Les maires des grandes villes canadiennes estiment que la lutte contre l’itinérance devrait également être considérée par Ottawa comme un projet de construction nationale, au même titre que les grands projets d’infrastructure et d’énergie.
«Soyons clairs: ces investissements sont essentiels et nous en avons besoin plus que jamais, mais ils ne constituent qu’une partie du tableau», a déclaré Josh Morgan, maire de London, en Ontario, lors d’une conférence de presse à Edmonton jeudi.
«La force du Canada repose également sur des éléments plus proches de nous: des communautés solides et des centres-villes dynamiques.»
M. Morgan, aux côtés du maire d’Edmonton, Andrew Knack, et de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a indiqué qu’ils demandaient à Ottawa de consacrer 3,5 milliards $ par an à la réduction de l’itinérance chronique.
Ce chiffre provient d’une recommandation formulée en 2024 par l’ancien directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, qui avait alors estimé qu’il s’agissait du niveau de dépenses supplémentaires nécessaire si Ottawa souhaitait réduire de moitié l’itinérance chronique.
Mme Martinez Ferrada, ancienne ministre fédérale libérale, a énoncé que ce problème touchait tous les centres-villes, mais a cité sa propre ville, Edmonton et Winnipeg, comme particulièrement préoccupantes.
Elle a indiqué que plus de 3000 personnes dans la capitale de l’Alberta seraient en situation d’itinérance, tandis que le total à Winnipeg s’élevait à au moins 1200.
«Ces chiffres proviennent peut-être de villes différentes, mais ils racontent la même histoire, a souligné Mme Martinez Ferrada. Aucune communauté n’est à l’abri, et aucune ville ne peut relever ce défi seule.»
«Mettre fin à l’itinérance ne sera pas simple — ce n’est pas simple, c’est très complexe — mais cela nécessite des efforts. Et cela nécessite des efforts coordonnés au sein de nos gouvernements», a-t-elle ajouté.
Les maires et les dirigeants municipaux de tout le Canada se sont réunis à Edmonton à l’occasion du congrès annuel de la Fédération canadienne des municipalités.
M. Morgan, président du groupe des maires des grandes villes de la Fédération, a déclaré que de nombreuses solutions — comme les logements accompagnés d’un ensemble de services de soutien — existent déjà, mais que les niveaux de financement actuels ne suffisent pas pour changer véritablement la donne.
«C’est ce que nous demandons, a indiqué M. Morgan. Nous demandons des solutions dont nous savons qu’elles fonctionnent, et nous demandons qu’elles soient mises en œuvre à une échelle suffisante pour s’attaquer efficacement aux défis auxquels nos villes sont confrontées.»
M. Knack a ajouté qu’il aimerait voir Ottawa investir dans le logement social comme il l’a fait dans les années 1970 et 1980. «Il ne s’agit pas de transférer la responsabilité. Il s’agit simplement de demander au gouvernement fédéral de faire ce qu’il faisait il y a longtemps», a-t-il dit.
Parallèlement à l’appel lancé à Ottawa pour qu’il consacre 3,5 milliards $ par an à la réduction de l’itinérance, le caucus des maires des grandes villes demande également que des mesures de prévention et d’intervention soient intégrées dans une stratégie nationale du logement actualisée.
Les maires, entourés de 16 de leurs collègues lors de la conférence de presse, ont également annoncé vouloir voir des mesures plus larges prises pour soutenir leurs communautés dans le prochain budget fédéral, notamment une augmentation des subventions pour lutter contre le crime organisé.
Une autre demande consiste à doubler le financement mis à la disposition des municipalités dans le cadre du Fonds pour bâtir des collectivités fortes afin que les villes puissent investir davantage dans les infrastructures locales.
Un porte-parole du ministre du Logement et des Infrastructures, Gregor Robertson, a écrit dans un communiqué que la lutte contre l’itinérance exigeait une coordination entre tous les niveaux de gouvernement.
Mohammad Hussain a indiqué qu’Ottawa souhaitait s’appuyer sur le succès des programmes existants, tels que «Reaching Home», qui consiste à financer les collectivités locales et les organismes à but non lucratif pour lutter contre l’itinérance. C’est l’un des programmes qui, selon M. Morgan, pourrait avoir un impact plus important si des fonds supplémentaires étaient mis à disposition.
«Au cours de ses six premières années, Reaching Home a aidé plus de 112 000 personnes à trouver un logement plus stable et a permis de fournir à plus de 203 000 personnes des services essentiels de prévention de l’itinérance», a rapporté M. Hussain.
