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Pourquoi tant de femmes défendent-elles Lindsay Clancy?

Comprendre n’est pas excuser.

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Chronique Maude Goyer | Pourquoi tant de femmes défendent-elles Lindsay Clancy? (Montage Noovo Info et image tirée de l'Associated Press) Chronique Maude Goyer | Pourquoi tant de femmes défendent-elles Lindsay Clancy? (Montage Noovo Info et image tirée de l'Associated Press) (The Associated Press)

Le procès de Lindsay Clancy divise les États-Unis. Cette mère du Massachusetts, qui reconnaît avoir tué ses trois enfants, était-elle consciente de ses gestes ou avait-elle perdu contact avec la réalité ? Derrière ce drame se cache un immense tabou: la santé mentale des mères après l’accouchement.

Cora avait 5 ans. Dawson, 3 ans. Callan n’avait que 8 mois.

Le 24 janvier 2023, leur mère les a étranglés avec des bandes d’exercice dans le sous-sol de leur maison de Duxbury, près de Boston. Elle a ensuite tenté de s’enlever la vie en se jetant d’une fenêtre du deuxième étage.

Elle a survécu. Elle est aujourd’hui paralysée.

Ses trois enfants, eux, sont morts.

Depuis quelques semaines, des centaines de femmes habillées en rose se rassemblent devant le tribunal pour soutenir l’accusée. Sur les réseaux sociaux, d’autres écrivent qu’elles auraient pu être à sa place. Une campagne de sociofinancement pour aider les parents de Lindsay Clancy à payer les frais du procès a recueilli plus d’un million de dollars américains.

Comment peut-on manifester en faveur d’une femme qui reconnaît avoir tué ses trois enfants?

Mais une autre question se pose: que s’est-il passé dans la tête de cette mère, qui avait demandé de l’aide à répétition, pour qu’elle commette l’irréparable?

Deux versions s’affrontent

Lindsay Clancy ne nie pas avoir tué ses enfants; son procès vise à déterminer si elle est criminellement responsable.

La défense affirme qu’elle souffrait d’un trouble bipolaire et d’une psychose post-partum. Elle aurait entendu une voix lui ordonnant de tuer ses enfants, puis de s’enlever la vie, sans pouvoir distinguer le bien du mal.

Santé mentale: un parent québécois sur deux se sent seul après la naissance d'un enfant Au moins 50% des parents québécois se sentent seul ou ont une santé mentale fragile depuis la naissance de leur enfant, c'est ce que révèle un nouveau sondage du Réseau des centres de ressources périnatales du Québec (RCRPQ). D'ailleurs, le retour au travail après un congé de maternité peut être particulièrement anxiogène pour plusieurs mamans. C'est ce qui a motivé une Bromontoise à lancer le premier parcours québécois d'accompagnement en transition parentale : Momenta.

Les experts de la poursuite reconnaissent qu’elle était gravement malade, mais soutiennent qu’elle comprenait ses gestes et aurait planifié les meurtres en éloignant son mari de la maison.

Je ne sais pas laquelle de ces versions est vraie. Je n’ai ni l’expertise ni toute la preuve pour trancher. Mais je sais une chose : la maladie mentale ne disparaît pas parce que ses conséquences nous horrifient.

Dépression ou psychose?

La dépression post-partum et la psychose post-partum sont souvent confondues. Elles sont pourtant très différentes.

Selon Statistique Canada, près d’une nouvelle mère sur quatre vit des symptômes de dépression post-partum ou d’anxiété.

La psychose post-partum est beaucoup plus rare : elle touche entre une et deux femmes sur 1000. Selon le Centre de toxicomanie et de santé mentale, elle peut provoquer de l’insomnie, une forte agitation, de la désorientation, des idées délirantes et des hallucinations.

Ce n’est pas une mère fatiguée qui a besoin d’une bonne nuit de sommeil, une femme un peu triste à qui on conseille de prendre l’air ou une nouvelle maman dépassée à qui on promet que « ça va passer ».

C’est une urgence psychiatrique.

La très grande majorité des femmes souffrant de dépression post-partum, et même de psychose post-partum, ne tuent pas leur enfant. Associer ces maladies à la violence risque de faire taire celles qui ont besoin d’aide.

Mais dans les cas les plus graves, le risque de suicide ou d’infanticide est bien réel. Si les femmes ont peur de dire ce qui leur traverse l’esprit, elles ne demanderont pas d’aide.

Les signaux étaient là

Avant le drame, Lindsay Clancy a consulté plusieurs professionnels. Elle a appelé deux fois une ligne de prévention du suicide. Elle a confié avoir peur de faire du mal à ses enfants. Elle a même été hospitalisée quelques jours dans un établissement psychiatrique.

Elle notait ses symptômes. Au fil des mois, différents professionnels lui ont prescrit treize médicaments pour traiter ses troubles de santé mentale.

Sa belle-mère a déclaré au procès qu’elle « suppliait pour obtenir de l’aide ».

Malgré tous ces signaux, elle s’est retrouvée seule, le 24 janvier, avec ses trois jeunes enfants.

Cette histoire soulève une question troublante : que devait-elle faire de plus pour être prise au sérieux ?

Au Canada, une mère sur cinq affirme qu’aucun professionnel de la santé ne l’a questionnée sur son bien-être émotionnel pendant sa grossesse ou après son accouchement, selon une récente enquête de Statistique Canada. Parmi celles qui ont vécu un problème de santé mentale, une sur cinq dit avoir eu besoin de soins sans les recevoir.

Nous surveillons le poids du bébé, son alimentation, ses nuits. Mais demandons-nous vraiment à une nouvelle maman ce qui se passe dans sa tête ? Sommes-nous prêts à entendre sa réponse si elle nous dit quelque chose d’effrayant ?

Ne pas oublier les enfants

Je comprends les femmes qui se reconnaissent dans la détresse de Lindsay Clancy. Plusieurs ont traversé seules une dépression, des idées noires ou des pensées intrusives qu’elles n’ont jamais osé raconter.

Mais certains gestes posés en son soutien me mettent mal à l’aise.

Lindsay Clancy ne devrait pas devenir l’héroïne d’un mouvement sur la maternité abandonnée par le système. Elle a tué Cora, Dawson et Callan. Ils ont perdu la vie aux mains de la personne qui devait les protéger.

Leur mort ne doit jamais être reléguée au second plan.

De plus en plus de pères prennent un congé de paternité En 2026, le congé de paternité au Québec fête son vingtième anniversaire. La province a toujours été vue comme précurseure en la matière.

Pourtant, réclamer justice pour eux ne signifie pas nier la maladie de leur mère. Une déclaration de non-responsabilité criminelle ne la renverrait d’ailleurs pas chez elle : elle serait plutôt internée dans un établissement psychiatrique sécurisé.

Comprendre n’est pas excuser. Mais punir sans chercher à comprendre ne sauvera aucune autre famille…

On peut pleurer trois enfants innocents et éprouver de la compassion pour une femme gravement malade. On peut exiger que les enfants soient mieux protégés et que les mères soient mieux soignées.

Je suis convaincue qu’il faut faire les deux.

Besoin d’aide?

Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles partout au Québec, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Téléphone : 1 866 APPELLE (277-3553)Texto : 535 353Téléphone ou texto : 988Clavardage, information et outils: suicide.ca

Pour obtenir rapidement du soutien psychosocial pour vous-même ou un proche : Info-Social 811, option 2. En cas de danger immédiat pour vous-même ou un enfant : 911.

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