Noovo Info a appris que Christine Fréchette veut «serrer la vis» aux écoles clandestines, dont celles associées aux mouvements sectaires.
Si la Coalition avenir Québec (CAQ) est reportée au pouvoir, la première ministre sortante promet en effet de créer un permis ministériel pour les centres d’apprentissage, de tutorat et de soutien scolaire, et de transformer la dispense liée à l’enseignement à la maison en autorisation ministérielle.
Des mesures concrètes pour lutter contre les écoles clandestines étaient réclamées à grands cris par d’anciens membres de la Mission de l’Esprit-Saint, un mouvement religieux qui valorise le mariage et les grossesses à l’adolescence. Elles sont annoncées près de deux ans après la sortie de la série documentaire La prison de l’Esprit-Saint pilotée par la cheffe d’antenne de Noovo Info Marie-Christine Bergeron, qui levait le voile sur les manquements éducatifs du mouvement aux dérives sectaires.
Pour les anciens membres de la Mission de l’Esprit-Saint rencontrés par Noovo Info, c’est cependant trop peu, trop tard.
Des leviers supplémentaires
Avec ce nouvel engagement dévoilé mercredi, Christine Fréchette souhaite donner au ministère de l’Éducation les «leviers nécessaires» pour intervenir lorsque l’apprentissage des enfants est compromis et le pouvoir d’ordonner la cessation et la fermeture des activités non autorisées.
On veut également mieux définir la notion de tutorat et de soutien scolaire dans la loi «afin de mieux distinguer les services d’aide aux élèves des établissements qui offrent en réalité un parcours scolaire complet sans être autorisés à le faire».
Mme Fréchette exprime aussi son intention de durcir le régime pénal en augmentant les amendes et en élargissant les infractions aux personnes «qui facilitent ou tolèrent des comportements illégaux en matière d’éducation et de fréquentation scolaire».
Enfin, la CAQ souhaite permettre à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) d’intervenir lorsqu’elle soupçonne des situations sectaires ou de non-fréquentation scolaire. Des notions à cet effet seraient par exemple incluses à la Loi sur la protection de la jeunesse et une obligation de signalement au ministère de l’Éducation serait mise en place.
«Il faut être clair, on ne remet pas en question l’enseignement à la maison, qui est tout à fait légitime. Ce qu’on veut, c’est faire fermer les écoles illégales qui contournent les lois du Québec. Ce qu’on veut, c’est protéger le droit des enfants à une éducation laïque de qualité, en toute sécurité», a affirmé Bernard Drainville, qui était ministre de l’Éducation au moment de la sortie de La prison de l’Esprit-Saint, en marge de cette annonce.
La Mission de l’Esprit-Saint
Les écoles clandestines liées aux mouvements sectaires ont été ramenées à l’avant-plan de l’actualité des dernières années, notamment avec le travail d’enquête sur la Mission de l’Esprit-Saint de la cheffe d’antenne de Noovo Info Marie-Christine Bergeron.
Avec les témoignages d’anciens membres compilés dans La prison de l’Esprit-Saint, Noovo Info a pu constater que des dizaines d’élèves se retrouvent dans des classes clandestines au sein du mouvement à dérive sectaire.
Les jeunes ont un horaire, différents enseignants, qui sont en fait des parents, et ont aussi accès à du transport scolaire. Mais au ministère de l’Éducation, ils sont tous inscrits à l’enseignement à domicile. Dans ces classes, les élèves n’apprennent pas les mêmes matières enseignées par les écoles publiques. Les jeunes filles se font notamment enseigner que le rôle des femmes ne se résume qu’à enfanter.
L’enquête de Québec
Le 9 octobre 2025, la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel,avait justement ordonné une enquête sur la Mission de l’Esprit-Saint. «Cette situation est inacceptable. L’éducation et la sécurité des enfants sont non négociables», avait-elle exprimé sur X.
À l’issue de cette enquête, des constats d’infraction avaient été déposés par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) contre cinq mères liées à la Mission de l’Esprit-Saint accusées d’avoir exploité un établissement d’enseignement privé sans permis.
Les cinq femmes ont reçu des constats d’infraction dont Noovo Info a obtenu copie pour avoir «tenu un établissement d’enseignement privé auquel s’applique la présente loi sans être titulaire d’un permis» – une infraction prévue aux articles 10 et 128 de la Loi sur l’enseignement privé.
Les accusées sont Providence Francoeur, Sabrina Richard, Eugénie Savard, Eugénelle Savard et Richelle Giguère. Les infractions alléguées auraient été commises entre novembre 2025 et avril 2026, principalement à Saint-Liguori et, dans certains cas, à Crabtree.
Chaque constat réclame le paiement d’une amende minimale de 500 $, à laquelle s’ajoutent les frais et la contribution, pour un montant total de 747 $.
Selon les informations obtenues par Noovo Info, les activités d’enseignement ont pu se poursuivre sous la forme d’école à la maison, mais uniquement pour les enfants des familles concernées. Les mères ne recevraient plus d’autres élèves.
Le ministère de l’Éducation continuerait toutefois d’assurer un suivi étroit des activités éducatives liées à la Mission de l’Esprit-Saint afin de s’assurer du respect de la législation en vigueur.

