Politique

Victoire du «non» au référendum en Alberta: ce que cela signifie pour le Canada

Maintenant que les Albertains ont voté pour que l’Alberta demeure une province, ce processus particulier est terminé. Mais, cela ne mettra pas fin au débat sur le séparatisme.

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Comment les Albertains en sont arrivés à un référendum? Notre collaborateur Pablo Rodriguez explique comment les Albertains en sont arrivés à un référendum, alors qu’ils se rendent aux urnes lundi afin de déterminer s'ils souhaitent rester au sein du Canada ou continuer leur chemin vers l'indépendance.

Les Albertains ont tranché. La majorité des personnes qui ont voté lors du référendum historique de la province se sont prononcées en faveur du maintien au sein du Canada plutôt que de la séparation.

Lors d’un scrutin très suivi et aux enjeux considérables – alors que les résultats continuent d’affluer –, environ 76% des électeurs ont déclaré que l’Alberta devait rester au sein du pays, tandis qu’environ 24 % se sont prononcés en faveur de la tenue d’un référendum contraignant sur la question de savoir si la province devait se séparer du reste du Canada.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Élections Alberta devait annoncer le décompte final pour la 10e question d’ici 4h, heure des Rocheuses (6h, heure de l’Est), mais comme certains bureaux de scrutin ont fermé en retard, la communication des résultats provenant des 30% de bureaux restants a pris un certain retard.

Pour rappel, la question soumise au vote des Albertains était la suivante: «L’Alberta devrait-elle demeurer une province du Canada, ou le gouvernement de l’Alberta devrait-il entamer le processus juridique prévu par la Constitution canadienne afin de tenir un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta devrait ou non se séparer du Canada?»

Les électeurs avaient le choix entre deux réponses:

  • «L’Alberta devrait demeurer une province du Canada»
  • «Le gouvernement de l’Alberta devrait entamer le processus juridique prévu par la Constitution canadienne afin de tenir un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta devrait ou non se séparer du Canada.»
Un électeur quitte un bureau de vote après avoir voté lors du référendum de l'Alberta à Calgary, ce lundi 19 octobre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh Un électeur quitte un bureau de vote après avoir voté lors du référendum de l'Alberta à Calgary, ce lundi 19 octobre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh

Selon les chiffres préliminaires, sur plus de 1,6 million de votes exprimés, plus de 1,2 million se sont prononcés en faveur de la première option, ce qui témoigne de manière décisive de l’opinion des Albertains après plusieurs mois passés à écouter les arguments des groupes fédéralistes et séparatistes.

«Avant tout, les Albertains ont choisi le Canada», a réagi le premier ministre Mark Carney, en réaction aux premiers résultats.

«Ils ont choisi l’unité, de bâtir ensemble et de prendre soin les uns des autres », a-t-il ajouté, indiquant que la voie à suivre passera par l’union, «avec une détermination renouvelée et une grande ambition».

«Le Canada est bien plus que la somme de ses parties. C’est maintenant l’occasion pour nous de mettre à profit tout ce qui nous a été donné en tant que Canadiens – et on nous a donné le plus beau pays du monde – et de rendre notre pays meilleur pour nous tous », a dit le premier ministre.

Que va-t-il se passer maintenant?

Maintenant que les Albertains ont voté pour que l’Alberta demeure une province, ce processus particulier est terminé.

Mais cela ne signifie pas pour autant que les questions ou les sentiments au sein de la province qui nous ont menés là où nous en sommes aujourd’hui cessent d’exister. Ce soi-disant «vote contre la séparation» n’élimine pas la possibilité qu’un futur gouvernement puisse revenir sur la question de la séparation.

Ceux qui se sont prononcés contre la séparation se sont déjà exprimés en ce sens.

Keith Wilson, coprésident du groupe Let Alberta Decide, a affirmé que, quel que soit le résultat, cela ne mettra pas fin au débat sur le séparatisme.

«Peu importe ce qui se passera ce soir, le débat se poursuivra , a-t-il soutenu. «Je pense que nous menons des discussions importantes, et j’espère qu’avec le temps, elles deviendront moins polarisantes.»

Jeffrey Rath, conseiller juridique de l’organisation séparatiste Alberta Prosperity Project, a estimé de son côté qu’un «mouvement politique» avait vu le jour.

