Le Parti libéral du Québec (PLQ) a rendu public mercredi son rapport commandé au juge à la retraite Jacques R. Fournier, concernant les allégations sur les messages textes dévoilés par le bureau d’enquête de Québécor. Selon le document, les textos étaient «un montage».
Dans un document de près de 180 pages, Me R. Fournier affirme «que ce qui a été envoyé par la source du Journal de Montréal ne peut être qu’un montage». Il fait référence à un échange de textos parlant de paiements en échange de votes. Ces textos sont à l’origine de la crise au Parti libéral du Québec (PLQ) qui a mené à la démission de Pablo Rodriguez
Toutefois, l’ex-juge a affirmé en entrevue mercredi sur les ondes de LCN qu’il ne peut «pas dire que ces textos-là sont faux».
«Je ne peux pas dire que ces textos-là sont faux. Je ne peux pas dire que la source a envoyé des textos qui sont faux. Je ne le sais tout simplement pas.»
— Me Jacques R. Fournier en entrevue mercredi soir sur LCN
Il est arrivé à cette conclusion après avoir effectué une comparaison de textos transmis par un journaliste du bureau d’enquête de Québécor à Sona Lakhoyan Olivier, députée de Chomedey le 6 mai dernier.
Ces textos datent du 11 avril au 13 avril 2025. Ces messages font partie d’une première série de textos. Dans celle-ci, il n’est pas question de «brownies». Elle se termine par le message: «The money also».
«La référence à “The money also” que fait l’auteur des textos, fait sans doute référence au billet de 5 $ qui est attaché aux formulaires d’adhésion qui allaient éventuellement être remis au Parti libéral en vue de l’émission des cartes de membres dont il est question en premier lieu», soutient M. Fournier.
Dans son article, le Journal de Montréal publie tout d’abord une capture d’écran provenant de la première série de textos se terminant par la phrase «The money also».
«Après avoir cité le début des textos des 11 au 13 avril 2025, le Journal de Montréal poursuit l’article en écrivant la phrase suivante: “Les deux personnes font allusion à une récompense pour les membres qui voteront en faveur de M. Rodriguez” et on insère les textos suivants qui font allusion aux “Brownies”», indique le juge.
«La comparaison des deux contenus démontre que la partie rapportée dans le journal ne fait pas partie des discussions entre le 11 et 13 avril 2025 et que ce n’est que par collage, après avoir soustrait une partie du texte original, que la source aurait pu les inclure dans la chaîne des messages», conclut M. Fournier.
«Considérant que les dates du 11 au 13 avril sur les premiers textos, font voir un échange continu qui porte sur un tout autre sujet que celui du “Brownies”, je conclus que ce qui a été transmis au Journal de Montréal, et qui porte la même date et les mêmes mots, ne peut être qu’un montage», ajoute-t-il.
Le juge indique que «sans connaître les auteurs des textos et avec les seuls extraits publiés, il n’est pas possible d’en établir la véracité ni même l’authenticité de tout ou de partie de ces messages. Il est évidemment impossible de connaître une chose si elle n’a pas existé».
Il ajoute qu’il ne peut pas déterminer le bien-fondé ou non des allégations formulées dans l’article du Journal de Montréal, notamment car il n’a pas «pu avoir accès à l’intégralité des messages».
Le directeur du Bureau d’enquête du Journal de Montréal, Jean-Louis Fortin, a refusé de lui transmettre les textos «par crainte qu’ils ne permettent d’identifier la source». Le juge qualifie cette réponse de «légitime».
«Ceci étant, la lecture des extraits des textos qui ont pu être envoyés au Journal de Montréal, et qui ont fait l’objet de l’article du 19 novembre laisse perplexe», ajoute-t-il.
M. Fournier indique toutefois que s’il y a eu une démarche illégale, elle «n’a eu aucune incidence sur le résultat final» de la course.
Dans ses lignes, le quotidien montréalais a publié le 19 novembre dernier, un montage incluant des textos mentionnant des billets de 100$ (aussi appelés «brownies»). Ceux-ci auraient été offerts à des membres du parti en échange de leurs votes en faveur de Pablo Rodriguez pendant la course à la chefferie du PLQ.
Prête-nom
Après la publication du texte du Journal de Montréal, Cogeco affirme que les personnes derrière ces textos sont la députée libérale Sona Lakhoyan Olivier – aujourd’hui exclue du caucus – et la députée caquiste Alice Abou-Khalil.
