Un éventuel gouvernement péquiste ne serait pas fermé aux projets de construction ou d’agrandissement d’oléoduc ou de gazoduc sur le territoire québécois.
Réunis en congrès à Saint-Hyacinthe, les membres du Parti québécois ont rejeté dimanche une proposition qui visait à fermer la porte à ce type de projet.
À l’instar de tout congrès du PQ, l’enjeu linguistique est revenu sur le plancher, mais d’autres enjeux également, comme l’autodétermination des Autochtones, la réalité trans ou l’itinérance.
Une proposition suggérait de «limiter aux études supérieures les cours en anglais aux seuls domaines pertinents, dans les institutions d’éducation supérieure francophones, comme la traduction, la littérature anglaise, par exemple».
Ainsi, si le PQ forme le prochain gouvernement, les universités de langue française devraient cesser d’offrir des cours en langue anglaise, notamment pour une clientèle d’origine étrangère.
De militants ont plaidé que dans un Québec français, les cours devaient être donnés en français, mais d’autres ont argué que le PQ devait éviter ce genre de débat clivant en cette année électorale.
La proposition a finalement été battue.
Hydrocarbures
Parmi les arguments soulevés pour s’opposer à une proposition interdisant les projets de construction ou d’agrandissement de gazoduc et d’oléoduc, un membre a affirmé au micro qu’il craignait qu’on interdise ainsi le raccordement d’installations industrielles à une nécessaire alimentation en gaz.
La proposition a été battue par une assez forte majorité.
Les projets de gazoduc et d’oléoduc visant à favoriser l’exportation des hydrocarbures de l’Ouest du Canada et à leur trouver des débouchés aux États-Unis ou outre-mer sont revenus à l’avant-scène de l’actualité dans les dernières années.
D’ailleurs, l’année dernière, un projet de gazoduc de plusieurs centaines de kilomètres reliant l’Ouest canadien à Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, en vue de construire un terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), a fait les manchettes
Le promoteur, l’entreprise Marinvest Energy, a mandaté des lobbyistes et a obtenu des rencontres avec le cabinet du premier ministre, le ministère de l’Économie, ainsi que celui de l’Environnement, a dénoncé Nature Québec.
La position du PQ pourrait entrer en contradiction avec les engagements du Québec.
Le Québec a adopté une loi qui interdit l’exploration à des fins d’exploitation des hydrocarbures, mais fait aussi partie de BOGA, la Beyond Gas and Oil Alliance, un groupe d’États qui vise à effectuer une transition plus rapide vers une économie sans hydrocarbures.
Les militants péquistes ont également rejeté l’idée d’une tarification «progressive» de l’électricité résidentielle, en vue de dissuader les propriétaires de maisons de très grande superficie qui surconsomment de l’énergie, mais aussi pour «protéger les moins nantis».
En outre, les membres du PQ ont également rejeté une proposition qui aurait forcé Hydro-Québec à rejeter tout projet privé de production de distribution d’électricité, pour plutôt accepter, «en matière de production, uniquement les partenariats avec les municipalités, les régies intermunicipales, les communautés autochtones, les autres acteurs publics et communautaires».
Logement et itinérance
Les partisans du PQ ont adopté des positions qui peuvent apparaître sinueuses en matière d’habitation alors que la crise de l’itinérance frappe le Québec.
D’une part, ils ont voté en faveur d’une proposition qui officialiserait «droit au logement».
D’autre part, ils ont rejeté un libellé visant à «reconnaître le caractère inévitable des campements des personnes en situation d’itinérance dans le contexte de crise du logement et de manque chronique de services d’hébergement d’urgence, à en faire des lieux sécuritaires, notamment par un accès à l’eau, à des toilettes, etc.».
Autochtones
Les péquistes ont outre adopté sans débat un texte très étoffé plaidant pour «devenir le premier pays à faire l’indépendance avec les Autochtones».
Ils demandent à un futur gouvernement du PQ d’entériner et mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, un instrument juridique qui fait encore débat au Québec.
La proposition des péquistes appelle aussi à «respecter le droit inhérent des Premières Nations et des Inuit à l’autodétermination».
Réalité trans
Les membres se sont affrontés brièvement sur une proposition concernant le féminisme.
Des militants considéraient que certains des volets de la proposition étaient transphobes.
La proposition réclamait notamment la mise sur pied d’une commission parlementaire portant sur les contenus des programmes et outils d’éducation à la sexualité et à la citoyenneté, «pour s’assurer qu’ils reposent sur la science et la biologie, sur l’objectif de l’égalité des sexes et la sensibilisation aux stéréotypes sexuels».
