Au Canada, il est illégal pour les personnes de moins de 18 ans d’acheter des produits du tabac, et un mouvement est en marche pour veiller à ce que les jeunes d’aujourd’hui ne soient jamais autorisés à fumer une cigarette, même après avoir atteint l’âge légal.
Une loi qui entrera en vigueur au Royaume-Uni en janvier interdira à toute personne née après 2008 d’acheter légalement des cigarettes.
Au Canada, des lobbyistes font pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il aille encore plus loin en interdisant totalement les produits du tabac et du vapotage à la prochaine génération.
Sarah Sleet, PDG d’Asthma + Lung U.K., affirme que cette mesure bénéficie d’un large soutien public au Royaume-Uni, mais qu’il a fallu des décennies de lobbying et de mobilisation pour y parvenir.
«Si vous interrogez les fumeurs, ils ne veulent pas que leurs enfants fument. Ils savent à quel point c’est nocif pour la santé, ils savent à quel point cela coûte cher», souligne-t-elle.
La loi a également bénéficié d’un soutien bipartisan. Elle a été proposée par un gouvernement conservateur en 2023 et a finalement été adoptée sous l’actuel gouvernement travailliste.
Le projet de loi initial incluait les produits de vapotage, mais la version définitive se limite au tabagisme. La Fondation pour la santé pulmonaire souhaite intégrer le vapotage dans le débat au Canada.
«Les jeunes qui vapotent ont 3,5 fois plus de chances de fumer du tabac à l’avenir», rapporte Jessica Buckley, présidente-directrice générale de la fondation.
Mme Sleet indique que certaines personnes au Royaume-Uni s’inquiétaient de voir la loi restreindre l’accès aux produits de vapotage utilisés pour aider les gens à arrêter de fumer. La loi a effectivement instauré des règles plus strictes concernant la vente de cigarettes électroniques, notamment l’emballage neutre et l’obligation pour les magasins de conserver ces produits cachés derrière le comptoir.
La loi britannique a cependant rencontré de la résistance de la part de l’industrie du tabac.
Éric Gagnon, vice-président des affaires réglementaires à Imperial Tobacco Canada, indique que, bien qu’il partage l’objectif de tenir les cigarettes et les cigarettes électroniques hors de la portée des jeunes, l’industrie du tabac ne soutient pas une interdiction de fumer, aussi progressive soit-elle.
Il rappelle que le Canada a fait le contraire en matière de cannabis en légalisant et en réglementant ce produit, bien que des études démontrent que fumer ou vapoter du cannabis est nocif. M. Gagnon estime qu’une interdiction alimenterait le marché noir.
«Le Canada dispose déjà d’un immense marché illicite, non seulement pour les cigarettes, mais aussi pour les sachets de nicotine et les produits de vapotage», dit M. Gagnon.
Les commerçants des magasins de proximité s’opposent également à une telle interdiction et font valoir que le marché illicite entretient des liens bien documentés avec le crime organisé.
«Le Canada occupe une place unique sur le marché illégal du tabac, avec l’un des réseaux de contrebande les plus sophistiqués au monde. Les produits du tabac illégaux représentent 50 % du marché, même davantage dans certaines régions», affirme Jeff Brownlee, vice-président des communications du Conseil canadien de l’industrie des dépanneurs.
Il réclame une stratégie nationale pour lutter contre la contrebande.
«Soyez courageux, lancez-vous»
Au Royaume-Uni, les recherches menées par les défenseurs de cette cause ont montré que la taille du marché illicite «est massivement surestimée», selon Mme Sleet. Le gouvernement britannique indique que le relèvement de l’âge légal pour fumer de 16 à 18 ans en 2007 et 2008 a entraîné une réduction de 25 % du nombre de cigarettes illicites consommées. Mme Sleet prône «une application rigoureuse de la loi».
Une étude britannique estime que le tabagisme coûte l’équivalent de 5,6 milliards $ par an en soins de santé et en services sociaux, et représente un coût d’environ 32 milliards $ pour l’économie dans son ensemble. Mme Sleet rapporte que ces montants dépassent les pertes de recettes publiques provenant des droits d’accise et des ventes de cigarettes.
Au Canada, le coût public du tabagisme s’élève à 11,2 milliards $ par année. Jusqu’à 46 000 personnes meurent chaque année de maladies liées au tabac.
Le gouvernement fédéral a perçu 2,6 milliards $ de recettes provenant des droits d’accise sur le tabac en 2024, selon un rapport du Directeur parlementaire du budget.
Mme Buckley et des dizaines de militants se rendront à Ottawa la semaine prochaine pour mener une campagne de lobbying visant à convaincre le gouvernement fédéral qu’une interdiction générationnelle du tabac permettrait d’économiser des fonds destinés aux soins de santé, dont la population canadienne vieillissante a désespérément besoin.
«Il est très difficile de disposer de leviers dans le domaine des soins de santé pour réduire ces coûts à long terme», souligne-t-elle.
Mme Buckley ajoute que des sondages montrent un large soutien de l’opinion publique canadienne en faveur d’une interdiction générationnelle.
Des réunions sont prévues avec les conseillers de la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, et de sa secrétaire parlementaire, Maggie Chi.
Le Canada dispose d’une stratégie nationale visant à réduire la consommation de tabac à 5 % de la population d’ici 2035 — actuellement, environ 11 % des Canadiens fument — et consacre 66 millions $ par année à des programmes d’aide au sevrage.
Le cabinet de Mme Michel a fait savoir dans une déclaration que le Canada n’envisageait pas pour l’instant d’instaurer une interdiction.
«Nous continuons à suivre les mesures prises par des pays partageant les mêmes valeurs pour réduire le tabagisme chez les jeunes, notamment la récente initiative du Royaume-Uni», indique Alexandre Bergeron, porte-parole de Mme Michel.
De l’autre côté de l’Atlantique, Mme Sleet lance ce message aux législateurs canadiens: «Soyez courageux, lancez-vous, vous ne le regretterez pas».

