Les chiffres le démontrant, le Parti conservateur du Québec occupe une position enviable dans la région de la Capitale-Nationale. Avec 31 % des intentions de vote, il peut espérer réaliser des gains significatifs et faire son entrée à l’Assemblée nationale en tant que parti officiel.
Toutefois, les intentions de vote ne garantissent rien. C’est sans doute pourquoi le slogan conservateur «Oser pour vrai» s’avère particulièrement pertinent pour la campagne 2026 d’Éric Duhaime.
Comme je l’ai fait avec Charles Millard et Christine Fréchette, je vous fais part de ce que seraient mes conseils de stratégie au chef conservateur et à son équipe.
Un slogan clair
C’est une des grandes forces du slogan dévoilé par les conservateurs. Lorsque l’on réfléchit à la phrase qui accompagnera la campagne d’un parti, on veut qu’elle réponde à un besoin clair, qu’elle soit facile à retenir et qu’elle puisse se décliner de plusieurs façons.
«Oser pour de vrai» est un slogan qui a la force de se rattacher autant à l’externe qu’à l’interne. À l’externe, il parle aux électeurs conservateurs qui seront certainement sollicités par les autres partis pour faire un vote dit «stratégique», ou qui pourraient être tentés de revenir vers des partis pour lesquels ils ont voté avant.
Avec ce slogan, le PCQ rappelle qu’il est temps de voter pour lui. À l’interne, il décrit bien les propositions conservatrices dans plusieurs secteurs, que ce soit au niveau de la réingénierie de l’État, de la gestion des finances publiques, de la santé ou d’autres secteurs dans lesquels les conservateurs vont proposer des solutions différentes de celles qui ont été proposées par les partis plus traditionnels.
«Oser pour vrai», c’est assumer son côté différent et l’exploiter comme un risque positif.
Un discours qui résonne
Lors de l’élection de 2022, l’impulsion du Parti conservateur du Québec provenait principalement de gens particulièrement frappés par la gestion de la pandémie au Québec. À tort ou à raison, ces gens-là ont dénoncé la gestion du gouvernement et ont incarné un certain vote protestataire. Ce vote était réparti partout au Québec et, malgré des résultats très intéressants, aucun député conservateur n’a été élu.
En 2026, le public conservateur est bien différent. La pandémie est un souvenir plus lointain. Ce qui préoccupe aujourd’hui les conservateurs, c’est un État trop interventionniste, des finances publiques mal gérées, des subventions perdues et un système qui dépense sans résultats visibles pour la population.
Plusieurs ont voté pour l’ADQ de Mario Dumont, certains ont peut-être appuyé la réingénierie de l’État de Jean Charest, d’autres ont cru au discours de François Legault sur la gestion des finances publiques. Mais tous attendent encore des résultats qui ne sont jamais venus.
À cet égard, Éric Duhaime répond à un besoin de l’électorat, avec un discours qui a le potentiel de résonner de plus en plus fort auprès d’une classe moyenne dont le pouvoir d’achat diminue, dont les impôts ne baissent pas et qui a l’impression de payer des impôts qui sont gaspillés.
Concentrer ses efforts dans la «zone payante»
Ce discours trouve une résonance particulière dans la grande région de la capitale nationale et dans Chaudière-Appalaches. Si, en 2022, les conservateurs ont fait campagne partout au Québec, je crois qu’en 2026, ils devraient concentrer leurs efforts sur cette région.
Certes, ils chercheront à présenter des candidats dans tous les comtés. Mais, honnêtement, même s’ils n’étaient pas présents dans cinq, dix ou quinze comtés, le Parti conservateur fera son entrée à l’Assemblée nationale s’il concentre l’essentiel de ses énergies à faire élire ses candidats dans la grande région de Québec.
Cette stratégie leur permettrait d’éviter l’éparpillement, de rester fidèles à un public qui les entend déjà et d’adopter des positions tranchées sur des dossiers comme le troisième lien, où la vision de la région de Québec diffère de celle de Montréal ou d’autres régions.
Cela ne signifie pas qu’ils ne pourraient pas être populaires ailleurs, mais la priorité absolue du PCQ devrait être d’obtenir un contingent représentatif à l’Assemblée nationale pour bâtir un mouvement solide en vue des élections futures. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait la CAQ en 2012 ou Québec solidaire au début des années 2000.
Vouloir convaincre tout le monde oblige trop souvent à diluer son discours. Pour les conservateurs, le positionnement est clair et le public ciblé est en croissance. Le secret, selon moi, pour Éric Duhaime et son équipe, est de voir 2026 comme une étape charnière dans la construction d’un mouvement conservateur durable au Québec, plutôt que comme une finalité.
Si le PCQ a la patience de concentrer ses efforts avec précision, je ne serais pas étonné de les voir atteindre le pouvoir un jour. Cependant, pour y arriver, l’élection de députés à l’Assemblée nationale lors de ce scrutin est une condition absolue.
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