Un autre alinéa réaffirmait «le droit des filles et des femmes aux espaces et activités non mixtes qui ont été créés pour respecter leur droit à l’intimité, à la sécurité et à la justice (toilettes, vestiaires, compétitions sportives, centres d’aide pour victimes d’agression sexuelle, prisons, etc.)».
Enfin, un autre segment visait à «assurer que les données statistiques, les lois, les politiques et les programmes gouvernementaux distinguent clairement le sexe et le genre/identité de genre lorsque cette distinction est nécessaire pour produire des analyses différenciées selon les sexes (ADS) et pour identifier les mécanismes distincts de discrimination, notamment ceux fondés sur le sexe et ceux liés au genre/identité de genre afin de pouvoir mieux les comprendre et y répondre».
Certaines militantes ont fait valoir que ces trois paragraphes ciblaient les personnes trans et s’inspiraient des angles d’attaque qui étaient courants aux États-Unis.
Les membres ont toutefois choisi à la majorité de conserver ces aspects de la proposition.
Langue française
Le PQ s’est engagé, s’il est élu, à adopter une nouvelle loi sur la protection de la langue française, même si le gouvernement caquiste a déjà mis en œuvre sa réforme de la Charte de la langue française.
Cette nouvelle loi viserait à «assurer l’intégration des nouveaux arrivants dans un cadre de convergence culturelle», propose-t-on.
«Elle constituera la pierre d’assise de sa politique culturelle et affirmera la culture commune des Québécoises et Québécois».
Les membres ont rejeté une recommandation de promouvoir le fait français au Canada par la création de bureaux culturels de l’État québécois dans la francophonie hors Québec.
Les militants péquistes se sont également prononcés en faveur de l’ajout d’un cours d’Histoire du Québec obligatoire au collégial, même s’il y a déjà des cours d’Histoire obligatoires au secondaire.
Des membres du PQ qui enseignaient au collégial ont pourtant objecté que le cursus de cours obligatoire était déjà rempli et qu’il faudrait donc retirer une des matières obligatoires.
Mais un militant de l’Abitibi-Témiscamingue, Benjamin Brassard, a argué qu’il suffira de «retirer un cours d’anglais», en ajoutant qu’«un cours d’Histoire supplémentaire, ce n’est jamais trop»!
Enfin, les participants au congrès ont demandé à un éventuel gouvernement péquiste de «réfléchir à la possibilité d’élargir le droit de vote à 16 ans, tout en mettant en place un plan visant à politiser davantage la jeunesse québécoise».
Les 1500 membres du PQ réunis en congrès d’orientation devaient passer au travers de plus de 312 propositions, les amender, les voter ou les rejeter, pour en faire le programme officiel du parti, qui aboutira à une synthèse, la plate-forme, que les candidats défendront durant la campagne électorale de l’automne prochain.
Au final, ils ont étudié pas moins de 170 amendements et ont terminé leurs travaux presque à 18h00 dimanche, après trois jours de discussions.
Beaucoup de huis clos
Les journalistes n’ont pas pu toutefois suivre une bonne partie des délibérations et il a été ardu d’obtenir des entrevues avec des artistes présents ou des membres du corps consulaire étranger.
Les prises de bec qui caractérisaient les congrès d’autrefois au PQ sont disparues depuis longtemps, mais ce week-end, plusieurs débats et échanges se sont déroulés à l’abri des regards des journalistes.
Les ateliers sur les différents thèmes se sont tous déroulés à huis clos.
Les journalistes n’ont donc pas eu accès aux délibérations sur les modifications à apporter aux propositions de l’ébauche de programme.
«Les ateliers des congrès sont toujours à huis clos, pour permettre aux gens d’être à l’aise de travailler les propositions», a justifié Emmanuel Renaud, l’attaché de presse de l’aile parlementaire du PQ.
Par ailleurs, des demandes d’entrevue ont aussi été acheminées aux artistes qui prenaient l’affiche en soirée samedi pour un spectacle comportant notamment un hommage aux Coyboys Fringants.
Il y avait là Yann Perreau, Marie-Élaine Thibert, Étienne Drapeau, et le groupe La Grand-Messe.
Les artistes invités ont refusé d’accorder des entrevues, a indiqué M. Renaud.
Des représentants consulaires de l’Allemagne, la Grèce, du Royaume-Uni, du Japon, de Wallonie-Bruxelles, étaient présents à titre d’observateurs et des entrevues ont été demandées.
«Une entrevue avec les consuls ne semble pas possible», a répondu M. Renaud.

