Après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro lors d’un raid militaire américain, des célébrations et des protestations ont éclaté simultanément à travers le monde.
Alors que de nombreux Vénézuéliens ont salué la capture d’un homme largement considéré comme un dirigeant autoritaire – qui fait l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité –, des manifestants du monde entier ont également dénoncé l’attaque américaine.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Les Nations unies et de nombreux autres pays, dont le Brésil et le Mexique, ont qualifié cette opération de violation flagrante du droit international et de la souveraineté nationale.
Voici trois façons dont les Canadiens pourraient être touchés par l’attaque américaine contre le Venezuela:
Réunification des familles
Selon le dernier recensement, environ 30 000 personnes d’origine vénézuélienne vivent au Canada. Beaucoup d’entre elles racontent qu’elles ne peuvent pas rendre visite à leur famille dans leur pays d’origine sous le gouvernement actuel, mais elles affirment maintenant qu’un nouveau changement de pouvoir pourrait leur permettre de retourner au Venezuela.
Igor Marin, qui vit à Oakville, en Ontario, et qui a quitté le Venezuela il y a plus de dix ans, affirme que son frère a été emprisonné par le gouvernement Maduro en 2018 et qu’il reste un «prisonnier politique».
Igbert Marin Chaparro a été arrêté après avoir prétendument exprimé ses préoccupations concernant la corruption et la détérioration des conditions de vie des soldats. Il a été accusé de trahison et emprisonné, et des organisations de défense des droits de la personne ont documenté des abus présumés, notamment l’isolement cellulaire et les coups.
Mais le changement politique dans le pays pourrait désormais permettre la libération de son frère.

«C’est mon espoir et celui de nombreux Vénézuéliens qui souffrent des problèmes liés aux prisonniers politiques. Nous voulons qu’ils reviennent. L’objectif est de rétablir la démocratie et les droits de l’homme», a indiqué M. Marin.
«Gardez espoir, ça arrivera», a soutenu M. Marin à propos de son espoir de retrouver bientôt son frère.
Au début de l’année, le ministre canadien des Affaires étrangères a reconnu que son pays avait connaissance de nombreux cas de mauvais traitements, notamment ceux liés à Igbert Marin Chaparro.
Il existe également des cas moins graves, mais plus courants, comme celui d’Olaguer Chacon, un journaliste vénézuélien qui a quitté son pays natal il y a environ 13 ans, affirmant que la plupart des membres de sa famille se trouvent toujours au Venezuela. Il n’a pas pu leur rendre visite depuis sept ans, craignant d’être persécuté en raison de son métier de journaliste.
«Comme j’étais journaliste et professeur, ça m’a fait peur, car la plupart des journalistes et mes anciens étudiants ont été poursuivis au cours des dix dernières années environ», a-t-il expliqué dimanche à CTV News dans une entrevue. «Rien ne me dit que je suis complètement en sécurité.»
Il a ajouté qu’il avait récemment appris que son passeport vénézuélien avait été déclaré nul sans avertissement, ce qui l’empêchait également de rentrer chez lui.
«Nous considérons cette attaque [des États-Unis] comme une situation très douloureuse, mais aussi très encourageante. C’est une mesure que nous ne voulions pas prendre, mais que nous jugeons absolument nécessaire.»
— - Olaguer Chacon, journaliste vénézuélien
«Ça change tout. Avec cette attaque, nous espérons enfin, après tant d’années, pouvoir nous réunir au moins pendant les vacances et nous revoir», a-t-il ajouté.
Industrie pétrolière
Les experts du secteur ont averti que si les États-Unis parviennent à prendre le contrôle de la plus grande réserve de pétrole au monde au Venezuela, cela aura des répercussions à l’échelle mondiale, y compris au Canada, mais pas avant un certain temps.
«Il y a beaucoup de potentiel ici à l’avenir si le Venezuela augmente sa production de pétrole», a exprimé Patrick de Haan, responsable de l’analyse pétrolière chez GasBuddy.
«Ça aura probablement un impact négatif net, non seulement sur le Canada, mais aussi sur l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et les États-Unis. En effet, si l’on considère que la demande mondiale de pétrole s’élève à cent-millions de barils par jour, l’OPEP était déjà en train d’augmenter sa production. Aujourd’hui, le Venezuela commence à voir sa production repartir à la hausse. Ça pourrait faire baisser encore davantage les prix du pétrole.
«Ça pourrait entraîner un afflux de pétrole qui pourrait faire baisser les prix et certainement nuire à la production de ces pays en développement.»
Le président américain Donald Trump a indiqué que les États-Unis contrôleraient le pétrole vénézuélien et sa distribution, mais le secrétaire d’État Marco Rubio a semblé assouplir cette position, déclarant dimanche que les États-Unis mettraient plutôt en place une «quarantaine» pétrolière, c’est-à-dire un blocus naval visant les pétroliers sanctionnés entrant ou sortant du Venezuela.
Selon les experts, l’objectif serait de limiter les exportations de pétrole du Venezuela, paralysant ainsi ses sources de revenus et rendant le pays dépendant des États-Unis pour le commerce du pétrole.
Selon M. de Haan, il faudra beaucoup de temps avant de voir les répercussions sur les prix du pétrole au Canada, car les entreprises internationales devront constater la stabilité du gouvernement vénézuélien avant d’avoir suffisamment confiance pour investir des milliards de dollars dans la relocalisation des infrastructures pétrolières du pays.
«Le gouvernement [vénézuélien] a été très inefficace dans la manière dont il extrait le pétrole. Si les États-Unis prennent directement le contrôle de la production pétrolière, cela augmentera le flux de pétrole provenant du Venezuela et pourrait faire baisser les prix au Canada, ce qui renforcerait également la concurrence pour notre secteur pétrolier et gazier», a affirmé Ben Rowswell, ancien ambassadeur du Canada au Venezuela et consultant chez Catalyst4.
Souveraineté
M. Rowswell ajoute également que l’attaque américaine envoie un message clair aux autres pays et à leur souveraineté, y compris au Canada.
«Étant donné que les États-Unis ont déjà montré qu’ils se souciaient très peu de la souveraineté du Canada, ce qu’ils disent, c’est que les Canadiens seront moins libres si les États-Unis parviennent à leurs fins», a ajouté M. Rowswell.
«Il a parlé d’annexer le Canada, le Groenland, et tant d’autres choses qu’il est difficile de toutes les rappeler», a affirmé Jeff MacLeod, professeur de sciences politiques à l’Université Mount Saint Vincent, dans un entretien accordé à Paul Hollingsworth de CTV News. «Ainsi, lorsqu’un président des États-Unis envisage de prendre des mesures unilatérales qui pourraient avoir un impact sur la souveraineté d’un pays, il faut prendre ça au sérieux.»
L’ancien ministre fédéral des Affaires étrangères Lloyd Axworthy estime que Trump envoie un message clair avec son attaque contre le Venezuela.
«Je pense que nous assistons à un acte d’impérialisme dans notre hémisphère. Ce n’est pas quelque chose qui se passe à des milliers de kilomètres de chez nous. Nous vivons à côté de Donald Trump, qui a clairement fait savoir qu’il dirigeait l’hémisphère et qu’il ferait ce qu’il voulait», a déclaré Axworthy à CTV News dimanche.
Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir lundi pour discuter d’une réponse à l’attaque américaine, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutteres, affirmant que ces actions créent «un dangereux précédent».
Plusieurs autres pays ont publié des déclarations officielles condamnant ou rejetant fermement l’attaque américaine, la qualifiant de violation flagrante du droit international et de la souveraineté du Venezuela.

