Est-ce que les jeunes sont de retour à l’Église? «Jésus vous aime!», lancent plusieurs influenceurs dans leurs vidéos sur Tiktok et Instagram, qui inondent les réseaux sociaux.
Alors que le gouvernement québécois veut étendre la laïcité, cette nouvelle génération tente de s’imposer dans l’espace public, révèle un épisode d’Entres les lignes, nouvelle série de reportages longs de Noovo info pour Crave.
Voici ce que Noovo Info a découvert derrière les écrans des téléphones des «influenceurs de Dieu».
L’épisode Les influenceurs de Dieu est disponible dans la section de l’émission «Entre les lignes» sur la plateforme Crave.
«Nous sommes en guerre»
C’est un vendredi soir frisquet à Saint-Léonard. De nombreuses voitures et camions s’entassent dans un stationnement plein à craquer, à l’arrière d’un immense bâtiment aux allures industrielles. Rien ne laisse présager ce qui se déroule à l’intérieur.
Notre hôte, Thien le Minh, nous fait pénétrer à l’intérieur de l’immeuble qui abrite la Good News Chapel, une Église évangélique. Le jeune homme dans la vingtaine s’est fait connaître sur les réseaux sociaux avec ses vidéos à la gloire de Dieu.
«Ce n’est pas comme ça d’habitude!», répète-t-il, en boucle. C’est que l’Église où il nous accueille tient un événement atypique ce jours-là: un rassemblement réservé aux hommes évangéliques sous le thème de l’armée de Dieu.
La plupart des participants à l’événement sont d’ailleurs costumés en soldats, alors que de la musique militaire se fait entendre dans les haut-parleurs de l’Église.
«Vous avez été conscrit pour une bataille. Êtes-vous prêt à lutter? Nous sommes en guerre. C’est une guerre spirituelle. Mais la guerre spirituelle doit se matérialiser dans votre vie.»
— Steve Gesualdi, pasteur de la Good News Chapel
Force salvatrice?
Thien le Minh dit constater que de plus en plus de jeunes font leur arrivée à son Église. Son organisation a mené une campagne d’évangélisation lors de grands événements devant le magasin La Baie, au cours des derniers mois.
«Il y aura plus de Chrétiens! Si tu sais que l’Évangile, c’est la vérité, et si tu sais que Jésus, c’est Dieu, et que c’est le seul moyen d’aller au ciel, c’est sûr qu’il y aura plus de Chrétiens», affirme dans une logique implacable celui qui publie chaque semaine des vidéos sur TikTok et Instagram.
Sur place, Thien le Minh nous présente un autre influenceur bien connu, Jeremy-Noah Theriault, ou «JNT»; il nous confie avoir tourné le dos à sa vie de fête et de drogue grâce à la foi.
Catherine Labri, l’une des rares femmes présente ce soir-là, nous partage un récit similaire.
«J’avais 23 ans, j’allais mal, je faisais de l’anxiété, j’étais alcoolique, je consommais du cannabis. J’ai ressenti l’amour de Jésus dans mon coeur et il m’a libéré de mes dépendances», dit celle qui compte elle-aussi se lancer dans une carrière «d’influenceuse de Dieu» prochainement.
L’islam contre les gangs de rue
D’autres jeunes s’imposent également sur les réseaux sociaux en parlant de leur foi musulmane.
C’est le cas de Marouane Malhoud, de l’Association des jeunes musulmans du monde. Il publie chaque semaine des vidéos sur l’Islam qu’il dédie à la jeunesse québécoise. Comme plusieurs autres musulmans québécois sur les réseaux sociaux, il propose à des jeunes intéressés criminalités de se tourner vers la foi.
«Dieu merci, ils sont minoritaires les jeunes de la minorité intéressé par les gangs de rue. Mais au cas où, on veut lui montrer qu’il est possible d’être valorisé et de passer du bon temps et le faire de manière légale», affirme Marouane.
Ses amis, Daren et Younes, sont aussi présents à la mosquée lors de notre visite. Ils dénoncent l’image que certains donnent de leur religion.
«On ne veut pas que les femmes restent à la maison. On veut qu’elles soient sur la place publique, à l’école, dans la politique, dans tous les domaines comme tout être humain. Et sur l’homosexualité aussi, on ne veut pas les ségréguer, ils ont le droit d’être inclus dans la société», souligne Daren Majewski.
«Il y a moins de conflits entre la vision islamique sur la place de la femme ou l’homosexualité et celle du Québec que ce qu’on aimerait nous faire croire», renchérit Younes Chahti.
Une tendance à confirmer
Au Québec, selon différents sondages et les recensements, il y aurait moins de 10% des moins de 40 ans qui iraient à l’Église, quoique les jeunes issus de l’immigration seraient un peu plus nombreux à aller vers la religion et à être pratiquant.
Un article récent de CTV News affirmait qu’à Toronto, des Églises observent une augmentation de jeunes croyants. Pour l’instant, il est difficile de prouver à grande échelle ces observations localisées.
Au Grand Séminaire de Montréal, qui forme les futurs prêtres, le nombre de séminaristes n’a pas fait de bond important ces dernières années. Dans les années 1960, plus de 200 jeunes hommes étaient accueillis chaque année au Grand Séminaire de Montréal. Aujourd’hui, c’est dix fois moins.
Ceux qui sont là croient dur comme fer que le message de la Bible demeure pertinent au Québec en 2025.
«Il y a eu une époque où les prêtres ont fait beaucoup d’erreur, mais ça ne veut pas dire que la chose qu’ils auraient dû faire est mauvaise», dit Félix Lamontagne, qui étudie au Grand Séminaire.
L’Église catholique rejetée par bon nombre de Québécois lors de la Révolution tranquille a-t-elle encore sa place dans le Québec d’aujourd’hui?
«Il y a un grand travail de dialogue dans l’Église. On ne peut jamais trop dialoguer sur les grands enjeux, comme l’homosexualité et où la place de la femme. Moi j’ai redécouvert la foi et je vois beaucoup de jeunes qui redécouvrent cet héritage temporairement mis de côté», affirme Félix.
Le recteur du Grand Séminaire de Montréal, Robert Gauthier, observe avec prudence les «influenceurs de Dieu».
«Je pense que la toile peut servir à connaître le phénomène religieux, mais il faut réfléchir à la nature du rapport qu’on a avec les nouvelles technologies. Si on est constamment stimulé par l’extérieur et à l’affût du nouveau, il y a un risque de se déconnecter de ce qui se passe à l’intérieur, à notre voix spirituelle», dit-il.
Une jeunesse qui cherche du sens
Dans notre monde de crise et de solitude, la foi semble offrir un apaisement à bien des jeunes Québécois, observe l’ex-pasteur Gérard Basque. Il a écrit un livre assez critique sur son propre parcours au sein de l’Église évangélique. Aujourd’hui, il croit que l’ouverture, la nuance et le pluralisme religieux sont des nécessités.
«On est dans une société anxiogène», affirme l’auteur de livre Habiter la vie. «Il y a une angoisse liée à tous les phénomènes mondiaux. Encore plus pour les jeunes qui veulent se bâtir une vie et se définir. Ils ont tendance à aller vers des groupes religieux qui leur propose des réponses, des certitudes.»
M. Basque poursuit. «Aujourd’hui, je n’ai plus de certitude. Quand les gens disent qu’ils sont certains de telles ou telles valeurs, il faut se méfier. On est dans les extrêmes. Il faut aller chercher des convictions qui s’inscrivent dans la modernité. Les deux mots importants à considérer: le mystère de la vie et l’équilibre.»
Précision
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