«Nous n’arrêterons pas tant que l’Alberta ne sera pas devenue un pays libre et indépendant, et qu’elle ne sera pas devenue le pays le plus riche du monde», a-t-il précisé.

En vertu des lois provinciales sur les référendums d’initiative citoyenne, une future pétition pourrait donner lieu à un exercice démocratique similaire.

D’ici là, les efforts visant à améliorer les relations fédérales-provinciales seront probablement au cœur des préoccupations des deux gouvernements.

Mark Carney en Alberta pour appeler à l’unité canadienne Mark Carney est toujours en mode séduction en Alberta, afin de convaincre les Albertains de rester au sein du Canada. Voyez l’analyse d’Alain Rayes.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a affirmé être «très heureuse de constater que les premiers résultats d’Élections Alberta révèlent un soutien généralisé au maintien au sein du Canada».

«Merci à tous les Albertains qui ont pris le temps de voter sur ces questions référendaires d’une importance cruciale», a-t-elle dit dans un communiqué. Mme Smith a également indiqué qu’elle s’adresserait en direct aux Albertains ce soir, à 18h45 (heure des Rocheuses), afin de discuter de la voie à suivre pour la province.

S’exprimant une semaine avant le scrutin, Nik Nanos, sondeur chez CTV News, a déclaré qu’après que le Parti québécois, parti séparatiste, eut recueilli 28% des suffrages lors des récentes élections provinciales au Québec, la question qui se poserait au gouvernement fédéral à l’issue du scrutin en Alberta serait de savoir si le vote en faveur de la séparation en Alberta serait plus élevé ou plus faible.

Selon lui, ce résultat déterminera où le gouvernement fédéral concentrera ses efforts pour tenter d’apaiser le sentiment séparatiste. «Quel que soit le chiffre, cela mettra la fédération sous pression», a expliqué M. Nanos.

Comment en est-on arrivé là?

Le gouvernement de l’Alberta a annoncé en février qu’un référendum aurait lieu.

Selon le gouvernement provincial, la série d’événements qui a déclenché ce référendum remonte à l’élection du gouvernement libéral de Justin Trudeau en 2015.

Cependant, après une décennie de ce que le gouvernement de l’Alberta a qualifié de «politiques anti-albertaines destructrices», depuis l’entrée en fonction de M. Carney, il entrevoit une lueur d’espoir au bout du tunnel.

À l’approche du scrutin – en invoquant les progrès réalisés en matière de politiques énergétiques et la promesse d’un nouvel oléoduc –, le gouvernement de M. Smith exhortait les Albertains à voter pour rester au sein du Canada «et à concentrer nos efforts sur la construction d’une Alberta plus forte et plus souveraine au sein d’un Canada uni».

Les partisans de la séparation, quant à eux, étaient moins convaincus que les 18 derniers mois constituaient une indication suffisante de la manière dont la province serait traitée à l’avenir par les prochains gouvernements fédéraux.

Des participants agitent des drapeaux lors d'un rassemblement en faveur de l'indépendance de l'Alberta devant le Parlement provincial, à Edmonton, le samedi 17 octobre 2026. Des participants agitent des drapeaux lors d'un rassemblement en faveur de l'indépendance de l'Alberta devant le Parlement provincial, à Edmonton, le samedi 17 octobre 2026. (Amanda May Erickson/THE CANADIAN PRESS)

La question de la séparation était certes la plus importante du scrutin, mais elle ne constituait qu’une des dix questions soumises aux électeurs. La première ministre, en s’opposant à la tenue d’un vote officiel sur la séparation, a présenté les neuf autres questions figurant sur le bulletin de référendum comme un compromis politique potentiel.

En effet, les autres enjeux sur lesquels les Albertains ont pu se prononcer pourraient également entraîner des répercussions sur l’ensemble du pays. Ces questions portaient principalement sur les réformes en matière d’immigration, les nominations judiciaires, l’abolition du Sénat et l’assouplissement des liens fédéraux-provinciaux en matière de lois et de services sociaux.

Alors que le dépouillement des votes sur ces questions est en cours, Élections Alberta a indiqué que les résultats officiels ne seraient pas annoncés avant mercredi.