La frustration monte à Windsor après l’annulation de l’ouverture prévue vendredi du pont international Gordie Howe, laissant la communauté prise au piège d’une bataille politique autour de ce poste frontalier tant attendu.
Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.
Pour les automobilistes et les camionneurs qui traversent la rivière Détroit, il y a à Windsor une réalité difficile à ignorer.
Vendredi, un trafic intense défilait sur le pont Ambassador, très fréquenté mais vieillissant, tandis que juste en aval de la rivière Détroit, le pont Gordie Howe, d’une valeur de 6,4 milliards de dollars, se tenait prêt mais inutilisé. Les toutes nouvelles installations frontalières sont vides.
«J’avais vraiment hâte de ne plus avoir à me battre contre le trafic de camions chaque fois que je viens ici», a expliqué un résident de Windsor à CTV News.
Une cérémonie d’inauguration prévue vendredi pour le pont international Gordie Howe a été annulée à la dernière minute.
«Le Canada et les États-Unis ont convenu de reporter l’ouverture du pont, en prenant le temps nécessaire pour résoudre les problèmes en suspens», indique un communiqué publié jeudi matin par la Windsor-Detroit Bridge Authority.
«Pris au milieu»: les automobilistes découragés par le retard
CTV News a pris le pouls des personnes traversant le pont Ambassador, qui ont déclaré que ce retard suscitait de la frustration des deux côtés de la frontière.
«Je pense qu’on est pris au milieu», a indiqué un voyageur régulier.
«Je fais tout le temps la navette entre les deux pays, et même les camionneurs sont frustrés.»
— Un voyageur
Un camionneur a décrit les embouteillages persistants et les retards constants au poste frontalier actuel.
«Au moins une heure d’attente, c’était très chargé. C’est encore très chargé ces jours-ci», a-t-il dit.
De nombreux habitants de Windsor ont pointé du doigt les tensions politiques comme cause du retard.
«Trump met des bâtons dans les roues», a soutenu un camionneur, tandis qu’un autre a estimé que le problème pourrait être résolu si les dirigeants se concentraient sur l’intérêt public.
«Honnêtement, si les gens mettaient simplement leur ego de côté et faisaient ce qui est bon pour la population, ce serait beaucoup plus simple», a indiqué le camionneur.
«Un tas de conneries politiques»: un fournisseur d’acier n’en revient pas de ce retard
La frustration se fait également sentir à des centaines de kilomètres de là, à Concord, en Ontario, où Salit Steel a fourni des barres d’armature pour le projet de pont à partir de ses installations situées au Canada et aux États-Unis.
Le PDG Steven Cohen a exprimé qu’il estimait que le projet aurait pu être inauguré il y a des mois.
«D’après ce que je comprends, le projet aurait pu être inauguré il y a au moins 100 jours et tout ça, c’est un tas de conneries politiques», a affirmé M. Cohen.
Il a ajouté que le pont, qui, selon lui, aurait pu représenter un lien plus fort entre le Canada et les États-Unis, est au contraire devenu un symbole de désaccord persistant.
«On ne peut que secouer la tête et essayer de comprendre pourquoi ils ne l’ouvrent pas, et ce n’est certainement pas une question de logique», a-t-il souligné.
Le premier ministre Mark Carney a indiqué vendredi que le report de l’ouverture avait été demandé par l’administration Trump, mais il n’a pas précisé publiquement quelles questions spécifiques restaient en suspens.
Droits de douane et guerre commerciale
M. Cohen explique que depuis des générations, sa famille vit dans des villes frontalières, traversant régulièrement la frontière pour le travail et les loisirs – il est découragé par l’état actuel des relations entre le Canada et les États-Unis.
«L’administration américaine, en ce moment, se base uniquement sur l’émotion et la pensée irrationnelle, et cela nuit aux deux pays»
— Steven Cohen, PDG de Salit Steel
Son entreprise sidérurgique, qui opérait à la fois au Canada et aux États-Unis, a subi les répercussions de la guerre commerciale.
«C’est comme jouer au soccer, et à la fin de chaque série, ils changent les règles», a dit M. Cohen, qui ajoute qu’il est très difficile de faire des affaires dans le secteur de l’acier en ce moment.
«Les règles changent littéralement de semaine en semaine ; cela rend la situation incroyablement difficile et incroyablement frustrante.»
L’industrie de l’acier et de l’aluminium au Canada est actuellement soumise à des droits de douane de 50 % imposés par l’administration américaine – communément appelés «droits sectoriels» ou droits au titre de la «section 232».

