QUÉBEC — Un gouvernement péquiste imposerait une réforme du mode de scrutin au Québec, même s'il n'a pas l'appui de tous les partis représentés à l'Assemblée nationale.
C'est ce qu'a laissé entendre le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, en conférence de presse vendredi à Québec.
Le Parti libéral du Québec (PLQ) s'est opposé dans le passé aux volontés de réformer le mode uninominal à un tour actuel, mais un éventuel gouvernement péquiste, s'il a la majorité, irait de l'avant quand même, parce que cela fait partie de son programme, a indiqué le chef péquiste.
«On procède, même s'il y avait un parti qui dit que ce n'est pas comme ça», a-t-il tranché.
«C'est un autre dossier qui n'a jamais abouti parce qu'il y a plusieurs possibilités et plusieurs façons légitimes de le faire, mais à un moment donné, il faut se brancher.»
En mêlée de presse vendredi au sortir du congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), le chef libéral Charles Milliard n'a pas exprimé son opposition formelle, mais a fait comprendre que ce n'est pas dans son programme et ses priorités pour le moment.
«J'ai pris connaissance de sa mesure (de M. St-Pierre Plamondon), a-t-il répondu. Pour l'instant, ça ne fait pas partie de ma plate-forme.»
Au débat télévisé diffusé par Radio-Canada mercredi soir, la porte-parole de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, avait interpellé M. St-Pierre Plamondon sur sa volonté de vouloir réformer le mode de scrutin et il avait confirmé que c'était toujours son intention.
Au printemps 2018, les trois partis qui formaient alors l'opposition, soit la Coalition avenir Québec (CAQ), le PQ et QS, s'étaient engagés formellement à procéder à une telle réforme, si l'un d'eux prenait le pouvoir. Seul le PLQ s'y opposait.
En 2019, le gouvernement caquiste de François Legault avait déposé une réforme ambitieuse, le projet de loi 39, pour mettre en place un mode proportionnel mixte.
Ainsi, 80 députés auraient été élus pour représenter un nombre plus réduit de circonscriptions, 80 au lieu de 125, alors que les 45 autres députés auraient été élus en proportion de l'appui que les différents partis politiques reçoivent dans chacune des régions, en fonction d'une liste de candidats fournie par chaque parti en ordre de priorité.
ll s'agissait ainsi de réduire les distorsions engendrées par le mode de scrutin actuel et la carte électorale, afin que le nombre de députés de chacune des formations représentées à l'Assemblée corresponde plus fidèlement au pourcentage de votes recueillis.
Mais le gouvernement a reculé en 2022 et renoncé à sa réforme.
Actuellement, les Québécois votent pour le candidat d'un parti dans une circonscription, et le parti qui réussit à faire élire le plus de députés est appelé à former le gouvernement.
Lors du scrutin de 2022, les trois partis d'opposition ont obtenu un score semblable, entre 14 et 15 % d'appuis, mais la volonté populaire n'était d'aucune façon reflétée dans la répartition des sièges à l'Assemblée nationale.
Le PLQ avait obtenu 21 sièges, QS 11 et le PQ, 3. Le Parti conservateur (PCQ), qui a obtenu 13 % du vote, n'en avait aucun.
Quant à la CAQ de François Legault, elle a raflé la part du lion, avec 90 sièges sur 125, donc 72 % des places, avec 41 % du vote.
Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

