Alors qu’un nouvel hiver canadien approche, Richard Chin, de Toronto, profite d’un panorama différent: le pont supérieur d’un bateau de croisière des Caraïbes qui fait route vers la Floride.
Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.
Les tensions politiques entre le Canada et les États-Unis n’ont pas entamé son enthousiasme à l’idée de passer du temps au sud de la frontière.
«Pour moi, ce n’est pas vraiment un problème. J’essaie de ne pas mêler la politique à tout ça», a dit M. Chin à CTV News via Zoom samedi.

M. Chin, agent immobilier dans la région de Toronto, fait des allers-retours en Floride pendant une semaine à chaque fois durant les mois d’hiver depuis environ cinq ans. Récemment, il a vendu sa maison en Floride pour acheter un appartement plus au sud, dans l’espoir de pouvoir, à terme, passer quatre à cinq mois par an, pendant la période la plus froide, sous un climat plus clément.
Mais dans le contexte des tensions entre les deux pays, tous les Canadiens ne partagent pas l’enthousiasme de M. Chin à l’idée de se rendre sous des cieux plus cléments.
«Ils sont assez mécontents et on ne peut pas leur en vouloir, mais ils ne mettent pas les pieds aux États-Unis», a-t-il affirmé. «Je connais également beaucoup de gens dans ce cas, donc je pense que les avis sont partagés.»
Après que les États-Unis eurent imposé des droits de douane généralisés sur les produits canadiens en 2025, le différend commercial et la rhétorique anti-canadienne ont contribué à alimenter un mouvement en faveur de l’achat de produits canadiens et du boycott des voyages aux États-Unis — un repli qui a également affecté les projets de séjours d’hiver des Canadiens.
Pourquoi les «snowbirds» reviennent-ils sans cesse?
Une enquête menée en octobre 2025 par Snowbird Advisor auprès de plus de 4000 membres a révélé que, si 82 % d’entre eux déclaraient avoir passé l’hiver 2024-2025 aux États-Unis avant le début de la guerre commerciale, le nombre de voyageurs ayant l’intention de passer l’hiver au sud est tombé à 70 % l’année suivante, à mesure que les tensions transfrontalières s’intensifiaient.
Mais aujourd’hui, certains signes indiquent que ce désintérêt général pour les voyages aux États-Unis s’atténue.
Les chiffres préliminaires de Statistique Canada pour le mois de septembre montrent que les résidents canadiens ont effectué environ 1,9 million de voyages aller-retour depuis les États-Unis, en avion ou en voiture, soit une hausse de 6,8 % par rapport à septembre 2025.
Il s’agit du sixième mois consécutif de croissance en glissement annuel.
«Il ne faut pas oublier que la majorité des “snowbirds” se rendent toujours aux États-Unis», a affirmé samedi Stephen Fine, de SnowbirdAdvisor.ca, à CTV News.
M. Fine explique que les «snowbirds» entretiennent une relation différente avec leurs destinations hivernales par rapport aux voyageurs qui partent pour une semaine ou un week-end – et identifie trois facteurs qui peuvent rendre les États-Unis difficiles à remplacer : l’immobilier, les transports et la communauté.
«Tout d’abord, de nombreux “snowbirds” possèdent des biens immobiliers dans leur destination hivernale, que ce soit en Floride, en Arizona, en Californie ou dans d’autres États prisés par les “snowbirds”», a-t-il expliqué.
«Beaucoup souhaitent également disposer de leur propre véhicule pendant un séjour de plusieurs mois, ce qui rend la possibilité de se rendre en voiture vers une destination américaine particulièrement attrayante.»
— Stephen Fine, SnowbirdAdvisor.ca
Viennent ensuite les relations tissées au fil des hivers successifs.
«Ils font partie de la communauté locale, ils y ont des amis ; ils souhaitent pouvoir passer du temps avec eux, et cela représente une part importante du mode de vie des “snowbirds”», a indiqué M. Fine.
Le coût du choix d’une autre destination
Barry Choi, expert en voyages à Toronto, estime que certains «snowbirds» et autres voyageurs canadiens reviennent en Floride après s’en être éloignés.
Pour les personnes qui y possèdent déjà une maison, explique-t-il, choisir une autre destination peut signifier payer un hébergement ailleurs tout en continuant à supporter le coût de leur propriété aux États-Unis.
«Aux États-Unis au moins, vous pouvez vous y rendre en voiture si vous le souhaitez toujours», a déclaré M. Choi. «Les vols pour se rendre en Floride sont nettement moins chers que, disons, ceux à destination de l’Europe.»
Mais M. Fine met en garde contre l’idée selon laquelle les États-Unis seraient toujours le choix le moins coûteux, ou contre le fait de juger de l’accessibilité financière uniquement en fonction des taux de change.
Il explique que le Mexique peut offrir un coût de la vie quotidien moins élevé, tandis que l’hébergement hivernal dans le sud de l’Espagne et au Portugal peut s’avérer plus abordable que des séjours comparables aux États-Unis.
«Tout ne se résume pas à la valeur de notre monnaie par rapport à une autre», a soutenu l’expert.
«Ce qui compte, c’est le coût des hébergements ainsi que celui de la vie quotidienne et des dépenses courantes dans ces régions.»
— Stephen Fine, SnowbirdAdvisor.ca
Pour l’instant, M. Fine a indiqué que l’évolution de cette saison des « snowbirds » restait incertaine.
«Certains snowbirds commencent à partir. D’autres en sont encore à la phase de planification. D’autres encore partiront plus tard dans l’année», a-t-il déclaré.
Il s’attend à ce que la prochaine enquête de son organisation donne une image plus claire de la situation fin novembre ou début décembre. Il prévoit actuellement que les résultats seront globalement similaires à ceux de l’année dernière, avec la possibilité d’une légère hausse ou baisse.
Quant à M. Chin, sa décision est déjà prise: les tensions politiques n’ont pas remis ses projets en Floride en suspens. Pour l’ensemble de la population des «snowbirds», ces intentions doivent encore se traduire par des voyages.
«Nous essayons d’attendre plus tard dans la saison, car les intentions sont très différentes des actions concrètes», a affirmé M. Fine. «Nous préférons donc attendre que les “snowbirds” soient effectivement arrivés à destination ou sur le point de s’y rendre avant de leur poser ces questions.»

