Santé

Le «Blue Monday» est-il vraiment le jour le plus déprimant de l’année ?

«Le concept du Blue Monday semble scientifique et les gens se laissent donc prendre au piège.»

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Une personne se protège pendant une tempête de neige, le dimanche 16 février 2025. Une personne se protège pendant une tempête de neige, le dimanche 16 février 2025.

Le mythe du Blue Monday (le troisième lundi du mois de janvier), désigné comme le jour le plus triste de l’année, a été déconstruit peu après sa création il y a environ 20 ans, mais il continue de résonner culturellement.

Pour les experts, cela témoigne de la capacité des agences de voyages à l’origine de sa création à exploiter un sentiment auquel tout le monde peut s’identifier, mais ils mettent également en garde ceux qui sont en difficulté contre les entreprises qui profitent de cette vulnérabilité.

La raison pour laquelle le Blue Monday existe toujours est complexe. Certains psychologues ont adopté cette date dans le cadre d’un débat public sur la santé mentale et la réduction de la stigmatisation.

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) publie chaque année en ligne un guide de survie qui reconnaît que le Blue Monday n’a aucun fondement scientifique, mais note que son postulat semble vrai, en particulier avec la diminution des heures d’ensoleillement et l’arrivée des factures des fêtes de fin d’année à la mi-janvier. D’autres grands hôpitaux, tels que l’University Health Network, publient également des conseils pour lutter contre le blues du Blue Monday.

Mais d’autres experts affirment que le fait que des organisations crédibles s’intéressent à un sujet non crédible ne fait que perpétuer le mythe de sa validité, ce qui peut permettre aux entreprises d’en tirer profit tout en apparaissant altruistes et philanthropiques.

«Le concept du Blue Monday semble scientifique et les gens se laissent donc prendre au piège, mais il ne s’agit en fin de compte que d’un argument de vente», a indiqué Colleen Derkatch, auteure de Why Wellness Sells: Natural Health in a Pharmaceutical Culture.

Elle ajoute que le fait que de grandes organisations de santé s’intéressent à ce sujet ne fait que renforcer sa crédibilité, même si elles reconnaissent que cette date n’a aucun fondement.

«Répéter cette idée démentie, comme je le fais actuellement, risque de la renforcer involontairement», a expliqué Mme Derkatch.

En 2005, Cliff Arnall, qui se qualifie lui-même de «psychologue bohème» basé au Royaume-Uni, a créé une équation pour Sky Travel afin de déterminer le jour le plus déprimant de l’année en fonction de la météo, des dettes, du temps écoulé depuis Noël et des résolutions du Nouvel An non tenues. Il a choisi le troisième lundi de janvier.

Indépendamment de son origine, qui était un stratagème pour inciter les gens à acheter des billets d’avion, le Dr Michael Mak, psychiatre au CAMH, a affirmé: «cela a en fait attiré l’attention — et une attention positive — sur la dépression saisonnière.»

Les habitants de l’hémisphère nord sont susceptibles de souffrir de dépression saisonnière à cette période de l’année en raison d’un manque d’exposition à la lumière, ce qui peut entraîner des troubles du sommeil et de la concentration, un manque d’appétit et une baisse d’énergie, a-t-il noté.

Contrer le «Blue Monday» avec le rire: la solution de Linda Leclerc Le troisième lundi du mois de janvier, appelé le Blue Monday, serait considéré comme étant le jour le plus déprimant de l’année.

À l’approche du Blue Monday, des entreprises peuvent proposer divers achats censés améliorer l’humeur, notamment des compléments alimentaires, des abonnements à des salles de sport, des cours de finance et des offres de voyages vers des destinations ensoleillées.

Ces offres peuvent sembler sincères, mais Jonathan N. Stea, psychologue clinicien à Calgary, affirme que les gens ne devraient pas confondre consumérisme et recherche d’aide en matière de santé mentale.

«Il est vrai que les mois d’hiver peuvent être difficiles pour certaines personnes en raison des symptômes dépressifs, mais cela signifie qu’il faut prendre soin de sa santé mentale à l’aide d’approches fondées sur des preuves et, si nécessaire, demander l’aide de professionnels de la santé mentale», a dit M. Stea, qui est également professeur adjoint de psychologie à l’université de Calgary.

Mme Derkatch, également professeure d’anglais à l’Université métropolitaine de Toronto, a cité l’exemple d’une entreprise de compléments alimentaires qui vend des vitamines avant le Blue Monday en affirmant qu’elles améliorent l’humeur des consommateurs.

Mais Mme Derkatch a souligné que ses recherches, qui visent à comprendre les modèles de soins de santé traditionnels et non dominants, montrent que la prise de compléments alimentaires peut être bénéfique pour les personnes qui se sentent frustrées par le système, épuisées par le stress de la vie quotidienne et qui n’ont pas le temps de faire de l’exercice ou de manger sainement.

«Cela leur donne le sentiment de pouvoir faire quelque chose pour leur santé», a-t-elle mentionné, ajoutant que les gens devraient faire preuve de prudence quant à ce qu’ils ingèrent et qu’il devrait y avoir des preuves solides pour étayer leur raisonnement.

Dans l’ensemble, elle se dit méfiante à l’égard de l’idée selon laquelle le Blue Monday serait néfaste.

«Je ne pense pas qu’il y ait de risque majeur», a-t-elle dit.

Cependant, Mme Derkatch émet une réserve. «Si vous entendez dire : “oh, c’est le jour où les gens sont les plus tristes”, alors que vous traversez déjà une crise ou que vous êtes sujet à la déprime, le fait de savoir que c’est le jour où les gens se sentent vraiment le plus mal pourrait aggraver votre état.»

Andrea Benoit, professeure en médias et communication à l’Université Western, se dit préoccupée par le fait que les consommateurs soient conditionnés à être tristes en cette journée particulière de l’année, ce qui, dans certains cas, ne serait peut-être pas naturellement le cas.

«C’est une notion qui a été implantée dans l’esprit des consommateurs», a précisé Mme Benoit. «Vous créez un besoin sur le marché pour y remédier.»