Des milliers d’Américains sont devenus subitement allergiques à la viande rouge dans les dernières années Des recherches actives ont permis d’établir que cette allergie était déclenchée par une morsure de tique - la tique étoilée d’Amérique. Ce problème s’approche tranquillement, mais sûrement, du Québec.
L’Agence de santé publique du Canada (ASPC) tente de se faire rassurante: si la tique étoilée d’Amérique a été détectée au pays, notamment dans le sud de la Nouvelle-Écosse, du Québec, de l’Ontario, du Manitoba et de l’Alberta, il s’agit de détections «isolées». Le risque de se faire mordre par une tique étoilée d’Amérique au Québec est donc «très faible», selon Ariane Dumas, épidémiologiste à l’ASPC.
Selon Mme Dumas, les tiques étoilées d’Amérique répertoriées au Canada ont été apportées par des oiseaux migrateurs ou par des gens qui ont voyagé aux États-Unis, où certains États ont des populations bien établies de ces petits acariens.

En ce qui concerne le syndrome alpha-gal, provoqué par des morsures de tique et qui cause une allergie à la viande rouge, la santé publique affirme qu’il n’y a pas de cas confirmés officiellement au pays.
«Il y a certaines mentions d’allergologues qui ont pu faire des diagnostics, mais les cas étaient associés à des gens ayant voyagé aux États-Unis», a expliqué Ariane Dumas.
Si les populations de tiques étoilées d’Amérique n’ont pas encore atteint les portes du Québec, ni du Canada en général, la situation pourrait changer.
«On s’attend à ce qu’un jour la tique étoilée s’établissement au Canada si le climat continue de se réchauffer, mais on n’est pas rendu à donner un nombre d’années précis.»
— Ariane Dumas, épidémiologiste à l’ASPC
Pour ceux et celles qui se posent la question: non, la tique n’a pas été génétiquement modifiée pour faire diminuer ou éliminer la viande rouge de l’alimentation mondiale. L’ASPC rappelle qu’il s’agit plutôt d’une «espèce tout à fait naturelle».
Le syndrome alpha-gal
L’alpha-gal, c’est l’abréviation pour désigner deux sucres simples qui sont joints, soit le «galactose-alpha–1,3-galactose».
L’alpha-gal est naturellement présent chez la quasi-totalité des mammifères, ainsi que dans les viandes de bœuf, de porc et d’agneau.
Le Dr Emil Nashi, allergologue, a expliqué à Noovo Info que presque tout le monde a déjà des anticorps contre l’alpha-gal — ce qui explique pourquoi nous pouvons normalement manger de la viande sans crainte. «Ce sont des anticorps IgG, IgA et IgM qui ne causent pas d’allergie.»

Si on retrouve la molécule dans le système digestif humain, elle n’est toutefois pas présente dans le sang.
Les recherches menées à ce jour démontrent que les tiques étoilées d’Amérique ont ce sucre — l’alpha-gal — dans leurs glandes salivaires et qu’elles l’introduisent dans le sang humain lorsqu’elles mordent. Cette molécule, mélangée à d’autres, provoquerait le syndrome alpha-gal.
«Lorsqu’il y a une morsure de tique, nous sommes exposés au sucre via la salive de l’acarien, et on peut alors développer des anticorps de type IgE, que nous n’avons pas normalement, et c’est dans ce cas qu’on développe une allergie», a expliqué à Noovo Info le Dr Emil Nashi, allergologue.
En gros, lorsque nous sommes mordus par une tique étoilée, l’alpha-gal est introduit dans notre sang et notre corps le prend pour un intrus. Ensuite, chaque fois que l’on mange de la viande rouge, notre système immunitaire attaque l’alpha-gal et le tout déclenche une réaction allergique.
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Au revoir, carré d’agneau
Comme dans d’autres cas de morsures de tique, ce ne sont pas tous les gens qui ont été mordus par la tique étoilée d’Amérique qui développent le syndrome alpha-gal.
Lorsque c’est le cas, il devient impossible de manger de la viande de mammifère (bœuf, porc, agneau, veau, chevreuil, etc.).
«Les aliments autorisés sont le poulet, les fruits de mer, les poissons ainsi que les fruits et légumes», a souligné le Dr Emil Nashi.
Dans certains cas, l’allergie inclut aussi les produits laitiers. «Les produits laitiers contiennent ce sucre, l’alpha-gal, mais à un faible niveau, pas au même niveau que les viandes, c’est donc du cas par cas», a affirmé l’allergologue.
Les symptômes d’une allergie à l’alpha-gal sont similaires à ceux de plusieurs autres allergies alimentaires, tels que l’enflure des lèvres, de la langue, de la gorge et des symptômes gastro-intestinaux. Plusieurs cas d’anaphylaxie ont aussi été rapportés.
Là où les experts notent une nuance, c’est dans le temps de déclenchement des symptômes.
«Normalement, 85% des réactions liées à une allergie alimentaire se déclenchent en dedans de 15 minutes alors que pour le syndrome alpha-gal, c’est entre deux et 6 heures plus tard», a expliqué le Dr Nashi.
La situation aux États-Unis
Aux États-Unis, la sensibilisation et les tests liés au syndrome alpha-gal ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie.
«Les analyses du Centers for Disease Control and Prevention [Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ou CDC, NDLR] ont identifié plus de 450 000 cas suspects grâce à des analyses en laboratoire», a partagé avec Noovo Info Gary Falcetano, un expert américain reconnu en allergologie et immunologie, aujourd’hui directeur des Affaires cliniques «Allergie» au sein de la Division ImmunoDiagnostics chez Thermo Fisher Scientific.
Ce chiffre pourrait bien être revu à la hausse, selon M. Falcetano, puisque les autorités américaines croient que le syndrome alpha-gal est probablement «sous-reconnu» et «sous-diagnostiqué».

