Les cinq chefs de parti ont parcouru le Québec au cours des dernières semaines, mais pas au même rythme ni avec les mêmes objectifs en tête. Certaines régions ont été visitées plus que d’autres, suggérant qu’elles pourraient être le théâtre de chaudes luttes lundi soir.
La Presse Canadienne a compilé les déplacements des caravanes de la Coalition avenir Québec (CAQ), du Parti libéral du Québec (PLQ), de Québec solidaire (QS), du Parti québécois (PQ) et du Parti conservateur du Québec (PCQ).
Les données reposent sur les activités publiques des chefs annoncées du jour 1 au jour 35 de la campagne électorale.
Au regard de l’ensemble du portrait, le politologue André Lamoureux constate «qu’il y a certaines régions qui font l’objet de batailles plus serrées ou de compétition entre les partis».
Il note particulièrement la Capitale-Nationale, qui a été la région la plus courtisée par les cinq chefs. Elle cumule au moins une soixantaine de visites des caravanes. Tous les partis souhaitent protéger des acquis ou obtenir des gains dans cette partie de la province, comptant actuellement des députés sortants de la CAQ, de QS et du PQ.
«Je trouve que cette année, tous les partis se battent autour de la région de Québec pour s’accaparer (...) les circonscriptions dans la ville de Québec et même au sud. C’est assez frappant», constate le professeur chargé de cours au département de sciences politiques de l’UQAM.
Montréal, la Montérégie et l’Estrie se sont également retrouvées de nombreuses fois sur la route des caravanes, allant d’une trentaine de visites pour la métropole à une vingtaine pour les deux autres.
À l’inverse, des régions ont été quasiment ignorées, comme la Côte-Nord et la Gaspésie, où seul le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, s’y est finalement arrêté cette semaine.
Le choix de visiter ou non une région est une question de ressources et de priorités de chacune des formations politiques, avance M. Lamoureux.
Le politologue Félix Mathieu abonde dans le même sens.
«Ils vont investir leur temps, leurs énergies en fonction du nombre de sièges qu’ils considèrent soit prenables, s’ils veulent en conquérir de nouveau, ou soit pour les consolider, pour protéger leurs acquis», mentionne le professeur au département de droit de l’Université du Québec en Outaouais.
Il souligne que des régions comme la Gaspésie et la Côte-Nord représentent des circonscriptions avec un territoire immense.
«On se dit que pour que ça puisse produire un effet positif, il faudrait qu’on investisse beaucoup trop de temps par rapport à ce qu’on dispose. Le temps, c’est vraiment la ressource la plus précieuse des chefs pendant une campagne électorale. Ils doivent faire le calcul», explique M. Mathieu.
La CAQ, un retour aux sources
La cheffe caquiste, Christine Fréchette, a principalement concentré ses efforts dans les régions de Québec, de la Montérégie, de la Mauricie et des Laurentides.
Elle a tout de même visité un total de 13 régions et avait visité une cinquantaine de lieux différents en date de mercredi.
«Ils ont quand même mis pas mal le paquet. La CAQ est le parti qui était au pouvoir. Ils ont beaucoup de circonscriptions, ils ont des députés un peu partout. Ils ont des assises quand même encore fortes de bases militantes dans toutes les circonscriptions où ils ont des députés et des organisations», expose M. Lamoureux.
M. Mathieu avance que la CAQ «se sent menacée à peu près partout» si l’on se fie au site de projections électorales Qc125. «On est dans une posture d’un combat électoral, si on veut, pour minimiser les dommages», évoque-t-il.
Ce qui explique pourquoi Mme Fréchette a investi son énergie dans le 450, en Mauricie — où elle tente de se faire élire — et la Capitale-Nationale, «qui sont véritablement les bastions où la CAQ a connu ses plus grands succès», souligne M. Mathieu.
«On va retourner plusieurs fois dans les territoires qui ont permis à la CAQ d’aller se constituer une majorité en 2018 et en 2022», ajoute-t-il.
Le PLQ à la reconquête de l’Estrie
Le chef du PLQ, Charles Milliard, a également couvert un large territoire avec des déplacements dans 13 régions.
