Société

Accusée à tort de trafic de drogue, elle prend en photo ses bagages avant chaque vol

Des personnes réclament une vaste réforme du système face à la corruption interne au sein des aéroports canadiens.

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Des sources ont révélé à l'équipe W5 de CTV News que le crime organisé avait infiltré le plus grand aéroport du Canada, et ils réclament des réformes en profondeur, dans le sillage des mesures de sécurité mises en place après le 11 septembre. Des sources ont révélé à l'équipe W5 de CTV News que le crime organisé avait infiltré le plus grand aéroport du Canada, et ils réclament des réformes en profondeur, dans le sillage des mesures de sécurité mises en place après le 11 septembre.

Des sources ont révélé à l’équipe de W5 de CTV News que le crime organisé s’est infiltré dans le plus grand aéroport du Canada et ont réclamé une vaste réforme du système.

Il a fallu l’horreur du 11 septembre pour pousser les aéroports du monde entier à procéder à une refonte majeure de leurs mesures de sécurité afin de mieux se protéger contre le terrorisme.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Il s’agit de la quatrième partie d’une série d’enquêtes de W5 dénonçant la corruption dans les aéroports canadiens.

Les passagers sont alors devenus l’objet d’une surveillance intense: on leur demandait d’enlever leurs chaussures, de jeter leurs liquides, de faire passer leurs bagages de cabine au scanner et de se soumettre à des fouilles corporelles.

Mais d’anciens enquêteurs interrogés par W5 affirment qu’on n’a jamais accordé la même attention aux dangers posés par des initiés travaillant dans les coulisses des aéroports eux-mêmes.

Une enquête de W5 a révélé au moins 17 cas au cours de la dernière année où des passagers innocents voyageant à destination ou en provenance d’aéroports canadiens ont vu leurs étiquettes de bagages échangées contre celles de valises remplies de drogue, ce qui a parfois entraîné leur détention dans des pays étrangers.

Ulisses Botelho, ancien enquêteur de la GRC spécialisé dans le crime organisé, affirme que la corruption interne est au cœur de la manière dont les organisations criminelles font transiter les stupéfiants par les aéroports.

«C’est essentiel à la mission», a-t-il dit. «Sans cela, ça n’existe pas.»

Ulisses Botelho, ancien enquêteur de la GRC spécialisé dans le crime organisé et expert en menaces internes Ulisses Botelho, ancien enquêteur de la GRC spécialisé dans le crime organisé et expert en menaces internes

M. Botelho affirme que le Canada a passé des décennies à renforcer la sécurité aéroportuaire contre les passagers tout en négligeant de s’attaquer à ce qu’il considère comme une menace croissante provenant de l’intérieur.

«Il y a beaucoup de choses que nous, en tant que Canadiens, en tant qu’agences, en tant qu’organismes d’application de la loi, pouvons faire pour freiner le crime organisé et endiguer cette corruption dans ces secteurs sensibles, mais cela n’est pas envisagé, et c’est regrettable», a-t-il expliqué.

Des employés qui doivent être surveillés

M. Botelho estime que l’un des moyens les plus efficaces de réduire la corruption au sein des aéroports serait d’augmenter considérablement la surveillance des employés travaillant près des bagages et des avions.

Il affirme que les employés des zones sécurisées de traitement des bagages devraient porter des caméras corporelles et qu’il devrait leur être interdit de porter leur téléphone cellulaire personnel pendant leur service. À la place, la communication devrait se faire par des systèmes radio enregistrés, selon lui.

«Cela résoudrait bon nombre de problèmes, car nous pourrions alors voir ce qu’ils voient», a-t-il avancé.

L’équipe de W5 a demandé à Toronto Pearson s’il envisagerait de mettre en œuvre des recommandations telles que le port de caméras corporelles par les employés et l’interdiction d’utiliser des téléphones cellulaires personnels pendant le travail.

Dans un communiqué, ils ont répondu : «Les manutentionnaires de bagages ne sont pas des employés de l’autorité aéroportuaire – ils sont employés ou sous contrat par des compagnies aériennes individuelles. La GTAA continue de travailler avec les employeurs aéroportuaires et la police pour trouver les méthodes les plus efficaces de lutte contre le trafic de drogue.»

M. Botelho estime également que les travailleurs aéroportuaires devraient être soumis à des normes de contrôle et de surveillance plus strictes, similaires à celles imposées aux passagers.

«Comme dans les casinos, on surveille chaque mouvement»

Dieter Boeheim, ancien inspecteur de la police régionale de York et enquêteur de l’unité de renseignement de l’aéroport de Toronto, affirme que les systèmes de surveillance des aéroports canadiens doivent changer radicalement.

L’aéroport Pearson compte environ 4000 caméras de sécurité, mais il soutient que les caméras seules ne suffisent pas si personne ne surveille activement le comportement des employés en temps réel.

