5 octobre 2026. C’est la ligne d’arrivée d’une course électorale qui s’annonce des plus enlevantes. En vue de cette élection, j’ai voulu partager avec vous ce que seraient les principaux éléments de ma stratégie de communication si j’avais à conseiller chacun des chefs dans un petit exercice de politique-fiction que j’espère que vous apprécierez. Commençons par le chef libéral, Charles Milliard.
On ne peut pas analyser l’ampleur de son défi sans considérer les circonstances particulières de son arrivée. Après avoir perdu la chefferie libérale, Charles Milliard s’attendait à être un candidat important de l’équipe de Pablo Rodriguez. Cependant, les circonstances l’ont amené à prendre le devant de la scène après la démission de son chef. Il est donc arrivé dans une position de sauveur pour le PLQ, mais aussi avec neuf mois de retard sur son plan initial.
Pour quelqu’un qui est très peu connu du grand public malgré le fait qu’il soit respecté dans les milieux économiques, il y a urgence d’agir afin de se faire connaître, de se définir comme politicien et d’amener son parti vers une victoire électorale.
Regardons les bases de cette mission périlleuse.
L’humain d’abord
Je suis profondément convaincu qu’avant même de parler politique ou de penser à convaincre les gens de lui faire confiance comme premier ministre, Charles Milliard doit s’assurer que les Québécoises et les Québécois savent qui il est comme humain. En effet, la confiance est une question de relation entre nos attentes envers quelqu’un et ce qu’il nous fait connaître de lui.
Bien entendu, on peut avoir confiance dans le parcours de quelqu’un, dans son curriculum ou dans son profil académique. Mais avant tout, les Québécois ont besoin d’avoir confiance dans les valeurs, l’histoire et le type d’engagement de l’humain qui est derrière le politicien.
Le meilleur exemple reste la fameuse vague orange provoquée par l’attachement que les Québécois ont ressenti envers Jack Layton, alors chef du NPD, à l’élection fédérale de 2011. Tout le monde se souvient de son passage remarqué à Tout le monde en parle. Mais derrière cette vague, il y a un travail de fond de la part de Jack Layton qui s’est présenté constamment sous le spectre de l’humain qu’il était, avant même de parler de ses idées politiques.
Les gens qui ont côtoyé Charles Milliard me disent tous : « il gagne à être connu ». Je veux bien les croire sur parole, mais ceux qui ne le connaissent pas n’ont pas de base pour commencer à bâtir une relation de confiance. Le temps presse, car il ne reste que trois mois avant l’élection, mais ma stratégie serait certainement d’investir le maximum de temps dans les prochaines semaines pour faire connaître Charles Milliard en tant que personne.
Définir le politicien
Une fois que l’homme démontre que son histoire peut résonner avec celle des gens, il faut que le politicien puisse inspirer la population. Pour ce faire, il est essentiel qu’il définisse son engagement de façon simple, claire et irrévocable.
Dans leur réflexion stratégique, Charles Milliard et son équipe doivent identifier le « fil rouge » auquel ils vont accrocher toutes leurs propositions, leurs prises de position et leurs engagements comme futur gouvernement. Ce fil conducteur doit répondre à deux questions simples : pourquoi Charles Milliard est-il en politique et que veut-il faire comme politicien ?
D’ailleurs, la plupart de ses adversaires ont déjà fait ce travail. Le grand risque pour le chef libéral est que s’il ne le fait pas lui-même, ses adversaires vont le définir de façon négative. C’est déjà ce que l’on a vu sur la question de la langue, par exemple. Une fois cette définition établie et ce fil rouge tracé, ils deviennent la base de la communication politique du parti et de son candidat. C’est lui qui est relayé par les militants sur le terrain, sur les réseaux sociaux et, ultimement, dans la plateforme politique.
Choisir le bon terrain
Finalement, une fois qu’on a créé un lien humain entre l’homme et la population et que l’on a clairement défini l’offre politique, on doit se positionner sur les sujets qui sont importants pour les gens et sur lesquels ils sont prêts à vous accorder de la crédibilité.
Les premiers sondages du chef libéral avaient montré un a priori positif de la population envers lui et son parti. Cependant, dans les semaines qui ont suivi, Charles Milliard a glissé sur des sujets qui n’ont jamais été à l’avantage des libéraux, comme la langue ou l’identité. Il n’a pas fait d’erreur majeure, mais il s’est aventuré sur un terrain qui ne met pas en valeur les forces de son parti.
Si les Québécois cherchent un gouvernement pour protéger la langue française ou pour mener des politiques identitaires, le Parti libéral du Québec n’est pas le choix naturel. Cependant, lorsqu’on regarde l’histoire du Québec, quand l’économie va mal, que les finances publiques ont besoin de redressement ou qu’il faut créer de la richesse, les Québécoises et les Québécois ont tendance à faire confiance au PLQ.
La CAQ a réussi en 2018 et 2022 à s’approprier ce terrain, mais les résultats récents de plusieurs de leurs politiques économiques permettent de croire que le PLQ a un coup à jouer. Il est clair pour moi que, dans le contexte économique actuel, Charles Milliard a tout à gagner à concentrer l’essentiel de ses prises de position sur la question économique, qui représente une préoccupation majeure et reste un espace crédible pour son parti. Les autres sujets sont des terrains piégés qu’il doit éviter pour ne pas tomber dans le jeu de ses adversaires.
Le facteur temps
Charles Milliard doit montrer qui il est, nous expliquer pourquoi il est là et replacer le Parti libéral du Québec dans sa position naturelle de parti économique. C’est beaucoup à accomplir dans les 12 semaines qu’il reste avant le vote, car il est essentiel de répéter les mêmes messages souvent pour qu’ils imprègnent le public.
Pour relever ce défi, le PLQ et son chef devront simplifier les messages et le plan de match tout en s’assurant de les réaliser avec rigueur. La mission n’est pas impossible, mais le défi est de taille pour ce parti qui pourrait subir une troisième défaite électorale consécutive pour la première fois depuis 1956.
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