🗳️ Élections Québec 2026

Candidat aux élections? Bonjour les insultes!

Se présenter aux élections demande du courage, croit notre collaboratrice Maude Goyer. Selon elle, se faire traiter de «truie» ou de «connasse» ne devrait jamais faire partie du contrat.

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Julie White Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard (à droite), avec sa candidate électorale Julie White lors d’une visite au Vieux-Port, à Québec, le samedi 29 août 2026. (Jacques Boissinot/LA PRESSE CANADIENNE)

Se présenter aux élections demande du courage. Se faire traiter de « truie » ou de « connasse » ne devrait jamais faire partie du contrat. Alors que les insultes polluent la campagne, je me demande depuis quand trouve-t-on normal de traiter ainsi ceux qui veulent nous représenter.

Julie White elle, a choisi d’en rire.

Dans une vidéo, la candidate libérale dans Jean-Talon lit des commentaires reçus sur les réseaux sociaux. On la compare à une « truie de montagne ». On la traite de « belle connasse ».

J’admire son sang-froid. Et son sens de la répartie.

Mais est-ce normal ? Est-ce normal de devoir transformer son humiliation en divertissement pour rappeler aux adultes comment se parler ?

Au micro de Patrick Lagacé cette semaine, elle explique recevoir encore pire. Elle souligne aussi une différence frappante : au porte-à-porte, les gens sont polis et courtois. Même lorsqu’ils sont en désaccord.

Tiens donc. Où sont donc tous ces braves lorsqu’ils ont la candidate devant eux ?

J’aimerais voir les auteurs de ces commentaires les prononcer en regardant Julie White dans les yeux. Avec le même aplomb. Sans écran. Le clavier donne bien du courage à peu de frais.

Engagement

Se présenter aux élections en demande encore plus. Il faut exposer son parcours, défendre ses convictions, répondre aux questions, accepter la critique. Mettre sa vie familiale sur pause. Subir la pression. Et risquer de perdre publiquement.

Peu importe la couleur de la pancarte, je respecte cet engagement.

Le respect n’empêche pas de demander des comptes. Une candidature s’examine. Un bilan se conteste. Une promesse irréaliste se critique. Et un politicien qui ment mérite qu’on le dénonce.

Mais son poids ? Son visage ? Son corps ?

Expliquez-moi ce que ça change à son programme ?

Nous avons des logements à construire, des écoles à réparer, des soins à rendre accessibles, des infrastructures à remettre en état. Il y a de quoi se chicaner jusqu’au scrutin sans commenter l’apparence d’un candidat ou d’une candidate.

Cette petite politique me fatigue. Je pensais qu’on avait plus de panache.

Du ménage à faire

Et les partis ont leur part de ménage à faire.

Le Devoir rapportait cette semaine que Dominique Dumas, candidat conservateur dans Chutes-de-la-Chaudière, avait multiplié les insultes sur X. Il avait notamment qualifié Geneviève Pettersen de « nunuche » et utilisé à répétition le mot « mongols » pour dénigrer différents groupes.

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, présente la candidate de la Coalition avenir Québec dans la circonscription de L'Assomption, Geneviève Pettersen, à L'Assomption, le 26 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov La première ministre du Québec, Christine Fréchette, présente la candidate de la Coalition avenir Québec dans la circonscription de L'Assomption, Geneviève Pettersen, à L'Assomption, le 26 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Christopher Katsarov)

Il invoque entre autres la nature des réseaux sociaux pour expliquer ses débordements.

Je ne sais pas que le clavier écrivait tout seul…

Difficile de réclamer un débat respectueux quand ceux qui présentent contribuent eux-mêmes à le salir. Les chefs devraient être les premiers à l’exiger de leurs troupes. Même quand le candidat est populaire. Même quand ça complique la campagne.

Le respect devient assez commode s’il s’applique à nos amis seulement.

Menaces de mort

Évidemment, une insulte et une menace de mort n’ont pas la même gravité. Mais faut-il attendre les menaces pour prendre les insultes au sérieux ?

En 2022, Marwah Rizqy a reçu des menaces de mort pendant la campagne. En septembre 2025, la mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, dénonçait à son tour des commentaires haineux, dont des attaques sexistes.

On connaît la rengaine : en politique, il faut être capable d’en prendre.

Dans un article du Devoir daté de 2023, la chercheuse en communication Mireille Lalancette présentait une étude menée auprès de 32 élus municipaux. Des personnes harcelées racontaient justement avoir été encouragées par leur entourage politique à s’endurcir et à relativiser les agressions.

Donc, en plus de recevoir des insultes, il faudrait apprendre à mieux les prendre.

Ça donne envie de se présenter, hein ?!

Cette recherche documentait aussi des attaques genrées contre les femmes, visant par exemple leur apparence et leurs compétences. Certaines rapportaient du harcèlement sexuel.

Vague de départs

De plus en plus, des élus s’autocensurent. D’autres ferment leurs comptes ou quittent la politique. La chercheuse souligne aussi que ce climat peut décourager des candidatures.

C’est là que ça nous concerne tous.

Qui renonce avant même de commencer ? Qui regarde ses enfants et décide que le prix est trop élevé ? Quelles idées, quelles expériences perdons-nous avec ces personnes ?

Je veux pouvoir choisir parmi des candidats compétents, engagés, différents. Leur capacité à encaisser des obscénités ne m’intéresse pas particulièrement.

Nous pouvons commencer par arrêter d’applaudir les insultes quand elles visent quelqu’un qu’on n’appuie pas. Refuser de les partager. Rappeler à un proche qu’il dépasse les bornes.

On peut être fâché. Mordant. Sarcastique. Je ne souhaite certainement pas une campagne où tout le monde se félicite en souriant.

Je veux des débats vigoureux. Des questions difficiles. Des réponses qu’on peut vérifier.

Et des gens qui auront encore envie de se présenter.

Parce qu’à force d’exiger une carapace pour entrer en politique, on risque surtout de faire fuir ceux qui ont du cœur.