Société

«Ça aurait pu être moi»: une victime de violence conjugale encore en vie pour témoigner

Keyana McNeil a survécu à sa relation avec Ryan Friesen. Pas Kiara Agnew.

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Keyana McNeil était en couple avec Ryan Friesen avant Kiara Agnew. (CTV NEWS) Keyana McNeil était en couple avec Ryan Friesen avant Kiara Agnew. (CTV NEWS)

Quand Keyana McNeil, une femme de 28 ans de Vancouver, a appris qu’une jeune Canadienne avait été sauvagement battue à mort dans un complexe touristique au Mexique, elle a failli s’évanouir.

Sa première pensée était: «Ça aurait pu être moi, ça a failli être moi.»

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Ceci est la deuxième partie d’une série d’enquêtes de l’équipe W5. Vous pouvez voir l’enquête sur YouTube.

En 2023, le corps mutilé de Kiara Agnew, 23 ans, a été découvert dans la buanderie d’un complexe tout compris à Playa del Carmen, au Mexique.

Son copain, Ryan Friesen, originaire de Dawson Creek, en Colombie-Britannique, a été retrouvé profondément endormi à côté de son corps, les poings enflés. Un tribunal mexicain l’avait d’abord déclaré non coupable de féminicide.

Début 2026, cet acquittement a été annulé: un juge l’a reconnu coupable du meurtre de Kiara, une décision contre laquelle il fait désormais appel alors qu’il est en liberté au Canada.

Keyana McNeil était en couple avec Ryan Friesen avant qu’il ne rencontre Kiara. Dans une entrevue exclusive accordée à W5, elle explique que le schéma qui a coûté la vie à Kiara est celui auquel elle a elle-même échappé des années auparavant.

«J’aurais dû en parler et le crier haut et fort quand ça m’est arrivé pour que les gens puissent se faire une idée de qui il est vraiment», a-t-elle avoué.

«J’ai accepté ma mort»

Keyana McNeil décrit une relation tumultueuse qui, selon elle, est passée du contrôle à des violences physiques graves et répétées sur environ trois ans.

«Il m’étranglait, me frappait, me poussait», a-t-elle raconté. «Il m’a agressée brutalement.»

Lors d’un incident, M. Friesen l’a traînée par les cheveux jusqu’à la baignoire et a ouvert le robinet de la douche parce qu’elle était couverte de sang, a-t-elle poursuivi.

Kiara Agnew (à gauche) a discrètement photographié ses blessures pendant sa relation avec Ryan Friesen. (CTV News) Kiara Agnew (à gauche) a discrètement photographié ses blessures pendant sa relation avec Ryan Friesen. (CTV News)

«Et puis il s’est assis là et n’a pas arrêté de m’insulter, de me dire que je ne valais rien», a-t-elle révélé.

À ce moment-là, elle pensait qu’elle ne s’en sortirait peut-être pas. «J’ai accepté ma mort et j’ai arrêté de me défendre», a-t-elle confié

«Je me suis juste engourdie, je me suis affaissée et j’ai juste dit: “OK, je vais peut-être mourir ici.”»

—  Keyana McNeil

Isolement, manipulation et contrôle

Au-delà de la violence physique, Keyana McNeil décrit des années de maltraitance psychologique et a partagé des messages textes provenant de son numéro de téléphone où il la qualifiait de «bonne à rien» et la menaçait.

«J’étais coupée de tout soutien, de ma famille, de mes amis», a-t-elle raconté. «Il détruisait exprès mes relations pour que je n’aie plus que lui.»

Elle reconnaît à peine la personne qu’elle était à l’époque.

«Je n’étais pas moi-même quand j’étais avec lui», a-t-elle mentionné, en le qualifiant de de «maître de la manipulation». «Je suis plutôt forte de caractère, mais avec quelqu’un comme lui, tu commences à te demander qui tu es vraiment.»

Keyana McNeil a entretenu une relation avec Ryan Friesen entre 2017 et 2020 (CTV NEWS) Keyana McNeil a entretenu une relation avec Ryan Friesen entre 2017 et 2020 (CTV NEWS)

Les voisins qui ne sont pas venus

Keyana McNeil raconte qu’à plusieurs reprises, des gens étaient assez près pour entendre ce qui se passait et personne n’est intervenu.

Selon elle, Ryan Friesen avait deux colocataires à la maison au moment de l’incident de la baignoire.

«Je criais à l’aide. J’essayais de crier fort pour qu’ils m’entendent, mais personne n’est venu à la porte. Personne n’est venu voir si j’allais bien.»

—  Keyana McNeil

Elle pense que le statut d’athlète de Ryan Friesen a peut-être influencé la façon dont les gens le percevaient.

«Tout le monde trouvait qu’il était génial», a-t-elle lancé. «Je me disais: “Quoi, juste parce qu’il est doué au hockey?”»

Une effraction et une décision de justice

Mme McNeil a raconté une nuit chez ses parents où elle a découvert Ryan Friesen caché dans le placard de sa chambre. «On aurait dit qu’il était sous l’emprise de quelque chose», a-t-elle indiqué.

Elle raconte que son père a chassé son copain de la maison.

