Les quatre astronautes qui participeront au prochain grand pas de la NASA vers la Lune n’ont plus grand-chose à voir avec ceux de l’époque du programme Apollo.
Les Américains qui ont ouvert la voie vers la Lune il y a plus d’un demi-siècle étaient des hommes blancs sélectionnés pour leur expérience de pilote d’essai militaire. Ce premier équipage Artemis 2 comprend une femme, une personne de couleur et un Canadien, issus d’un corps d’astronautes plus diversifié.
Aucun d’entre eux n’était encore né lors du célèbre programme Apollo de la NASA, qui a envoyé 24 astronautes sur la Lune, dont 12 ayant marché sur son sol. Ils n’atterriront pas sur la Lune cette fois-ci et ne la mettront même pas en orbite, mais ce voyage aller-retour les mènera des milliers de kilomètres plus loin dans l’espace que ne s’étaient aventurés les astronautes d’Apollo, promettant des vues sans précédent de la face cachée de la Lune.
Voici un aperçu des astronautes d’Artemis 2 dont la mission vise à ouvrir la voie à de futurs alunissages:
Le commandant Reid Wiseman
À la tête de cette mission de près de 10 jours, voici un veuf qui considère que l’éducation de son enfant en solo — et non le voyage vers la Lune — est son plus grand et son plus gratifiant accomplissement.
Reid Wiseman, âgé 50 ans, capitaine de la marine à la retraite originaire de Baltimore, occupait le poste d’astronaute en chef de la NASA lorsqu’on lui a demandé, il y a trois ans, de diriger le premier voyage lunaire de l’humanité depuis 1972. Le décès de sa femme Carroll, emportée par un cancer en 2020, l’a fait réfléchir.
Il avait passé plus de cinq mois à la Station spatiale internationale en 2014, et ses deux filles adolescentes, en particulier l’aînée, n’avaient «aucun intérêt» à ce qu’il repartît en mission.
«Nous en avons discuté et je leur ai dit que, parmi tous les habitants de la planète Terre à l’heure actuelle, quatre personnes étaient en mesure de faire le tour de la Lune, raconte-t-il. Je ne peux pas refuser cette chance.»
Le lendemain, des petits gâteaux maison en forme de lune l’attendaient, ainsi que le soutien de ses filles. Le plus dur n’est pas de les quitter. «C’est le stress que je leur impose», convient-il.
Très ouvert avec ses filles sur tout, il leur a récemment révélé où il gardait son testament.
Jeremy Hansen, de l’Agence spatiale canadienne
Ce pilote de chasse et physicien canadien fait ses débuts dans l’espace, ce qui est déjà suffisamment stressant, mais il est également le premier émissaire de son pays sur la Lune.
«Je suis peut-être naïf, mais je ne ressens pas beaucoup de pression personnelle.»
Âgé de 50 ans, M. Hansen a grandi dans une ferme près de London, en Ontario, avant de s’installer à Ingersoll et de se lancer dans une carrière de pilote. L’Agence spatiale canadienne l’a sélectionné comme astronaute en 2009, et il a été nommé membre de l’équipage Artemis en 2023.
Ce n’est que maintenant qu’il réalise à quel point il a fallu d’efforts pour envoyer des hommes sur la Lune pendant le programme Apollo.
«Quand je sors et que je regarde la Lune aujourd’hui, elle me semble un peu plus loin qu’avant. Je comprends maintenant, dans les détails, à quel point c’est plus difficile que je ne le pensais en regardant des vidéos.»
Des dangers planent toujours — ce qu’il a confié à son fils, étudiant à l’université, et à ses filles jumelles. «Le scénario le plus probable est que nous reviendrons sains et saufs. Il y a un risque que ce ne soit pas le cas, et vous pourrez continuer à vivre votre vie même si cela arrive», leur a-t-il assuré.
Le pilote Victor Glover
En tant que l’un des rares astronautes noirs de la NASA, Glover considère sa présence dans la mission comme «une force au service du bien».
Ce capitaine de la Marine de 49 ans, ancien pilote de combat originaire de Pomona, en Californie, a pris l’habitude d’écouter «Whitey on the Moon» de Gil Scott-Heron et «Make Me Wanna Holler» de Marvin Gaye, deux titres issus de l’ère Apollo, dominée par les Blancs.
«Je les écoute pour prendre du recul, explique-t-il. Cela rend compte de ce que nous avons bien fait et de ce que nous avons mal fait.»
Le fait de pouvoir aujourd’hui offrir de l’espoir aux autres est pour lui «une bénédiction extraordinaire et un privilège». Bien qu’il ait déjà un vol spatial à son actif — l’une des premières missions habitées de SpaceX vers la Station spatiale internationale — il se retrouve en terrain inconnu sur le plan personnel. Ses quatre filles sont entre la fin de l’adolescence et le début de la vingtaine. «Je consacre autant de temps et d’énergie à les préparer que la NASA en consacre à me préparer.», dit-il.
Il est hyperconcentré sur l’objectif afin de pouvoir passer à la prochaine étape: une mission d’amarrage d’entraînement prévue en 2027 en orbite autour de la Terre entre une capsule Orion et un ou deux modules lunaires. L’indispensable alunissage suivra en 2028 avec une nouvelle équipe d’astronautes.
Christina Koch, spécialiste de mission
La dernière fois que Christina Koch s’est envolée dans l’espace, elle est restée absente près d’un an ; elle ne s’inquiète donc pas d’un aller-retour rapide vers la Lune.
Cette ingénieure électricienne de 47 ans, originaire de Jacksonville, en Caroline du Nord, détient le record du plus long vol spatial effectué par une femme : 328 jours. Elle a participé à la première sortie extravéhiculaire entièrement féminine lors de son long séjour à la station spatiale en 2019.
Plus qu’une simple réussite individuelle, «il s’agit de célébrer le fait que nous sommes arrivés à ce moment de l’histoire» où les femmes peuvent voler vers la Lune», souligne-t-elle.
Avant d’être sélectionnée par la NASA, Mme Koch a passé un an dans une station de recherche au pôle Sud. Entre cette expérience et son séjour dans l’espace, elle a le sentiment d’avoir «immunisé» la plupart de sa famille et de ses amis.
«Jusqu’à présent, personne ne m’a vraiment fait de remarques. Peut-être ma chienne, mais je l’ai rassurée en lui disant que ce n’était que pour 10 jours. Ça ne sera pas aussi long que la dernière fois.»
Le chien qu’elle et son mari ont recueilli s’appelle Sadie Lou.
