixon a constaté.
«Il n’y avait pas une seule personne dangereuse là-bas», a-t-il insisté. «Ces gens ont tous une famille. Tout le monde se soutient mutuellement. Ils travaillaient et se trouvaient là pour des raisons absurdes.»
Dixon a expliqué que les hommes de sa cellule avaient été arrêtés parce qu’ils «n’avaient pas tous leurs papiers en règle ou n’avaient pas renouvelé leur permis de conduire», et avaient été interpellés par l’ICE au bureau des permis.
Allégations de conditions inhumaines
Pendant son séjour là-bas, Dixon a précisé n’avoir été témoin d’aucun acte de violence et n’avoir entendu que des détenus crier après des gardiens qui se moquaient d’eux. Il a toutefois vu ses codétenus se rassembler pour lire la Bible et prier.
Les détenus recevaient trois repas par jour : le petit-déjeuner se composait de fruits en conserve et de pain grillé ou de flocons d’avoine ; le déjeuner était souvent un sandwich à la mortadelle, tandis que du poulet effiloché ou du bœuf haché accompagné de petits pois et de carottes était servi pour le dîner.
Dixon raconte qu’il a été autorisé à prendre une douche trois jours après son arrivée et qu’il bénéficiait d’une heure de sortie dans la cour tous les quatre jours. Il dit qu’il rêvait de voir le ciel bleu, mais tout ce qu’il voyait, c’était la bâche en plastique blanche qui recouvrait la cour en gazon synthétique.
Le Canadien raconte qu’il n’arrivait pas à dormir à Alligator Alcatraz à cause du bruit et des perturbations. Alors que les douches étaient brûlantes, Dixon affirme que l’établissement était glacial. Les générateurs puissants nécessaires pour climatiser les lieux étaient bruyants. Et pendant les gardes de nuit, les gardiens allumaient les lumières toutes les quatre heures pour faire l’appel dans les cellules.
Au bout de neuf jours, Dixon a été informé qu’il allait être transféré vers un établissement plus petit à Clewiston, en Floride.
Juste avant son transfert, Dixon dit avoir commencé à se sentir mal. Après avoir été transféré au centre de détention du comté de Glades à Moore Haven, en Floride, on lui a diagnostiqué une infection urinaire et on lui a prescrit des antibiotiques.
Libération sous caution refusée
Ses espoirs de rester aux États-Unis ont été anéantis fin mars, lors de sa dernière audience en matière d’immigration. Son avocat a présenté des lettres de 14 amis de son équipe de hockey qui se portaient garants de sa moralité.

Les copies de ces lettres, transmises à CTV News, décrivent Dixon comme «généreux et attachant» et comme «quelqu’un qui donnerait sa chemise». Mais on ne sait pas si le juge a même lu ces lettres.
L’audience en ligne s’est terminée en quelques minutes. Le juge a ordonné l’expulsion de Dixon vers le Canada et lui a interdit de revenir à vie.
Selon les données publiques de l’Agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, 32 Canadiens figuraient parmi les plus de 74 000 migrants expulsés depuis le 1er octobre.
En vertu de la législation américaine sur l’immigration, le fait de frauder le gouvernement de plus de 10 000 dollars de recettes est considéré comme un «crime grave».
Mercredi, Dixon sera conduit à l’aéroport international de Miami par des agents de l’ICE. Il n’aura pas la possibilité de dire au revoir à ses proches.
L’épouse de Dixon, Jo Ann Collison, se dit inquiète pour l’état d’anxiété de son mari.
«Son moral se détériore. Il est terrifié à l’idée de prendre l’avion. Il n’a jamais pris l’avion», a déclaré Mme Collison, les larmes aux yeux lors d’un entretien sur Zoom. «Il ne pourra pas voir ses petits-enfants et cela sera très difficile.»
Mme Collison explique qu’elle doit liquider leur vie en Floride avant de retourner à Montréal pour rejoindre son mari.
«Je ne peux pas partir avec lui maintenant. Et si, pour une raison quelconque, l’ICE ne me laissait pas rentrer ?»
Après 65 jours de détention, M. Dixon embarquera mercredi à bord d’un vol American Airlines à destination de Toronto. Après avoir vécu 21 ans aux États-Unis, il se verra interdire de revenir.

