Santé

Un pharmacien refuse la contraception orale d’urgence à une adolescente

Et c’est son droit selon la Charte des droits et libertés, sous certaines conditions.

Publié le 

Un pharmacien refuse la contraception orale d’urgence à une adolescente Un pharmacien de la succursale Jean Coutu du boulevard Talbot à Chicoutimi a récemment refusé de prescrire la contraception orale d’urgence à une adolescente en raison de ses convictions personnelles soulevant plusieurs interrogations.

Un pharmacien de la succursale Jean Coutu du boulevard Talbot à Chicoutimi a récemment refusé de prescrire la contraception orale d’urgence à une adolescente en raison de ses convictions personnelles soulevant plusieurs interrogations.

La situation a été dénoncée sur les réseaux sociaux par la mère de l’adolescente, notamment sur la page Facebook Spotted Chicoutimi. La publication a été retirée depuis.

«Après quelques minutes d’attente, une employée nous a informées que le pharmacien refusait de nous servir, invoquant des convictions personnelles. Je respecte le droit de chacun à ses croyances. Toutefois, je m’attendais à ce que, dans un contexte professionnel et de soins, l’accès à un service aussi sensible soit assuré, particulièrement pour une mineure en situation de vulnérabilité.»

—  Extrait de la publication sur Facebook | Spotted Chicoutimi

L’adolescente et sa mère ont dû s’adresser à une autre pharmacie. C’est la deuxième fois qu’une telle situation survient alors que le même pharmacien avait aussi refusé la contraction orale d’urgence à une jeune femme de 24 ans en 2022.

Un droit et des limites

Noovo Info est allé à la rencontre de Valérie Tremblay, pharmacienne propriétaire à la pharmacie Groupe Proxim pour avoir ses impressions.

«Comme femme personnellement, comme pharmacienne, ça va un peu à l’encontre de mes valeurs. Je pense que c’est important qu’on ait accès facilement à ces services. Par contre, je ne peux pas juger de la pratique des autres», a-t-elle partagé.

Les pharmaciens et pharmaciennes du Québec peuvent depuis une vingtaine d’années maintenant prescrire la contraception orale d’urgence.

«Aujourd’hui nous avons aussi le droit d’initier la contraception chez la femme. Je trouve que c’est une avancée de permettre l’accès à la contraception orale d’urgence d’une façon sécuritaire et accessible», a expliqué Mme Tremblay.

De son côté, l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) a tenu à clarifier la responsabilité déontologique des pharmaciens.

«Il y a trois obligations déontologiques dont un pharmacien ne peut se soustraire, dont celle d’expliquer la situation et de mettre en place un corridor de service», a expliqué Jean-François Desgagné, président de l’OPQ.

M. Desgagné précise toutefois que ce n’est pas suffisant de dire à un patient ou une patiente d’aller dans une autre pharmacie. «Il doit contacter une autre pharmacie, mettre en place le corridor et assurer un suivi», a-t-il affirmé.

Le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec a aussi expliqué à Noovo Info que dans le cas où une personne serait, par exemple, dans une région éloignée et que le pharmacien serait le seul sur le territoire habileté à offrir les soins, «l’objection de conscience ne s’applique pas».

Le groupe Jean Coutu a aussi réagi à la situation en indiquant à Noovo Info par courriel que «chaque pharmacien affilié à une pharmacie Jean Coutu gère les services professionnels qu’il offre. Nous reconnaissons le droit des femmes d’avoir accès aux services professionnels qu’elles souhaitent obtenir. La Charte des droits et libertés permet cependant à un professionnel de refuser de fournir un soin ou un service de santé en raison de ses convictions morales pour religieuses».

Les détails dans la vidéo.