Les dossiers judiciaires montrent qu’en 2018, Ryan Friesen a été accusé d’avoir agressé la femme. Elle affirme que Ryan Friesen a fait pression sur elle pour qu’elle dise aux autorités qu’elle avait provoqué l’altercation physique, en échange de la promesse qu’il la laisserait tranquille.

«J’aurais juste aimé être plus forte à l’époque, pour savoir que j’aurais dû m’en tenir à la vérité », a-t-elle indiqué.

Les poursuites ont finalement été abandonnées et une ordonnance d’interdiction de contact a été prononcée en 2019. Selon Keyana McNeil, Ryan Friesen a enfreint cette ordonnance au moins quatre fois, allant de contacts non désirés par téléphone et sur les réseaux sociaux à des visites en personne.

Une fois, il s’est même caché dans la boîte de la camionnette de son père, à l’extérieur de son lieu de travail. «Il a bondi quand je me suis arrêtée à un panneau “Stop”», a-t-elle dit.

Keyana a appelé la police à chaque fois. «Et à chaque fois, ils m’ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire», a-t-elle précisé.

Le détail qui la hante

La femme de 28 ans explique que sa vie avec Ryan Friesen fait écho à ce qu’elle a appris depuis sur celle de Kiara.

Selon elle, les deux femmes étaient isolées de leur famille et de leurs amis. Les deux ont décrit une jalousie et un contrôle extrêmes. Elles ont également documenté leurs blessures en photos.

L’une a survécu. L’autre non.

«Justice pour Kiara» (CTV NEWS) «Justice pour Kiara» (CTV NEWS)

Keyana McNeil explique que la similitude qui la hante plus que toute autre, c’est ce qu’elle a appris sur la façon dont Kiara est morte.

Elle raconte qu’après des épisodes de violence, Ryan Friesen allait simplement se coucher à côté d’elle, comme si de rien n’était.

«Il a pété les plombs. Il était violent», a-t-elle raconté en décrivant un incident. «Et puis, à la fin, quand il en avait fini, il s’est endormi juste à côté de moi et je suis restée éveillée à me demander pourquoi ça s’était passé, à me demander si j’avais fait quelque chose. Et lui, il dormait, tout simplement.»

Quand on lui a demandé si ça s’était produit plus d’une fois, elle a répondu: «Plusieurs fois… c’était devenu une habitude.»

Un message texte inquiétant

Ryan Friesen a d’abord été déclaré non coupable de la mort de Kiara le 17 septembre 2024. Il est immédiatement rentré au Canada.

À peine un jour après le verdict, Keyana McNeil a reçu un message texte avec un seul mot provenant de son numéro: «Salut.»

Elle n’a pas répondu. Elle explique que ce message a ravivé des peurs qu’elle avait essayé de surmonter. «J’ai même dormi avec un couteau à côté de mon lit pendant un certain temps, après son retour», a-t-elle indiqué.

«Je ne crois pas qu’il ait changé»

Pour la femme de Vancouver, cette peur ne l’a jamais complètement quittée, même des années après la fin de leur relation.

«Il m’est arrivé de me lever en pleine nuit pour aller vérifier toutes les pièces de la maison. Je dors avec mon placard ouvert.»

—  Keyana McNeil

Elle décrit des cauchemars récurrents. «J’ai l’impression de courir sans pouvoir lui échapper», a-t-elle expliqué. «Je me réveille avec le cœur qui bat à tout rompre, puis jevais vérifier que tout va bien dans la maison et que toutes les portes sont bien fermées. »

Elle se sent coupable de ne pas avoir parlé plus tôt, une culpabilité amplifiée par ce qui est arrivé à Kiara.

«Peut-être que si j’avais dit quelque chose et si je m’étais davantage exprimée, quelqu’un l’aurait su et peut-être qu’elle ne serait pas sortie avec lui», a-t-elle dit.

Féminicide

Le Mexique a été le premier pays d’Amérique latine à faire du féminicide un crime spécifique dans le code pénal. Ce crime est passible d’une peine comprise entre 50 et 80 ans de prison. Selon la loi mexicaine, un meurtre est qualifié de féminicide s’il répond à certains critères, notamment des antécédents de violence conjugale à l’encontre des femmes.

Keyana McNeil s’est adressé aux juges mexicains qui doivent actuellement trancher sur le maintien du verdict de culpabilité de son ex-copain.

Photo de Ryan Friesen prise lors de son arrestation à Playa del Carmen, au Mexique. (CTV NEWS) Photo de Ryan Friesen prise lors de son arrestation à Playa del Carmen, au Mexique. (CTV NEWS)

«Il recommencera s’il en a l’occasion», a-t-elle lancé. «Quelqu’un comme lui ne change pas comme ça. Ça a été prouvé, de mon expérience à celle de Kiara. C’est comme ça qu’il est.»

Ryan Friesen n’a pas répondu à la demande de commentaires de W5, mais dans une déclaration précédente par l’intermédiaire de son avocat, il a maintenu son innocence.

On ne sait pas quand les tribunaux mexicains rendront leur décision concernant son appel, mais si le verdict de culpabilité est confirmé, la procédure d’extradition visant à le ramener au Mexique pour qu’il y purge sa peine pourra commencer.