Dans les textos, on mentionne un certain «Fayçal» qui pourrait être le député libéral fédéral de Laval—Les Îles, Fayçal El-Khoury. Ce dernier sera d’ailleurs mentionné dans un article de La Presse, encore en lien avec la crise au PLQ, publié quelques jours plus tard.
Toutefois, Me Fournier écrit que «rien ne permet d’impliquer» que les trois députés «ont participé ou étaient impliqués dans cet échange».
Le rapport s’est aussi penché sur un stratagème de prête-nom qui a également été rapporté dans les pages du «Journal de Montréal». Le 16 décembre 2025, le média affirme qu’une vingtaine de donateurs à la campagne de Pablo Rodriguez ont reçu des 500 $ pour rembourser leur contribution lors d’un événement de financement.
Le juge note qu’il «semble bien qu’il y a eu contravention à la Loi électorale», ajoutant qu’il y a une enquête.
«Rien non plus ne permet de conclure que cette pratique était à la connaissance du candidat Pablo Rodriguez ou des autorités de sa campagne», indique-t-il.
M. Rodriguez a réagi sur les réseaux sociaux en affirmant que le rapport «démontre clairement que mon équipe et moi n’avons jamais pris part ou été témoins de quelconques malversations durant la course à la chefferie».
Le rapport indépendant de juge Fournier a été rendu public aujourd’hui.
— Pablo Rodriguez (@pablorodriguez) February 11, 2026
Je remercie Me Fournier pour la rigueur et le sérieux de son travail. Son rapport démontre clairement que mon équipe et moi n’avons jamais pris part ou été témoins de quelconques malversations durant la… pic.twitter.com/Yx34QRHqFD
Dans une déclaration transmise dans les médias de Québécor, Dany Doucet qui est éditeur du Journal de Montréal et du Journal de Québec, a quant à lui affirmé que «l’ex-juge ne connaît pas l’identité de nos sources et admet lui-même ne pas avoir eu connaissance de l’ensemble des informations et textos à notre disposition».
«Nous tenons donc à réaffirmer que nous maintenons à 100% tous nos textes publiés dans le cadre de ce scandale politique qui a forcé la démission de Pablo Rodriguez. Tout ce que nous avons publié est rigoureusement exact et réalisé selon les règles de l’art, et nous continuerons toujours à protéger nos sources.»
— Dany Doucet, éditeur du «Journal de Montréal» et du «Journal de Québec»
La ligne du temps des événements
Ce rapport avait été commandé par le comité exécutif de la formation politique suite à des allégations publiées par le Journal de Montréal les 19 novembre et 2 décembre 2025.
Cogeco Média avançait à l’époque que la députée libérale Sona Lakhoyan Olivier et l’élue caquiste Alice Abou-Khalil sont derrière lesdits échanges. Des mises en demeure sont envoyées par les députées suite à la diffusion de cette affirmation.
Le 22 novembre, le PLQ a aussi mis en demeure le Journal de Montréal.
Quelques jours plus tard, le 26 novembre, on apprend que Fayçal El-Khoury est surveillé par le directeur général des élections en raison de son rôle de solliciteur de dons dans le cadre de la course à la chefferie de Pablo Rodriguez. Ce que le principal intéressé nie.
Le 2 décembre, nouvelle révélation du Journal de Montréal: un militant libéral cherchait des prête-noms en échange de 500$ pour la course à la chefferie de Pablo Rodriguez La même journée, Pablo Rodriguez expulse Marwah Rizqy du caucus.
Le 4 décembre, Pablo Rodriguez montre la porte à Sona Lakhoyan Olivier, le temps d’une enquête de la commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale.
Le 10 décembre, l’UPAC ouvre une enquête criminelle pour faire toute la lumière sur la situation au PLQ. Aux médias, l’Unité dit être «en validation d’informations concernant des allégations d’actes répréhensibles visant le Parti libéral du Québec.»
Le 17 décembre, Pablo Rodriguez démissionne de ses fonctions de chef du PLQ. Un jour auparavant, le Journal de Montréal avait publié des informations selon lesquelles, des enveloppes contenant 500$ en argent comptant auraient été remises à des donateurs afin de rembourser leurs dons. Selon le quotidien, des enveloppes auraient été remises à une vingtaine de personnes.
- Avec des informations de Catherine Genest pour Noovo Info et de Thomas Laberge pour La Presse canadienne

