Les annonces de candidatures battent leur plein. Comme c’est toujours le cas, le passé de certains finira par subir le test de l’opinion publique. Des propos controversés ou des prises de position allant à l’encontre de la ligne du parti font les manchettes et nourrissent le commentariat et le web. Mais est-ce qu’on condamne les gens un peu rapidement ?
Quelques exemples.
François Gariépy est un ancien de Radio X qui a, il y a plusieurs années, écrit des textes qui font sourciller les plus prudes d’entre nous. Les électeurs en jugeront, mais est-ce que ça le disqualifie comme candidat ? PSPP juge que son candidat ne mérite pas d’être «annulé». Je suis d’accord avec lui.
Olivier Primeau s’impliquera dans la campagne de la CAQ. Dès que la nouvelle fut sortie, on ressortait des prises de position du passé qui critiquaient certaines politiques caquistes. S’il avait salué chacune des actions de la CAQ avant qu’il décide de s’impliquer, on aurait crié au complot. Par contre, le mélange des genres entre les activités de lobbying et son implication politique porte davantage flanc à des questionnements plus que légitimes.
Le candidat conservateur Dominic Dumas a choisi d’effacer une grande quantité de publications sur les médias sociaux. Ça n’a pas été suffisant pour éviter que plusieurs d’entre elles soient dévoilées au grand jour.
Michel Savard, qui devait se présenter pour le PLQ dans la circonscription de Gouin, avait tenu des propos injurieux et même violents. Le parti avait d’abord jugé qu’il était digne de porter les couleurs libérales, l’opinion publique l’a convaincu du contraire. Cela a bien mal paru… surtout dans un parti qui prône une approche rassembleuse.
Une candidate de QS a subi le même sort après que des propos homophobes aient été rendus publics. Surréaliste.
Cette réalité-là touche tous les partis. Personne n’est épargné par l’examen de l’acceptabilité électorale, et tous ont à justifier certaines candidatures.
Mais où trace-t-on la ligne de ce qui est acceptable ?
Quelques pistes de réflexion
D’abord, il est normal que des candidats n’entrent pas parfaitement dans le moule, surtout si cette personne jouait déjà un rôle dans l’espace public et donnait son opinion ou son éclairage sur les enjeux politiques.
Il est irréaliste de demander à des personnes de suivre rétroactivement la ligne de parti. Quand on se joint à un parti, on adhère à la ligne de parti, mais tous les députés et les employés politiques vous le diront: il n’est pas possible d’être d’accord avec tout.
Si vous êtes en accord avec 80% de ce que propose un parti, c’est bon. La politique est une affaire de compromis.
S’outrer parce qu’un candidat ait déjà dit qu’il n’était pas d’accord avec telle ou telle politique ou position est soit du théâtre partisan auquel je m’adonnais volontiers quand j’étais en politique active, soit alors des attentes irréalistes envers les gens qui s’engagent.
Ensuite, il y a la temporalité. Les gens évoluent, changent d’idée. Des propos qui datent d’il y a 15 ans n’ont nécessairement pas le même impact que ce qui a été dit il y a trois mois. Cela dit, cela dépend aussi de l’enjeu et du contexte de la candidature. On a déjà vu des 180 degrés fort commodes pour un comté sûr sous une bannière bien positionnée dans les sondages! Nous ne sommes pas dupes.
Puis, il y a la notion de seconde chance, lorsque les squelettes des candidats touchent davantage des enjeux tels que des faillites, des erreurs de jeunesse, des enjeux judiciaires, des allégations… Il y a évidemment des degrés de gravité et on doit se demander si une erreur du passé disqualifie automatiquement un candidat. C’est du cas par cas.
Attractivité
Les partis doivent trouver 127 candidats. Ce n’est pas une mince décision pour les individus, et il s’agit d’un travail titanesque pour les partis. Vérifications, épluchage des médias sociaux: un véritable travail de moine pour s’assurer que cette candidature apporte davantage de bénéfices que de risques.
Les adversaires font aussi ce travail d’épluchage et chaque squelette ou incohérence devient matière à attaquer. Parfois on gardera ces munitions pour plus tard, quand la campagne sera bien entamée. Question de faire perdre une précieuse journée de campagne à un adversaire.
Comment cette réalité influence-t-elle une personne bien intentionnée qui souhaite se lancer en politique? Inévitablement, les candidats potentiels vont craindre de se faire démolir. Les femmes sont, on le sait, plus hésitantes à se lancer.
Bien que les électeurs aient le droit de savoir à qui ils ont affaire, je crois qu’il est nécessaire de se demander, en 2026, avec l’empreinte numérique qui ne vieillit pas toujours bien, est-ce que notre tolérance à certaines choses ne devrait pas s’adapter? Je ne parle pas de propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes ou violents.
Je n’ai pas de solution magique. On n’empêchera pas les partis de s’attaquer sur ces points, mais peut-on prendre un pas de recul et voir plus clair dans le jeu partisan afin d’éviter de disqualifier des gens qui, dans les faits, sont là pour les bonnes raisons?
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