Société

Itinérance : les zones de tolérance des campements gardées secrètes dans Ahuntsic-Cartierville

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L’itinérance à Ahuntsic-Cartierville. archives/JDV L’itinérance à Ahuntsic-Cartierville. (archives/JDV/archives/JDV)

Le protocole de gestion des campements des personnes en situation d’itinérance existe sur papier depuis février. Mais comment s’applique-t-il concrètement à Ahuntsic-Cartierville ? La question a été posée concernant notamment les zones de tolérance des campements lors du conseil d’arrondissement du 4 mai. Ahuntsic-Cartierville dispose apparemment déjà de pratiques pertinentes pour ce protocole.

Par Amine Essghir, Initiative de journalisme local, Journaldesvoisins.com

« J’aimerais savoir si vous avez réfléchi où seront situées ces zones de tolérance, s’il y a démantèlement de campement », a dit Nathalie Goulet, conseillère de la Ville du district d’Ahuntsic. Des citoyens d’Ahuntsic-Cartierville lui auraient posé la question.

Elle s’inquiétait surtout de voir comment seront mises en place les zones de tolérance. Elle voulait savoir également comment le protocole s’intégrait aux pratiques locales.

Une certitude à ce sujet, ces zones où seront tolérés les campements des itinérants ne seront pas annoncées publiquement, a indiqué la conseillère de la Ville du district de Bordeaux-Cartierville, Effie Giannou.

« Ce ne sont pas des endroits qu’on veut publiciser pour que les gens qui y seront relocalisés ne soient pas dérangés ou interpellés. On s’assure que les gens soient bien, en sécurité. On a une approche qui est très bienveillante par rapport à leur respect de se trouver dans l’espace public », a renchéri la directrice par intérim de l’arrondissement, Jessica Lagacé-Banville.

Mme Giannou a aussi suggéré qu’un tel sujet mérite mieux qu’un échange au détour d’un conseil d’arrondissement, préférant une rencontre dédiée.

Rappelons que la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, avait fait de la gestion des campements des personnes en situation d’itinérance une promesse de campagne.

En adoptant ce protocole, la Ville semble privilégier l’accompagnement plutôt que la répression, la dignité plutôt que l’expulsion. De nombreux élus, de l’administration, mais aussi de l’opposition, ont salué l’approche, plus humaine, disent-ils, tout en reconnaissant qu’elle ne règle pas le manque criant de logements.

Les zones de tolérance elles-mêmes sont présentées comme des situations à gérer au cas par cas. Elles varient selon les circonstances et les saisons.

« Il y avait un campement près du pont Lachapelle. Lors de la dernière crue, les gens étaient en danger. Ils ont été relocalisés dans un endroit où ils seront en sécurité », a illustré la directrice de l’arrondissement.

Ce qui existe déjà

Pour la directrice d’arrondissement, Ahuntsic-Cartierville a déjà adopté des pratiques qui s’insèrent dans le protocole. L’approche n’a jamais été celle du démantèlement brut, mais de l’accompagnement et de la concertation.

Une collaboration solide existait antérieurement entre l’arrondissement et le Service de police de la Ville de Montréal, notamment avec les patrouilleurs ainsi que les organismes communautaires.

« Le protocole aussi n’est pas prescriptif, en fait, il donne de grandes balises. Mais si on a des processus en place qui répondent aux besoins et qui sont satisfaisants pour les partenaires, on voudrait les conserver », a signalé Mme Lagacé-Banville.

Les outils se font attendre

Mme Goulet voulait également savoir qui siégerait aux comités locaux d’intervention prévus par le protocole de la Ville.

D’après la directrice de l’arrondissement, le comité sur le terrain en itinérance qui est déjà en place serait maintenu.

D’autres outils sont promis par le Service de la diversité et de l’inclusion sociale et par le nouveau Bureau de l’itinérance de la Ville de Montréal pour guider la mise en œuvre. Les arrondissements n’ont pas encore reçu ces informations, apprend-on.