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La commissaire au bien-être des enfants inaugure ses activités avec trois enquêtes

La création de ce poste découle directement de la Commission Laurent, mise sur pied après le tragique décès de celle qui a été surnommée la fillette de Granby.

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La commissaire au bien-être des enfants inaugure ses activités avec trois enquêtes Les enfants et les jeunes de 25 ans et moins ont désormais un nouvel ange gardien. Nommée en avril 2025, la première commissaire au bien-être et aux droits des enfants, Marie-Eve Brunet Kitchen, a officiellement lancé les activités de cette nouvelle institution jeudi à Montréal en annonçant dès maintenant le lancement de trois enquêtes.

Les enfants et les jeunes de 25 ans et moins ont désormais un nouvel ange gardien.

«Il n’y a plus aucun enfant au Québec qui devrait se sentir seul lorsqu’il vit quelque chose qu’il sent injuste et qu’en ce sens, j’en appelle à tous les alliés des enfants pour faire connaître qu’il y a maintenant une porte qui s’appelle le commissaire au bien-être et aux droits des enfants et que même si on n’est pas certain que c’est la bonne porte, cette première porte-là va toujours être la bonne parce que si ce n’est pas nous qui devons répondre aux besoins de l’enfant, on va l’accompagner jusqu’à la bonne ressource.»

Nommée en avril 2025, la première commissaire au bien-être et aux droits des enfants, Marie-Eve Brunet Kitchen, a officiellement lancé les activités de cette nouvelle institution jeudi à Montréal en annonçant dès maintenant le lancement de trois enquêtes.

Après un an et demi de préparatifs, Mme Brunet Kitchen a mis en place une équipe de 70 personnes – qu’elle compte mener à 110 à terme – dont une quinzaine de «facilitateurs» chargés de répondre à tout téléphone, texto ou courriel provenant d’un enfant qui constate ou qui est victime d’injustice ou d’atteinte à ses droits. Ces témoignages peuvent aussi venir d’adultes proches, mais l’intention première est bien d’offrir un havre d’écoute aux enfants eux-mêmes.

«Respecter l’opinion des enfants»

«Au Québec, on n’est pas nécessairement champion (pour) entendre et respecter l’opinion des enfants. Pour nous, il est essentiel que ceux-ci aient une influence directe sur nos travaux. Que ce soit sur les enquêtes, que ce soit sur un portrait avec de la donnée, sans que les experts de vécu que sont les enfants aient participé et puissent nous donner de la profondeur avec ces données, ce serait incomplet.»

S’adressant directement aux enfants, Marie-Eve Brunet Kitchen a expliqué que l’objectif en bout de ligne n’est pas seulement de soutenir les enfants dans leur situation ou leur démarche, mais aussi de porter leurs constats auprès des décideurs pour que d’éventuelles injustices qui seraient de nature systémique changent s’il le faut. «Si ce que tu nous racontes montre qu’une loi, un service, une façon de faire, ou la façon dont plusieurs organisations travaillent ensemble créent un problème, notre travail est d’aller plus loin. Mon équipe peut regarder ce qui se passe, comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas, faire une enquête, rendre ses constats publics et demander que ce qui doit être corrigé le soit.»

Son message était on ne peut plus clair: «À toi qui écoute, à toi qui pense que tu es trop jeune pour qu’on te prenne au sérieux, à toi qui a quelque chose sur le cœur et qui ne sait peut-être pas à qui le dire, à toi qui a peut-être essayé d’en parler, mais qui a l’impression qu’on t’a pas vraiment entendu, à toi, qui trouve que ce que tu vis est injuste, que tes droits ne sont pas respectés, (...) écoute-moi bien. À partir d’aujourd’hui, tu peux nous texter, nous appeler, nous écrire par courriel. Ton choix, ta façon. Tu n’as pas besoin de permission. Quand tu communiques avec nous, on commence par t’écouter. Tu peux nous raconter les choses à ta manière, à ton rythme aussi. Ensuite, on va chercher avec toi. On va t’aider à comprendre tes droits, les possibilités qui existent, les démarches que tu peux faire et qui peut agir et t’aider.»

Enjeux systémiques

«Parfois, a-t-elle poursuivi, le problème, ce n’est pas de trouver la bonne porte. Parfois, les portes existent, mais elles ne s’ouvrent pas. Parfois, le problème se trouve dans une loi, une politique, un programme, dans la façon dont une règle est appliquée, dans la manière dont un service est organisé, dans sa qualité, sa disponibilité, son accessibilité, dans les ressources qui lui sont consacrées, dans le partage des responsabilités, dans le travail en silo et le manque de concertation entre les différents acteurs qui entourent les enfants. C’est ce que nous appelons un enjeu systémique.»

Les intervenants proviennent de plusieurs milieux, certains ayant œuvré auprès de délinquants sexuels, d’autres en violence conjugale, d’autres au niveau de la protection de la jeunesse, d’autres en petite enfance ou dans le milieu de l’éducation, notamment.

La création de ce poste découle directement de la Commission Laurent, mise sur pied après le tragique décès de celle qui a été surnommée la fillette de Granby. «Trop souvent, des jeunes et des familles frappent à plusieurs portes avant de trouver la bonne. Combien de fois ai-je entendu ‘’J’ai frappé à toutes les portes’’. À partir d’aujourd’hui, nous sommes là. Entre autres pour ça. Nous pouvons être la première porte lorsqu’on ne sait pas par où commencer. Le commissaire ne remplacera pas les services qui existent déjà. Notre rôle d’accueil, c’est d’abord de comprendre ce qui se passe et d’aider à trouver les bonnes ressources.»

La commissaire n’est cependant pas la DPJ. Son rôle consiste surtout à accueillir les témoignages et soutenir les enfants dans les démarches qui pourraient être requises, a précisé Mme Brunet Kitchen. «Nous ne sommes pas les avocats des enfants ni celui des parents, ni celui des organisations publiques. Nous pouvons expliquer les droits des enfants et les démarches possibles, mais nous ne donnons pas de conseils juridiques et nous ne représentons pas les enfants devant les tribunaux.»

Trois premières enquêtes

Les enquêtes ont un caractère systémique et porteront sur l’évaluation de la disponibilité des soins pour les enfants à travers le Québec et, en deuxième lieu, sur les ressources d’hébergement pour les enfants et jeunes de moins de 25 ans autistes ou ayant une déficience intellectuelle.

La troisième enquête découle directement du drame de la fillette de Granby et vise à évaluer le risque qu’une telle tragédie se reproduise, notamment en lien avec le manque de communication entre les diverses instances susceptibles d’intervenir dans le dossier d’un enfant.

Le bureau de la commissaire dispose d’un budget de 14 millions $ et lance dès maintenant un campagne d’affichage où l’on peut voir un renard bleu et deux enfants ainsi qu’une invitation à communiquer avec la commissaire. Cette affiche fera son apparition sur les autobus dans les villes où il y a du transport en commun, dans des abribus près des écoles secondaires à travers la province, sur des autocars interurbains qui desservent l’Abitibi-Témiscamingue, Charlevoix, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Bas-du-fleuve et la Côte-Nord. Elle apparaîtra aussi dans une centaine d’arénas et de centres sportifs allant de Magog à Kuujjuaq.

Pierre Saint-Arnaud

Pierre Saint-Arnaud

Journaliste