«Il veut incarner la figure d’un gouvernement en attente, et, pour ça, il doit aller partout», mentionne M. Mathieu.
La caravane de M. Milliard s’est tout de même davantage arrêtée en Estrie et à Québec. Le chef des rouges a eu également une présence assez sentie en Montérégie et en Mauricie.
Aux yeux de M. Lamoureux, les libéraux mènent une bataille pour «renverser le sort subit en 2022 face à la CAQ», notamment en Estrie, qui a été traditionnellement un bastion pour la formation politique.
«Ils veulent redevenir le parti dominant de l’Estrie», indique-t-il.
M. Mathieu analyse également que le PLQ veut reconquérir cette région qui comporte une population anglophone importante. M. Milliard tente d’ailleurs de se faire élire pour la première fois dans la circonscription d’Orford, ce qui explique entre autres ses multiples visites à Magog.
QS en mode défensif
La caravane de la porte-parole de QS, Ruba Ghazal, a passé beaucoup de temps à Montréal, soit environ le tiers de sa campagne en date de mercredi.
Les deux politologues croient que les solidaires cherchent à protéger leurs acquis dans la métropole.
«C’est une campagne plus défensive», constate M. Mathieu.
Mme Ghazal a aussi mobilisé des efforts à Québec et Sherbrooke, où elle espère sauver les meubles.
En début de campagne, la caravane solidaire s’est rendue dans des régions plus éloignées de Montréal, telles que l’Abitibi-Témiscamingue et le Bas-Saint-Laurent. Le parti avait fondé des espoirs dans ces régions en 2022.
«On a commencé la campagne sûrement en se disant: ‘‘on veut aller plus loin, on veut consolider ce qu’on avait, et même aller en chercher plus’’», analyse M. Mathieu.
«Je crois qu’à l’interne, autant à la lumière des sondages publics que dans leur campagne interne, on a dû se rendre à l’évidence que là, on devait passer à une stratégie plus défensive pour consolider ses acquis», ajoute-t-il.
Le PQ à l’offensive
À l’inverse de QS, le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a été en mode conquête. Jusqu’ici, il a visité 16 des 17 régions de la province. Il a dit vendredi prévoir se rendre à Laval cette fin de semaine, ce qui en ferait le seul chef ayant arrêté dans toutes les régions administratives du Québec.
«Le PQ joue la carte de “c’est nous qui formons le prochain gouvernement, on veut donc se faire voir partout”. Et à ce niveau-là, l’idée, c’est de se construire une coalition géographique qui soit assez large pour pouvoir faire cette entrée à l’Assemblée nationale», affirme M. Mathieu.
«Ils cherchent véritablement à élargir leurs appuis», observe aussi M. Lamoureux.
Québec, Montréal et la Montérégie demeurent les régions où la caravane péquiste a consacré le plus de jours au cours de la campagne.
Dans le dernier droit de la campagne, M. St-Pierre Plamondon a fait plusieurs arrêts en Estrie. Compte tenu d’un certain affaissement des appuis de la CAQ, le PQ cherche possiblement à récupérer une partie de ces votes dans cette région, estime M. Lamoureux.
Le PCQ, «une concentration géographique»
Sans surprise, la caravane du chef du PCQ, Éric Duhaime, a principalement sillonné les routes de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches.
M. Duhaime n’a pas caché vouloir concentrer ses énergies dans ces deux régions qui pourraient offrir à son parti un contingent de plusieurs députés à l’Assemblée nationale.
M. Mathieu remarque d’ailleurs que le PCQ a évité de s’éparpiller.
«La campagne conservatrice, c’est une concentration géographique. Avec entre 15 et 20 % que le parti récolte dans les différents sondages, on se dit qu’on est mieux de concentrer nos efforts dans les régions pour produire un plus grand nombre de députés», affirme le politologue.
«Parce que si on se disperse sur l’entièreté du Québec, finalement, on va toujours finir deuxième ou troisième», poursuit-il.
Contrairement à ses rivaux, M. Duhaime a parcouru moins de dix régions, en date de mercredi.
Le chef conservateur espère faire élire au moins 12 députés le 5 octobre.