Dieter Boeheim, inspecteur de police à la retraite et associé directeur général de la société d'enquêtes Sotera Group (Jerry Vienneau/W5) Dieter Boeheim, inspecteur de police à la retraite et associé directeur général de la société d'enquêtes Sotera Group (Jerry Vienneau/W5)

«Quand vous entrez dans un casino, vous êtes filmé dès que vous franchissez la porte jusqu’au moment où vous en sortez», a-t-il dit. «À l’aéroport, cela peut être similaire.»

«Comme dans les casinos, on surveille chaque mouvement d’une personne, on ne se contente pas d’avoir des caméras sur place», a-t-il ajouté.

Échanges de quarts de travail et systèmes de suivi défaillants

Selon M. Boeheim, les aéroports doivent également renforcer les contrôles sur les cartes d’accès des employés et les systèmes de planification des horaires.

Il explique que les employés peuvent accéder à des zones restreintes même lorsqu’ils ne sont pas officiellement en service. L’échange de quarts de travail peut également semer la confusion quant à l’identité de la personne qui s’est réellement occupée d’un avion en particulier.

«Une personne peut échanger son quart avec une autre à l’insu des responsables de la planification pour décharger un avion donné», a-t-il expliqué.

Pour les enquêteurs qui tentent de déterminer qui a pu manipuler les stupéfiants retirés d’un vol, cela crée un obstacle majeur.

«Ce n’est pas si simple, car nous ne savons pas à 100% qui a travaillé sur cet avion», a-t-il souligné.

La solution est simple, selon lui. «Si vous n’êtes pas en service, votre carte d’accès ne devrait pas ouvrir la porte», a-t-il avancé.

Lorsqu’on a demandé si Transports Canada envisagerait d’interdire aux employés d’accéder aux zones réglementées lorsqu’ils ne sont pas en service, l’agence fédérale a déclaré dans un communiqué «qu’il existe de nombreuses raisons légitimes pour lesquelles une personne peut arriver tôt au travail, partir tard ou échanger son quart de travail avec un autre employé, ce qui échappe au contrôle total du gouvernement».

Des failles pourraient menacer la sécurité des passagers

D’anciens enquêteurs affirment que les mêmes failles de sécurité qui permettent aux stupéfiants de transiter par les aéroports pourraient également être exploitées par quelqu’un ayant l’intention de causer des dommages à grande échelle.

«Si vous y réfléchissez, si je peux mettre 10 kilos de cocaïne dans un avion, [...] je peux utiliser le même processus et mettre un kilo d’explosif dans ce même avion», a mentionné M. Boeheim.

«C’est une grande préoccupation pour la sécurité des passagers. Et si une entité voulait faire exploser un avion et utiliser ces processus?» a-t-il lancé.

Des Canadiens changent leur façon de voyager

Les répercussions de la corruption interne changent déjà la façon dont certains Canadiens voyagent.

Nicole, une Torontoise, affirme avoir perdu confiance dans le système de bagages de l’aéroport après que quelqu’un eut placé son étiquette de bagage sur une valise remplie de méthamphétamine.

«Je vous ai littéralement remis mon sac et votre seule tâche était de le mettre en sécurité dans l’avion», avait-elle confié. «Je n’aurais jamais, au grand jamais, pensé qu’une chose aussi simple puisse arriver. »

Désormais, elle photographie ses bagages avant chaque vol et les filme lorsqu’ils disparaissent sur le tapis roulant.

Nicole, âgée de 35 ans, a été injustement accusée d'avoir tenté de faire passer de la méthamphétamine en Nouvelle-Zélande après avoir été victime d'un échange d'étiquettes de bagages. (Jerry Vienneau/W5) Nicole, âgée de 35 ans, a été injustement accusée d'avoir tenté de faire passer de la méthamphétamine en Nouvelle-Zélande après avoir été victime d'un échange d'étiquettes de bagages. (Jerry Vienneau/W5)

À Winnipeg, Jan et Charlene affirment avoir elles aussi radicalement changé leur façon de voyager après que Jan a été accusé à tort d’avoir tenté de faire passer de la marijuana en Allemagne via l’aéroport Pearson.

«On prend des photos du contenu de nos sacs avant de les faire», a raconté Charlene. «On prend des photos de nos sacs avec les étiquettes sur le tapis roulant.»

Il note également le poids de son sac, afin d’avoir une preuve au cas où quelqu’un y mettrait quelque chose après l’enregistrement.

Jan explique que, bien qu’il ait été innocenté, il continue d’être soumis à des fouilles secondaires lorsqu’il prend l’avion.

Pour lui, la question centrale reste sans réponse.

«Qui est responsable, en fin de compte?», a-t-il demandé. «Ils doivent mettre en place des mesures pour changer cela à l’avenir.»