Politique

«Une bonne affaire pour le Canada»: Mark Carney défend l’accord concernant le pont Gordie-Howe

L’entente a suscité certaines critiques, car elle est perçue comme une nouvelle concession faite à l’administration Trump.

Publié le 

Gordie Howe bridge (left) and Mark Carney (right) Le pont Gordie-Howe à gauche et le premier ministre Mark Carney à droite (CTV News et La Presse Canadienne)

Le premier ministre Mark Carney défend l’entente conclue entre le Canada et les États-Unis en vue de l’ouverture du pont international Gordie-Howe, dont la mise en service a été retardée, et insiste sur le fait que la part des recettes reversée aux Américains sera minime.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Nous partageons les recettes une fois que le Canada a été remboursé», a indiqué M. Carney dimanche lors d’une entrevue avec Tara Nelson, de CTV Calgary, au Stampede de Calgary, lorsqu’on l’a interrogé sur l’entente.

«Nous percevons les recettes. Ensuite, il faut couvrir les coûts d’entretien du pont et rembourser la dette liée à sa construction; ce qui reste sera partagé pendant 15 ans», a-t-il expliqué.

«Il n’y aura pas beaucoup de revenu net à partager», a ajouté plus tard le premier ministre.

Le gouvernement fédéral a annoncé vendredi en fin de journée que le pont, qui reliera Windsor, en Ontario, à Détroit, au Michigan, ouvrira le 27 juillet après la conclusion d’une entente, à la suite de plusieurs semaines de retards et de critiques publiques de la part du président américain Donald Trump.

Ce nouveau passage devrait réduire considérablement la congestion sur le pont Ambassador situé à proximité et faciliter le commerce transfrontalier.

Selon une source haut placée au sein du gouvernement, le Canada recevra 50 % des recettes provenant des péages du pont au cours des 15 premières années, les 50 % restants étant versés dans un fonds de développement économique.

La source a également indiqué à CTV News que les États-Unis devront donner leur accord si le Canada souhaite augmenter les péages du pont de plus de 10 % ou les réduire en dessous des moyennes régionales.

Ces modifications constituent un changement majeur par rapport à l’entente initialement signée en 2012 dans le cadre de l’Accord sur le passage Canada-Michigan. Dans cette entente, le Canada avait accepté d’avancer la totalité des coûts de construction, qui ont atteint 6,4 milliards de dollars, puis de percevoir 100 % des recettes de péage jusqu’à ce qu’il ait récupéré son investissement. L’entente prévoyait que le recouvrement prendrait au moins cinquante ans, après quoi le Canada et le Michigan se partageraient à parts égales les recettes de péage.

Malgré ces changements, M. Carney a qualifié cet accord de «bonne affaire pour le Canada».

«Je suis heureux que le pont soit sur le point d’ouvrir. Nous en avons besoin. Nous en avons besoin parce que nous sommes en pleine expansion. Nous continuons de nous développer.»

—  Mark Carney

Le premier ministre a également indiqué que les fonds de ce fonds de développement économique seraient «réinvestis» du côté américain de la région, ce qui, selon lui, «générera davantage de trafic».

L’entente a suscité certaines critiques, car elle est perçue comme une nouvelle concession faite à l’administration Trump. Dans le contexte des tensions commerciales avec les États-Unis au cours des 18 derniers mois, le Canada a abrogé la taxe sur les services numériques et a ordonné au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de revoir sa décision de tripler les contributions financières des services de diffusion en continu au contenu canadien — deux mesures que les responsables américains ont publiquement critiquées.

Shuvaloy Majumdar, député conservateur de l’Alberta, affirme que même si le compromis n’est pas une «mauvaise chose» et que les négociations sont difficiles avec une « administration imprévisible », de nombreuses questions demeurent.

« e pense que les Canadiens se posent de très nombreuses questions sur le coût réel de cette opération», a dit M. Majumdar lors d’une entrevue avec CTV News. «Je pense qu’ils ont raison de se poser ces questions, et j’espère que Dominic LeBlanc (ministre du Commerce Canada-États-Unis) et le premier ministre Carney y répondront avant l’ouverture du pont.»

Report de l’ouverture du pont prévue en juin

Le pont est prêt depuis des mois, et on s’attendait à ce qu’il soit inauguré le mois dernier après que Carney eut semblé confirmer les informations relayées par les médias américains.

Mais quelques jours plus tard, la cérémonie d’inauguration et l’ouverture ont été suspendues, M. Carney insistant à l’époque sur le fait qu’il n’y avait «pas de drame majeur».

Lorsqu’on lui a demandé jeudi à Djeddah, en Arabie saoudite, s’il serait disposé à renégocier les modalités d’ouverture du pont, M. Carney a répondu: «Je pense que nous sommes prêts à clarifier certains aspects des ententes actuelles.»

Plus tôt cette année, CTV News avait rapporté que les deux parties tentaient de négocier discrètement une date d’ouverture après que Trump se fut plaint en février que le Canada ne traitait pas les États-Unis équitablement en matière de commerce. Trump s’était lancé dans une longue diatribe dans laquelle il avait notamment inclus la construction du pont parmi ses griefs.

Le New York Times avait également rapporté auparavant que Matthew Moroun, propriétaire du pont Ambassador situé à proximité et donateur de Trump, avait rencontré Lutnick quelques heures avant la publication du message de Trump en février.

Mais dans une entrevue accordée à Global News la semaine dernière, l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, a nié que les dons de la famille Moroun aient été à l’origine du report de l’ouverture du pont.

Dans une publication sur Truth Social samedi, Trump s’est attribué le mérite de l’entente, qu’il a qualifiée de «BIEN MEILLEURE ENTENTE pour l’Amérique».

Il a également qualifié l’entente initiale d’«inacceptable» et a dit qu’il espérait que les deux pays connaîtraient «de nombreuses années de succès grâce à ce merveilleux nouveau projet !!!»

La construction du pont a débuté en 2018. Ce pont à haubans comportera trois voies en direction du Canada et trois en direction des États-Unis, et figurera parmi les cinq plus longs ponts d’Amérique du Nord.

Avec des informations de Tara Nelson pour CTV Calgary et de Jeremy Charron pour CTV News