Si la tique étoilée d’Amérique est connue comme la principale tique associée au syndrome alpha-gal, de récents rapports tendent à démontrer que d’autres types de tiques pourraient aussi en être responsables.
«En 2025, les enquêteurs du CDC ont décrit un cas de syndrome alpha-gal au Maine à la suite d’une morsure documentée d’une tique à pattes noires (ixodes scapularis) et ont rapporté des résultats de surveillance à l’échelle de l’État suggérant que le syndrome alpha-gal peut survenir en dehors de la plage traditionnelle de la tique étoilée», a partagé M. Falcetano.
L’expert en allergologie a aussi mis en lumière un autre cas, venant cette fois de l’État de Washington, où le syndrome alpha-gal s’est développé chez une personne à la suite de morsures de la tique à pattes noires de l’Ouest. «Dans ce cas, des augmentations d’anticorps IgE spécifiques à l’alpha-gal ont été observées après l’exposition aux tiques, fournissant des preuves que cette espèce pourrait aussi être capable d’induire une sensibilisation chez certains individus», a-t-il commenté.
Si ces rapports sont scientifiquement importants, notamment pour l’étude de l’aire géographique potentielle du syndrome alpha-gal, ils doivent être interprétés avec prudence, estime M. Falcetano. «Les preuves publiées concernent un nombre limité de cas documentés, et la grande majorité des cas du syndrome alpha-gal américain restent associés à la tique étoilée.»
Quoi faire pour prévenir les morsures de tiques
La prévention demeure la clé afin de prévenir les complications liées aux morsures de tiques, peu importe la variété de tique.
La tique à pattes noires, bien présente au Québec, peut par exemple transmettre la maladie de Lyme, l’anaplasmose (infection bactérienne) et la babésiose (infection parasitaire).

La tique étoilée d’Amérique (amblyomma americanum) peut quant à elle transmettre les bactéries responsables de l’ehrlichiose monocytaire humaine (qui se caractérise par des symptômes de type grippal), de l’ehrlichiose granulocytaire humaine (infection bactérienne) et de la tularémie (infection bactérienne rare mais grave nécessitant des antibiotiques).
Si vous vous faites piquer par une tique:
La première chose à savoir, c’est qu’il faut retirer rapidement la tique qui s’accroche à vous.
«Si on arrive à retirer la tique dans les 24 à 48 heures suivant la piqûre, le risque que cette tique nous transmette la bactérie qui cause la maladie de Lyme devient plus faible», a expliqué par le passé à Noovo Info Najwa Ouhoummane, conseillère scientifique spécialisée à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
Pour retirer une tique, il est fortement recommandé d’utiliser une pince à pointe fine ou un tire-tique, des outils que l’on retrouve facilement en pharmacie.
Une fois la tique retirée de la peau, nettoyez la zone de la piqûre avec de l’eau et du savon ou avec un désinfectant à base d’alcool.
En ce qui concerne la tique, il est recommandé de la mettre dans un pot sur lequel on inscrit la date de retrait, l’endroit de la piqûre et la zone d’où provient la tique. Il faut ensuite mettre le pot au réfrigérateur pour quelque temps.
Après avoir été piqué par une tique, il est aussi recommandé d’appeler Info-Santé (811), où une infirmière pourra vous orienter pour savoir s’il faut consulter ou non un médecin.
